Accueil Monde Hilde Vautmans plaide à Strasbourg pour un nouveau pacte entre l’Europe et...

Hilde Vautmans plaide à Strasbourg pour un nouveau pacte entre l’Europe et l’Afrique : « Des emplois, pas des leçons »

Strasbourg – Hilde Vautmans (Image d’illustration)

L’eurodéputée belge Hilde Vautmans demande à l’Union européenne (UE) de cesser de regarder l’Afrique à travers le prisme de l’aide au développement. Membre du groupe libéral Renew Europe, elle s’exprimait le 6 octobre 2026 au Parlement européen, à Strasbourg, lors du débat sur les relations commerciales et d’investissement entre l’UE et l’Afrique.

Un partenariat plutôt qu’une leçon

« Pendant bien trop longtemps, l’Europe a regardé l’Afrique à travers le prisme de l’aide au développement. Cela doit cesser », déclare la députée européenne devant ses collègues. « L’Afrique n’a pas besoin d’une nouvelle leçon de la part de l’Europe. » Elle s’appuie sur des chiffres commerciaux : « L’Afrique est notre quatrième partenaire commercial et nous sommes le premier marché d’exportation de l’Afrique », rappelle-t-elle.

Des industries et des emplois, pas seulement des matières premières

Hilde Vautmans demande à l’Europe d’être « un partenaire fiable », qui n’investit pas seulement « dans les matières premières, mais dans les industries, la transformation et les emplois ». Sa réponse tient en trois points : un commerce équitable, des normes élevées et un pacte d’industrialisation entre l’UE et l’Afrique. Elle estime que le programme d’investissement Global Gateway, la stratégie européenne de financement d’infrastructures à l’étranger, « doit donner des résultats concrets sur le terrain ». Elle plaide aussi pour un soutien à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), convaincue qu’« une Afrique plus forte signifie une Europe plus forte ».

Face à la Chine et aux États-Unis

« La Chine et les États-Unis n’attendent pas. L’Europe ne devrait pas attendre non plus », avertit-elle, en demandant une réponse « meilleure » que celle de ses concurrents. Le Global Gateway cible une enveloppe de 150 milliards d’euros de projets à destination de l’Afrique. Le débat est suivi, le jeudi 8 octobre, du vote d’une résolution appelant à un partenariat plus solide, plus juste et mutuellement bénéfique. Hilde Vautmans clôt son intervention en refusant l’opposition entre les deux continents : « Il ne s’agit pas d’opposer l’aide au commerce. Ni d’opposer l’Europe à l’Afrique. Mais l’Europe devrait épouser l’Afrique, et nous serons alors le continent le plus fort. »


Ebola en RDC

Visite officielle d’une délégation congolaise dirigée par Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, président du Sénat de la République démocratique du Congo (RDC), au Parlement européen (Image d’archive)

Plus de 90 % des fonds sont fléchés, alerte l’OMS devant le Parlement européen Face à une épidémie d’Ebola qui a déjà fait plus de 4 100 morts en République démocratique du Congo (RDC), les responsables de la riposte demandent à l’Union européenne (UE) des financements flexibles, la protection des civils et un accès logistique aux zones touchées. Ils s’exprimaient le 8 octobre 2026 à Strasbourg devant la délégation à l’Assemblée parlementaire Afrique-UE (DAFR), lors d’une séance présidée par l’eurodéputée Hilde Vautmans.

Par Mamie Lita

Quatre priorités pour sauver la riposte Le professeur Pierre Akilimali Zalagile, gestionnaire d’incident pour la riposte à Ebola en RDC, formule quatre demandes à l’UE : une flexibilité financière, la protection des civils, un accès logistique et un soutien au triage local et au contrôle des infections. « Ici, l’urgence médicale, l’accès humanitaire et la confiance de la communauté ne peuvent être dissociés », affirme-t-il depuis Bunia, en visioconférence. Le Dr Abdirahman Mahamud, directeur des opérations d’alerte et de riposte aux urgences sanitaires au Programme des urgences sanitaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cible l’argent : « Plus de 90 % des promesses, engagements ou déboursements vont à des objectifs spécifiques. » Il en tire la conclusion qui donne son titre à cet article : « Des financements fléchés équivalent à une absence de financement pour la riposte à l’épidémie. » Le gouvernement congolais chiffre ses besoins à environ 1,3 milliard pour les six prochains mois, et l’OMS estime l’ensemble des besoins de la région entre 1 et 2 milliards.

Une épidémie en pleine guerre

Le professeur Akilimali recense 8 603 cas confirmés et 4 148 décès, soit un taux de létalité d’environ 48 %. L’Ituri, épicentre de l’épidémie, concentre 6 450 cas, et sept des 26 provinces sont touchées. La souche Bundibugyo ne dispose d’aucun vaccin homologué ni d’aucun traitement spécifique. « Derrière chaque cas se trouve une personne, et derrière chaque personne se trouve une famille », rappelle-t-il.
L’épidémie frappe un pays où 15 millions de personnes ont besoin d’assistance, dont 7 millions de déplacés internes. Les attaques contre les professionnels de santé interrompent la surveillance : 52 % des décès surviennent au sein de la communauté, seuls 10 % des cas confirmés font l’objet d’un suivi adéquat, et le traçage des contacts atteint 80 % pour un objectif de 95 %. « Toute entrave à l’accès humanitaire est une entrave à l’accès pour la riposte elle-même », souligne le professeur. Environ 245 soignants ont été infectés et 40 sont morts. En ouverture, Hilde Vautmans situe l’enjeu : « Cette épidémie est désormais considérée comme l’épidémie la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC, dépassant notamment l’épidémie de 2018-2020. » Le Kenya a déclaré son premier cas.

Confiance, soins et frontières

Lucas Honauer, chef de bureau pour la RDC et la région des Grands Lacs à la direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (DG ECHO), décrit les effets indirects du virus. Dans les grands centres de l’Ituri, l’accès aux soins obstétriques recule de 60 à 70 %, car les habitants ont peur de fréquenter des centres de santé associés au virus. La désinformation, ajoute-t-il, complique les interventions dans les villages. Seules 77 % des inhumations sont sécurisées et dignes, relève de son côté le professeur Akilimali, qui compte sur les chefs locaux et religieux, les réseaux de jeunes et les survivants pour reconstruire la confiance.
Le Dr Mahamud salue l’UE pour n’avoir pas imposé de restrictions de voyage : « Beaucoup d’autres pays ont réagi de manière réflexe en instaurant des restrictions de voyage, ce qui entrave l’expertise et le soutien dont la RDC a besoin », regrette-t-il.

Ce que l’UE a déjà mis sur la table

Lucas Honauer détaille la réponse européenne : un peu plus de 15 millions d’euros d’aide humanitaire sont débloqués pour la région, répartis entre les soins, la surveillance, l’engagement communautaire et le maintien des services essentiels. Côté logistique, 821 tonnes de matériel sont à acheminer, onze vols sont partis de stocks disponibles au niveau mondial, notamment en Europe, et l’UE finance deux avions affrétés par l’UNHAS (service aérien humanitaire des Nations unies) à Bunia, pour desservir les zones isolées. Selon Lucas Honauer, le plan de réponse humanitaire pour la RDC réclame 2,1 milliards en 2026, dont un peu plus d’un milliard a été déboursé, soit 50 % de financement et 50 % de manque. « Face à une crise transfrontalière, il faut davantage de coopération, et non moins », souligne-t-il, en précisant que les recherches vaccinales avancent. Le G20 (groupe des vingt principales économies) et d’autres grands donateurs ont par ailleurs annoncé plus de 470 millions de dollars de nouveaux engagements, après une réunion des ministres des Affaires étrangères organisée par les États-Unis le 30 septembre, rappelle Hilde Vautmans.

Les eurodéputés interrogent, la paix en conclusion

La présidente de séance ouvre les questions à la salle. L’eurodéputée Stine Bosse interroge les intervenants sur les vaccins et les besoins à venir. « N’hésitez pas à nous donner la réalité des chiffres, car nous en avons besoin pour aborder les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) », lance-t-elle, en référence au budget de l’UE sur plusieurs années. Barry Andrews, eurodéputé et président de la commission du développement (DEVE), demande si les 15 millions d’euros annoncés sont fléchés vers des piliers précis. Le Dr Mahamud répond que le fléchage dépend des bailleurs : États, ou financements directs aux organisations non gouvernementales (ONG). Le Dr Mahamud conclut sur un message de fond : « La paix est le meilleur des remèdes. » En clôture, Hilde Vautmans remercie les intervenants au nom des collègues présents et du Parlement européen, puis promet : « Nous ferons tout notre possible pour donner suite à vos demandes concrètes. »

Publicité