Le samedi 30 mai, la boxe belge s’est enfin inscrite dans les annales du noble art. Ryad Mehry boxeur belge aux racines africaines s’est emparé de la ceinture des « Bridgerweight » de la WBC (World Boxing Council), la plus prestigieuse des fédérations de boxe, en battant au Dôme de Charleroi le tenant du titre, le solide Sud-africain Kevin Lerena.
La Belgique a toujours constitué une terre de sports. Dans le football avec sa médaille d’or aux Jeux Olympiques d’Anvers en 1920 et sa troisième place lors de la Coupe du monde en 2018, mais aussi dans le motocross en détenant plus de 50 titres mondiaux individuels avec Stefan Everts, Joël Roberts ou encore André Malherbe.
Également dans deux autres sports de prédilection, le judo avec les monstres sacrés que sont Robert Van de Walle et Ingrid Berghmans ainsi que leurs successeurs comme Charline Van Snick ou Mathieu Casse, et l’athlétisme avec Gaston Roelants, l’immense Ivo Van Damme décédé trop tôt, le relais 4×400 mètres des frère Borlée, la sprinteuse Kim Gevaert, Tia Hellebaut en saut en hauteur et la reine de l’heptathlon Nafissatou Diallo.
Mais c’est en cyclisme, où elle demeure la nation la plus titrée du monde, que la Belgique rayonne le plus, dominant les grands tours, les classiques et les championnats du monde avec 26 médailles d’or.
D’Eddy Merckx surnommé « le Cannibale » en passant par Rik Van Looy, Claudy Criquelion, Tom Boonen, Philippe Gilbert, Roger de Vlaeminck et aujourd’hui avec Wout Van Aert, Remco Evenepoel, Jasper Philipsen et Lotte Kopecky, la Belgique est réellement une terre de champions.
La boxe belge tutoie les sommets du sport

La boxe apparaît comme l’enfant pauvre du sport belge, où il n’est pas assez ancré dans la tradition comme aux États-Unis ou Angleterre. Il n’en demeure pas moins que nombre de boxeur(e)s belges ont tutoyé les sommets du sport.
Pour un aussi petit pays, il est étonnant qu’il ait pu produire sans discontinuer pendant huit décennies des champions d’Europe ou des challengers de plus haut niveau. D’abord, durant les années d’après-guerre, avec deux figures marquantes, Cyrille Delaunnoit champion d’Europe des poids moyens et vainqueur de Marcel Cerdan et Karel Sys, double champion d’Europe des poids lourds. Ensuite, les deux grands poids plumes et éternels rivaux, Pierre Cossemyns et Jean Snyers.
S’ensuit alors une période creuse au niveau titre, mais avec quelques pugilistes qui marquent leur époque, dont les poids lourds Albert Syben, Rudy Gauwe et bien sûr Jean-Pierre Coopman qui se mesure en 1976 au plus grand de tous, Mohammed Ali.
Les années 80 sont synonymes de résurgence avec l’apparition du phénomène Jean-Marc Renard, sans aucun doute le plus connu et le plus grand champion belge, avec de multiples titres européens face aux meilleurs. Il échoue face à Antonio Esparragoza pour le titre des poids plumes WBA (World Boxing Association) en 1989.
Les années 1990 et 2000 démontrent que la boxe belge regorge encore de talents. De Patrick Vungbo à Béa Diallo en passant par Sugar Jackson, Yves Ngabu, Francesco Patera, Alex Miskirtchian et Stéphane Jamoye, pratiquement tous champions d’Europe EBU dans leurs catégories respectives. Sans oublier que malgré leur talent, respectivement Jamoye et Miskirtchian échouent pour un titre mondial.
Si le Noble art belge continue de produire des combattants de qualité et surtout une remarquable championne du monde, à savoir Delfine Persoon, il n’a toujours pas de champion du monde.
Ryad Mehry, l’accomplissement d’une promesse

Ryad Mehry, d’origine libano-ivoirienne s’installe très jeune en Belgique avec sa famille dans les années 90. Il commence la boxe à 14 ans au Kyrios Vitalis Club à Bruxelles à Woluwe-Saint-Lambert et devient champion de Belgique amateur des poids mi-lourds en 2010. Il passe professionnel en 2013 entouré et managé par la Team d’Alain Vanackère, le nouveau faiseur de roi de la boxe belge.
Redoutable pugiliste doté d’une frappe lourde pouvant enchaîner de rapides crochets, il demeure invaincu jusqu’à sa défaite face Arsen Goulamirian pour la ceinture des lourds-légers WBA. Ne se laissant pas démonter, il se relance en s’emparant du titre intérimaire face a Imre Szello en 2019, le titulaire du titre étant en incapacité physique.
La WBA déchoit officiellement ce dernier et proclame Ryad Mehry champion du monde WBA des lourds légers. Titre qu’il détiendra entre 2021 et 2022. Pour nombre d’experts et officiels, cette ceinture non-conquise sur un ring enlève toute légitimité à ce titre.
Ne tenant pas compte des critiques, Ryad continue sa course pour un véritable titre. Trop lourd pour la catégorie des lourds-légers, trop léger pour celle des poids lourds, il opte pour la nouvelle catégorie des Bridgerweight reconnue par la WBC et la WBA. Lors d’un éliminatoire en 2023 pour le titre WBC, il se fait battre par le Sud-africain Kevin Lerena qui s’emparera plus tard du titre mondial WBC.
Envahi par le doute, à la suite de cette défaite, il décide malgré tout de poursuive sa carrière et affronte le grand espoir poids lourds français Tony Yoka et le bat aux points de manière décisive. Cette victoire est cependant suivie d’une défaite aux points face à l’espoir poids lourds Jared Anderson. Cette dernière n’empêche pas Ryad d’aligner trois victoires de suite tandis qu’Alain Vanackere, devenu un manager et promoteur incontournable au sein des grandes fédérations de boxe, réussit à lui décrocher non seulement une revanche contre Kevin Lerena mais la possibilité de s’emparer de la ceinture mondiale WBC des Bridgerweight.
Le samedi 30 mai au Dôme de Charleroi, devant un public enflammé, Ryad Mehry, littéralement transformé, posé, méthodique et déclenchant de lourdes combinaisons, a graduellement laminé le tenant du titre pour devenir le premier belge à s’emparer d’une ceinture de Champion du Monde WBC, écrivant ainsi une page d’histoire pour la boxe en Belgique et en Afrique.









































