Accueil Opinion « Trade, not aid », la nouvelle realpolitik africaine du Président Trump

« Trade, not aid », la nouvelle realpolitik africaine du Président Trump

Lors de son premier mandat, Donald Trump avait relégué l’Afrique au second plan, tout en demandant à ses équipes de suivre l’offensive minière chinoise sur le continent africain et de mettre en œuvre des outils pour la contrer. Mais depuis son retour à la Maison-Blanche, la politique africaine des États-Unis connaît une étonnante évolution.

La politique américaine en Afrique durant la période de la guerre froide, de 1947 à 1991, consistait principalement en une stratégie d’endiguement du communisme. C’était principalement la CIA qui traçait la voie à suivre pour contrer l’influence de l’Union soviétique et de Cuba. Celle-ci se concrétisant par nombre d’opérations clandestines et des séries de coups d’État assurant le contrôle de zones d’influences américaines.
De cette époque où tous les coups étaient permis, on retiendra principalement quatre opérations clandestines menées par la CIA. D’abord au Congo avec l’assassinat de Lumumba en 1961 et le coup d’État du colonel Mobutu en 1965 instaurant un régime pro-occidental. Ensuite, en Angola dès 1975 avec des quantités d’armes et de fonds secrets fournis aux mouvements rebelles du FNLA et de l’UNITA afin de combattre le MPLA au pouvoir, soutenu par Cuba et l’Union soviétique. Puis au Ghana où la CIA manipule des officiers de l’armée pour renverser en février 1966 le Président Nkrumah, chantre du panafricanisme non aligné, trop proche du bloc communiste.
Finalement en Somalie, bien que la Maison Blanche soit hostile au régime de Siad Barre suite à son coup d’État de 1969 établissant un régime socialiste soutenu par Moscou, sa position stratégique dans la corne de l’Afrique pousse Washington à changer de stratégie. Après la rupture de la Somalie avec l’URSS en 1977, les États-Unis soutiennent le régime sanguinaire de Siad Barre, lui fournissant une aide massive pour contrer l’Éthiopie marxiste.

Une politique africaine multidimensionnelle

Le renouvellement de l’AGOA, en juillet 2024, avait été crucial pour le Madagascar (Source : gasigasy.mg)

La fin de l’ URSS et de la guerre froide marque un premier tournant dans la politique africaine des États-Unis. Dans les années 90, elle est guidée par la promotion de la démocratie et l’intégration commerciale. Les changements de régime ou l’instauration du multipartisme s’étendent en Afrique via les fameuses Conférences nationales, que ce soit au Congo-Brazzaville, au Zaïre, au Bénin, au Niger, au Mali et dans d’autres pays. Les Messieurs Afrique du State Department, successivement Chester Crocker et Herman Cohen, se font les porte-paroles de la bonne gouvernance, insistant sur les élections, les droits de l’homme, la lutte contre la corruption et l’État de droit.
Cependant, de manière plus radicale, les États-Unis lâchent leurs plus fidèles alliés comme le Maréchal Mobutu, renversé par le Rwanda du Président Kagame, la nouvelle coqueluche du Pentagone, instrumentalisant la rébellion de Laurent-Désiré Kabila.
Conjointement à cette vague démocratique déferlant sur le continent, l’intégration économique de l’Afrique est promue via l’AGOA ( African Growth and Opportunity Act). Promulguée par le Président Clinton en mai 2000, il offre un accès hors taxes au marché américain pour des milliers de produits d’Afrique subsaharienne.
Si cet accord commercial a été mis en place pour stimuler le développement économique, l’aide au développement reste malgré tout un des piliers de la politique américaine. Durant les années 1990 et 2000, elle représente un budget considérable pour l’USAID ou encore le PEPFAR (lutte contre le VIH/sida).
Dans les années 2000, ces programmes sont toujours d’actualité, mais les attentats de 1998 frappant l’Ambassade des États-Unis au Kenya et du 11 septembre 2001 sur les Twin Towers orientent la politique américaine en Afrique vers un tournant sécuritaire et antiterroriste.
Washington crée l’Africom en 2007 et militarise sa diplomatie pour endiguer le djihadisme au Sahel et dans la Corne de l’Afrique.
Ce qui implique une coopération militaire renforcée, la formation des armées africaines, un partage du renseignement, des frappes ciblées contre Al-Shabaab et d’autres groupes djihadistes.

Un premier changement de paradigme

(Image source : afrobieb.nl) Félix Tshisekedi (RDC) et Donald Trump (USA)

Lorsque Donald Trump arrive à la Maison-Blanche en 2017, une de ses décisions clés est de nommer Elbridge Colby Secretary of Defense for Strategy and Force development. Ce dernier est donc l’architecte de la stratégie de Défense nationale de 2018. Pour la première fois, la Chine et la Russie sont présentées comme des puissances utilisant leurs investissements pour accroître leur influence politique et économique en Afrique.
Si l’Afrique n’est plus à ce moment-là une priorité et perd en visibilité politique, la Chine par contre devient une priorité stratégique tandis que la compétition sur le continent africain devient un axe central.
Washington offre des alternatives aux financements chinois, comme renforcer les outils de financement du secteur privé américain, encourager les entreprises américaines à investir davantage dans les infrastructures et les ressources stratégiques et surtout commencer à s’intéresser de manière précise aux chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques et terres rares.
Lors du mandat de Biden de 2021 à 2025, il y a malgré tout une continuité avec la politique de Trump. Il conserve la compétition stratégique avec la Chine comme fil conducteur et ne remet pas l’aide au développement au centre de tout. Il tente de positionner l’Afrique dans la compétition mondiale face à la Chine.
Entre autres initiatives concrètes, il organise le Sommet États-Unis–Afrique en 2022 et lance le Partnership for Global Infrastructure and Investment. Les États-Unis soutiennent aussi le développement du corridor ferroviaire de Lobito reliant la RDC et la Zambie à l’Angola, afin de sécuriser l’accès occidental au cuivre et au cobalt
Durant cette même période, les États-Unis renforcent leurs principales installations militaires, notamment au Camp Lemonnier à Djibouti et au camp Simba au Kenya, tous deux essentiels pour les opérations en Afrique et au Moyen-Orient. Cependant, après les coups d’État de 2021 à 2024 au Sahel, ils perdent deux bases militaires au Niger utilisées pour lutter contre les groupes djihadistes alors que la coopération militaire avec le Burkina Faso et le Mali est interrompue. Ce qui a constitué un revers pour l’AFRICOM.

Trump et la realpolitik

Dès sa nouvelle entrée en fonction en janvier 2025, le Président Trump déclare que le temps où Washington déversait d’énormes budgets dans des programmes d’aide humanitaire et de développement est révolu ! Il développe alors sa doctrine de « Trade not Aid », qui implique plus de business et moins de programmes d’aide.
Cependant, la proposition du Président Tshisekedi en mars 2025 d’un partenariat stratégique « minerais contre sécurité » en donnant un accès prioritaire aux minerais stratégiques et aux terres rares aux sociétés américaines a totalement changé l’approche de l’ Administration Trump dans la course aux terres rares et dans sa compétition avec la Chine.
Un verrou a sauté dans la politique traditionnelle américaine. En un mot, les États-Unis sont toujours en apparence soucieux des droits de l’homme, mais si leurs intérêts vitaux sont en jeu, comme on dit en anglais : « they will turn a blind eye », littéralement, ils ne seront pas concernés.
Cette nouvelle approche a été mise en œuvre lors du voyage de Nick Checker, secrétaire d’État adjoint pour les Affaires africaines en février 2026 au Niger, au Burkina Faso et au Mali dans le but de renouer les relations diplomatiques et sécuritaires et discuter des minerais stratégiques. Mission couronnée de succès puisque son successeur Frank Garcia était au Mali récemment pour tenter d’obtenir un accord sécuritaire et minier.
De même, le Zimbabwe, auparavant déserté, fait face aujourd’hui aux intérêts croissants pour ses mines de lithium et de nickel, concrétisés par plusieurs missions économiques américaines malgré les sanctions encore en cours contre le Président Mnangagwa et son entourage. Sans oublier le Kenya qui obtient tous les passe-droits américains en raison de sa promesse d’attribuer aux États-Unis les permis miniers de Mrima Hill, valant plus de 62,5 milliards de dollars de terres rares.
En fermant les yeux sur les violations des droits de l’homme, comme la Chine et la Russie, le Président Trump espère gagner la course aux minerais et définitivement sécuriser et contrôler les chaînes d’approvisionnement des terres rares et des minerais stratégiques. Mais à quel prix !

*Max Olivier Cahen est ancien conseiller du Maréchal Mobutu et auteur d’un mémoire intitulée « Stratégie d’expansion et d’hégémonie de l’intégrisme islamique en Afrique Sub-saharienne »

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