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«  Le début de la sagesse c’est de reconnaître qu’on ne sait rien » Dis-moi Socrate, as-tu été expat ?

En fond sonore, la candeur des prières des églises de réveil, étrangement rythmées par les tambours d’une fête locale. La chaleur moite, d’un printemps éternel baigné par les pluies de la saison, l’odeur des fleurs, du feu sous la tôle de la cabane du veilleur,…on est en Afrique.

Quand on y arrive pour la première fois, tout est surprenant pour peu qu’on pose sur ce nouveau départ, un regard d’enfant et pas de conquérant.
Dans un premier temps, on se laisse envahir par tant de beautés étranges, les yeux grands ouverts, tout est déconcertant, amusant, bluffant. Très vite, on a hâte de tout comprendre, de tout connaître. On compare, on fait des liens, on se laisse envahir par un sentiment grisant qui est celui d’une nouvelle rencontre. On vit à 100% les avantages de cette nouvelle vie ; le soleil jour après jour, la facilité, les nouveaux amis, la belle maison, on fait envie à ceux qui sont restés, on est fiers de dépasser ses limites, d’être sorti de sa zone de confort.
Dans un second temps, avec bienveillance, on se met à l’aimer ce pays, à vouloir le sauver et on a hâte de se sentir chez soi, on est lassé d’observer, de questionner, de rencontrer et surtout d’accepter. Accepter ce que l’on ne comprend pas, ce qui révolte. On voudrait ne plus être réveillé la nuit par des bruits qu’on n’identifie pas parce qu’ils appartiennent à un monde auquel on n’est pas encore habitué. Et puis il y a ce monde auquel on ne veut pas s’habituer, celui des enfants sidaiques abandonnés dans les rues, ceux au sourire édenté qui cachent leur tube de colle dans une main pendant qu’ils portent l’autre à la bouche pour signifier qu’ils ont faim, ces morts parfois, étendus à même la route, juste le temps que quelqu’un s’en occupe. Ce sont aussi les armes et leur lot de potentiel meurtrier, les accidents de la route journaliers et leurs blessés.
C’est la structure sociale organisée en toute inégalité. Ce sont ces dirigeants et leurs décisions qui donnent parfois l’impression de l’aimer moins que nous, ce pays dans lequel on vient d’arriver. Et à cet instant l’Afrique nous apparaît sous un autre angle : absurde et sans espoir.
Ça vient bouleverser nos valeurs et nos principes, ça vient froisser la foi, ce en quoi on croit. Pour un européen, côtoyer l’inégalité, la violence, l’injustice est du domaine de l’intolérable, on prend conscience de la chance qu’on a d’être né dans un pays ou ces valeurs sont des acquis. Et de là naît l’intolérance et le sentiment de supériorité.
C’est le moment de reprendre l’attitude de l’enfant. Celui qui n’a aucun jugement. C’est le moment de se rappeler que « le début de la sagesse, c’est de reconnaître qu’on ne sait plus rien », que du haut de notre montagne de modernité, de technicité, de combats démocratiques gagnés, nous avons aussi oublié ce qui nous a mobilisé, les bases fondamentales de ce qui fait de nous des humains ; la solidarité qui, ici, dépasse le cadre familial pour s’étendre à tout un village, la prise en charge des anciens, la communautarisation de l’éducation des enfants, les repas partagés, les rites de passage, les célébrations, la lenteur du temps, de petits plaisirs simples, qui renvoient à soi-même. Que seule la joie d’être, ici et maintenant, vivant, peut suffire à rendre heureux.
« Choisir c’est renoncer » Choisir de vivre dans un autre pays, ne devrait jamais être synonyme de renoncer à qui on est, à la tradition ou la religion qui fait de nous ce que nous sommes, à l’accent ou à la langue de là d’où l’on vient.
Par contre, choisir de vivre ailleurs, c’est renoncer à ses jugements et à ses aprioris, c’est aborder la vie, la culture, les forces et les faiblesses d’un autre groupe d’humains avec humilité. On a tous, par nos différences, beaucoup à apprendre les uns des autres.
Bon voyage à tous.

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