La fresque de l’artiste-peintre congolais Chéri Samba intitulée « Porte de Namur, Porte de l’amour » a retrouvé sa place le 30 juin 2026 sur le mur d’un immeuble situé sur la chaussée d’Ixelles, à l’entrée du quartier Matonge dans la Commune d’Ixelles à Bruxelles, en marge de la célébration de l’indépendance de la République démocratique du Congo.
Déjà au cours de l’audience que lui avait accordée l’ambassadeur de la RDC au Benelux, Prof. Christian Ndongala Nkunku en décembre 2025 en marge de la descente policière qui avait impacté de très nombreux ressortissants congolais exerçant à Matonge, l’édile de la commune d’Ixelles avait expliqué que « la fresque emblématique de l’artiste congolais Chéri Samba qui avait été retirée en raison de son état de dégradation était en cours de rénovation », avant de promettre qu’« elle sera réinstallée sur le même site en juin 2026 selon un calendrier à définir ».
C’est chose faite. Le 66ème anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC) a été opportunément retenu pour la réinstallation par les autorités communales d’Ixelles de la fresque mettant ainsi en avant l’artiste congolais, qui n’a pu effectuer le déplacement de Bruxelles pour raisons familiales.
La cérémonie, présidée par M. Romain De Reusme, bourgmestre d’Ixelles, entouré de quelques membres du Collège communal local, a attiré un grand monde, des Congolais et des Belges notamment, et s’est déroulée en présence du ministre belge de l’Intérieur, Bernard Quintin, ancien diplomate à l’ambassade de Belgique à Kinshasa où il a exercé en qualité de conseiller, ainsi que du ministre conseiller à l’ambassade de la RDC au Benelux et auprès de l’Union européenne, M. Jean-Claude Mai-Ndombe.

Ce retour a été salué à cette occasion par les différentes personnalités comme « véritable symbole du quartier, de sa diversité et des liens qui unissent Ixelles aux cultures africaines, particulièrement à la culture congolaise », s’était réjoui M Gautier Calomne, premier Échevin d’Ixelles en charge de la Culture.
Pour sa part M. Mai-Ndombe, s’exprimant au nom du chef de Mission diplomatique empêché, a déclaré que cet événement est « une nouvelle pierre à l’édifice du rapprochement entre Belges et Congolais qui crée une passerelle marquant une étape symbolique forte dans la consolidation des relations bilatérales ainsi que dans le prolongement de la mémoire partagée entre la Belgique et la République démocratique du Congo »
Cette fresque, est« témoin de l’identité visuelle de ce quartier jalonnant la mémoire collective des résidents et devient un vecteur de cohésion sociale en cristallisant le vécu de toute la communauté locale qu’elle représente », a-t-il déclaré, estimant par ailleurs qu’« elle va transformer, nous en sommes convaincus, une avenue ordinaire en une référence visuelle majeure dans le paysage du quartier Matonge, pôle culturel incontournable et symbole vibrant du cosmopolitisme et de la diversité africaine en Belgique ».
Inaugurée en juin 2002, la fresque est « l’un des repères visibles qui accroche l’œil en arrivant chaussée d’Ixelles depuis la Porte de Namur ». Elle est la reproduction sur bâche de 12 mètres sur 15 de l’œuvre de cet artiste congolais, dont l’originale est conservée au musée de la commune d’Ixelles.

Chéri Samba, est l’un des artistes contemporains africains les plus célèbres et une fierté pour la RDC. Ses toiles très colorées intègrent des textes explicatifs en français et en lingala pour faire passer des messages. Chef de file de ce que les critiques d’art dénomment « la peinture populaire » africaine, il a exposé dans de nombreuses institutions de premier plan et galeries prestigieuses à travers le monde.
Un hommage a été rendu au Belge Jean-Pierre Jacquemain, qui a étudié au Congo et qui a découvert l’artiste Chéri Samba, ainsi qu’au Congolais Jean Lubanda, dont le café « Nganda Matonge » a donné le nom au quartier.
Matonge en Couleurs
Émouvant hommage à Kungu Luziamu, son initiateur
Par JC Nlandu

Ils étaient nombreux le samedi 25 juillet à la cérémonie religieuse organisée à l’église Saint Boniface, en plein quartier Matonge de Bruxelles, pour rendre hommage à un grand homme de culture, Kungu Luziamu, décédé le 16 juin et inhumé en toute intimité le 30 juin.
« Nous avons choisi le thème du Christ qui a donné en toutes circonstances et qui résume la vie de l’illustre disparu, car l’Évangile nous enseigne que notre grandeur ne se mesure pas dans ce qu’on peut avoir mais dans notre être », a déclaré l’officiant du jour, l’abbé Philibert Kiabelo, curé de Chaumont-Gistoux en Wallonie, avant de préciser à la lumière de l’Ecclésiastique qu’il y a des hommes qui ont vécu sur cette terre pour lesquels on a gardé des souvenirs et d’autres dont on ne parle plus.
C’est pour replacer « cet homme des valeurs » sur son piédestal de leader d’opinion incontesté et de coordinateur de projets interculturels, qu’un comité est né en pleine cérémonie d’inhumation, outré par « la petite dizaine » de Congolais présents. « Nous n’avons pas été capables de nous mobiliser pour l’accompagner dans la grandeur qu’il méritait. Plus jamais ça dans notre communauté », a alerté le journaliste Pat Patoma dans son témoignage pendant le culte.
Kungu Luziamu était un homme du peuple, prônant le vivre ensemble et luttant pour que le tissus culturel et économique congolais soit encouragé, a-t-il ajouté alors que pour Victor Kabwe qui l’a connu alors étudiant comme lui depuis 1980 à la Maison africaine, le défunt faisait autorité par son adhésion populaire, son intelligence et sa simplicité. Atshou Engengi ou encore Yannick Nkoy vont également abonder à vanter sa serviabilité légendaire, sa faculté d’écoute et surtout ses différentes réalisations en vue de l’épanouissement du quartier Matonge.
En effet Kungu, c’est ce dentiste de formation vite happé par la puissance de la culture et dont le grand honneur est d’avoir été l’initiateur de « Matonge en Couleurs », cette fête annuelle et multiculturelle qui accueillait en un week-end près de 40 000 personnes autour de la Chaussée de Wavre pendant une dizaine d’année depuis l’an 2000.
Matonge, c’est pour beaucoup d’Africains, et pas seulement les Congolais, le point d’ancrage, le quartier coloré et le plus vivant de Bruxelles. Entre échoppes africaines regorgeant de trésors exotiques, salons de coiffure et boutiques de pagnes africains chatoyants entremêlés de restaurants proposant une explosion de saveurs cosmopolites, cette passerelle obligée entre la RDC et la Belgique est logée dans la commune d’Ixelles, à quelques encablures de la Porte de Namur, noyée dans l’énergie débordante de l’Afrique centrale.
Mais s’il est synonyme d’ambiance comme son bouillant homonyme de Kinshasa dont il tire son nom, c’est tout aussi la Maison Africaine, lieu de rencontre et résidence universitaire des étudiants africains depuis les années 1950, la « Place Lumumba » en hommage au héros national congolais, la fresque « Porte de Namur-Porte de l’amour » de Chéri Samba accrochée le 9 juin 2002 à une façade à l’entrée de la Porte de Namur.
On ne peut non plus omettre Télé Matonge, qui passe en hebdomadaire sur Télé Bruxelles de 2004 à 2012, le documentaire « Matonge, un quartier africain au cœur de l’Europe » de Pat Patoma Gboya et Homban réalisé en 2001, les restaurants Inzia servant des mets congolais et Soleil d’Afrique pour le poulet à la moambe, les cafés Chez Babin, Mambo et Riviera, ou encore L’horloge du Sud pour son poulet à la moambe mais aussi ses activités culturelles et musicales.
Pour aller au bout de l’immersion, il faut savoir que le quartier a aussi abrité le Centre culturel africain-flamand Kuumba depuis les années 2010, avant son déménagement à Anderlecht en 2023. Une institution dont Kungu Luziamu a été administrateur.










































