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Le paradoxe des économies africaines

(Source : hubafrica.com)

L’Afrique possède 60% des terres arables de la planète, 30% des réserves mondiales des minerais, du pétrole, de l’or, du cobalt, du coltan, des diamants et 70% du cacao mondial. Et pourtant c’est le continent le plus pauvre du monde. Comment est-on arrivé à ce paradoxe sinon révoltant ?

L’Afrique extrait ses richesses du sol. L’Afrique fournit plus de 70% de la production mondiale de cacao – l’or brun africain, comme on surnomme souvent et qui représente un enjeu économique majeur pour le continent. La Côte d’Ivoire domine incontestablement le marché mondial du cacao, avec une production annuelle dépassant les 2 millions de tonnes, soit environ 45% de la production mondiale. Elle est talonnée par son voisin, le Ghana, qui occupe la deuxième place avec près de 800 000 tonnes par an. Malgré leurs 70% de production du cacao mondial, ces deux pays ne fabriquent quasiment aucune barre de chocolat.
Le cacao brut part des plantations des régions tropicales vers l’Europe, où on le transforme, on le raffine, on le marque, bref où il subit un vrai travail d’orfèvre qui permet à l’Occident de le vendre 50 fois plus cher. L’Afrique reçoit des miettes sur ce marché, évaluée à 107 milliards d’euros en 2023. L’Europe encaisse toute la valeur, à travers ses leaders mondiaux du chocolat : Mars Incorporated, Mondelez International, Ferrero Group, The Hershey Company, Nestlé S.A., qui détenaient 38% du marché en 2025.
Même chose avec le cobalt, essentiel à la croissance industrielle, à la sécurité nationale et à une économie à faibles émissions de carbone. Il est au cœur de nombreuses technologies soutenant la vie moderne : l’électronique, l’automobile, les superalliages aérospatiaux, les alliages magnétiques haute performance, les catalyseurs, les matériaux d’outillage et les soins de santé.

La RDC pourvoyeuse de 76% de cobalt indispensable aux technologies du moment

La ruée vers le cobalt en République démocratique du Congo : un minerai qui vaut de l’or (Source : matin.info)

76% du cobalt mondial vient de la République démocratique du Congo. Un minéral indispensable aux batteries de Tesla, d’Apple, de Samsung et de l’industrie automobile. Mais la RDC ne fabrique pas la moindre batterie. Il vend la matière brute à 56$ le kilo au 28 mai 2026, alors que la seule batterie finie se vend à 15 000$ en moyenne.
L’Afrique vend la matière première. L’Occident lui revend le produit fini. L’Afrique exporte de la pauvreté déguisée en ressources, et importe des richesses déguisées en marchandises. Une situation qui risque de s’empirer, tel que nous l’avons souligné dans l’un de nos éditoriaux, avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle, qui s’emploie à mettre sur le marché des produits de substitution pouvant, à terme, reléguer nos matières premières au rang des produits inutiles.
Mais pourquoi l’Afrique ne transforme-t-elle pas elle-même ses ressources ? Premièrement les accords commerciaux. Les pays occidentaux taxent lourdement les produits transformés africains, mais importent les matières premières sans taxes. Deuxièmement la dette. Les pays africains empruntent pour se développer croyant naïvement, la corruption endémique aidant, que les recettes intérieures ne sont bonnes qu’à enrichir les politiciens. Il convient de ne pas éluder les conditions imposées par le FMI et la Banque mondiale, à savoir privatiser les ressources, ouvrir les marchés, ne pas protéger les industries locales.
Troisièmement les dirigeants. Certains gouvernements africains signent des contrats désastreux. Ils cèdent des mines pour 50 ans à des multinationales étrangères en échange de quelques millions versés directement auprès d’eux, oubliant totalement la population dans ce deal.
Ainsi, l’Afrique joue un jeu dont les règles sont écrites ailleurs. Certains pays ont refusé ce système. Le Botswana qui a nationalisé ses diamants est devenu l’un des pays à la croissance la plus rapide au monde. D’autres se sont abstenus de la dépendance à l’aide et affichent aujourd’hui des économies florissantes. La richesse de l’Afrique et réelle. Ce qui manque, c’est le droit de la transformer.

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