Suite à son élection controversée en 2024, le Président Chapo a hérité d’un Mozambique déstabilisé politiquement, financièrement fragile et militairement dépendant de ses partenaires étrangers. La reprise annoncée du gigantesque projet gazier du Cabo Delgado peut sauver son mandat. Cependant, elle intervient alors que l’insurrection de l’État islamique est toujours présente. Elle ne constitue plus un danger direct mais demeure une vraie menace, plus diffuse et difficile à éradiquer.
Le FRELIMO toujours à la manœuvre
Les dernières élections présidentielles du 9 octobre 2024 au Mozambique ont été marquées par des fraudes massives. La proclamation de la victoire de Daniel Chapo, candidat du FRELIMO, n’a en rien apaisé les esprits.
Chapo, qui est au pouvoir maintenant depuis deux ans se trouve confronté à une situation politique instable. Cette crise qui perdure est principalement due au régime dictatoriale de l’ancien président Filipe Nyusi. Ce dernier recourant systématiquement à la fraude électorale, à la répression, à l’assassinat des dirigeants de l’opposition et à l’ostracisation des partis politiques rivaux et de la société civile de toute gouvernance. Le contexte catastrophique auquel le nouveau Président fait face est profondément enracinée dans l’économie politique et la répartition inégale des richesses du pays.
En effet, toutes les causes sous-jacentes de l’insurrection islamiste qui dure depuis maintenant 11 ans au Cabo Delgado, que ce soit les inégalités socio-économiques, l’exclusion politique et la corruption des élites, ont été à l’origine des violences post-électorales. Les élites politico-économiques ont tourné le dos à la majorité de la population, mais principalement aux jeunes qui sans ressources font face à une misère désespérante et lourde.
Une majorité de mozambicains espéraient que les élections permettraient de se débarrasser définitivement du FRELIMO. Ils ont, rapidement, été confrontés au fait qu’un changement de Président ne signifiait pas un changement de régime. Même si Chapo est relativement jeune et se présente comme un Président pragmatique, les répressions des manifestations et l’emprisonnement de journalistes font que sa popularité reste faible.
Dans ce contexte inextricable, le Président est confronté à deux problèmes simultanés. Tout d’abord, restaurer la légitimité du FRELIMO ce qui semble être un pari perdu d’avance. Ensuite, rassurer les investisseurs étrangers quant à la stabilité du pays.
L’Eldorado du Cabo Delgado
Le grand défi du Président, c’est la réussite et la mise en œuvre du projet Mozambique LNG de TotalEnergies au Cabo Delgado.
Lorsque l’insurrection du groupe jihadiste Ansar al-Sunna, affilié à l’ ISCAP ( Islamic State-Central Africa Province) démarre le 5 octobre 2017 à Mocímboa da Praia, les Forces armées mozambicaines sont débordées. Le groupe islamique progresse alors rapidement, il s’ empare de cette principale ville portuaire du nord du Cabo Delgado. Puis dès le 24 mars 2021, il lance une offensive contre Palma, qui jouxte le complexe gazier d’Afungi, pièce centrale du projet de TotalEnergies. En avril 2021, le groupe français déclare officiellement la « force majeure » sur le projet Mozambique LNG et retire tout son personnel de son site.
Craignant la chute du Cabo Delgado, les chefs d’Etat de la SADC ( South African Development Community) décident d’envoyer un corps expéditionnaire, la SAMIM ( SADC Mission in Mozambique) pour épauler le gouvernement mozambicain. Elle y restera de 2021 à 2024 .
Cependant, le vrai tournant permettant au Président Filipe Nyusi de reprendre en partie la main au Cabo Delgado, c’est l’arrivée des FDR (Forces de Défense du Rwanda) en juillet 2021. Début août, elles s’emparent de Mocímboa da Praia et graduellement repoussent Ansar al-Sunna, tout en mettant en place une périmètre de sécurité autour du complexe d’Afungi.
Bien que le Cabo Delgado ne soit pas encore totalement sécurisé et demeure malgré tout très instable, le 29 janvier 2026, TotalEnergies et le Président Chapo ont officiellement annoncé la reprise complète des activités à terre et en mer.
Pour l’avenir du Mozambique, la relance du projet est crucial. A ce stade, il s’agit de la reprise de la construction du chantier Mozambique LNG, pas encore du démarrage de sa production commerciale. Le projet de Total Energies n’est d’ailleurs pas le seul. Il y a ENI, avec le projet Coral Sul déjà opérationnel en offshore et Exxon Mobil avec son grand projet Rovuma LNG.
Le FMI estime que les grands projets TotalEnergies et ENI devraient entrer dans leur phase de production autour de 2030, tandis que le second grand projet d’Exxon est attendu vers 2031. Le Mozambique joue tout son avenir sur le gaz.
C’est là où la question du Cabo Delgado devient essentielle tant dans la sécurisation de la province que dans la gestion de la crise économique et sociale du pays.
Le Cabo Delgado, le talon d’ Achille du Mozambique

Si la situation sécuritaire s’est nettement améliorée par rapport aux événements de 2020-2021, principalement grâce à l’intervention rwandaise, elle est loin d’être réglée. Les insurgés ont perdu la capacité de mener de grandes offensives territoriales submergeant les villes stratégiques, mais ils ont conservé une capacité remarquable de survie, de mobilité, de coercition et d’ actions de guérilla.
Le dernier rapport d’ ACLED ( Armed Conflict Location & Event Data Project) est particulièrement révélateur. En août-septembre 2026, Ansar al-Sunna cible à nouveau les populations civiles à Mocímboa da Praia, Muidumbe et Macomia, avec une progression de la menace vers Nangade.
De même, le groupe jihadiste a renforcé sa stratégie d’enlèvements qui est devenu pour lui une source de revenus ! tout en continuant ses attaques contre des véhicules militaires ou civils et contre des intérêts économiques. Pour le moment, il mène moins une guerre de conquête territoriale qu’une insurrection de prédation, d’usure, de contrôle social et de déstabilisation, avec une remarquable capacité à disparaître dans les zones rurales et forestières.
Si les populations locales sont parfois épuisées par les exactions des insurgés, elles restent malgré tout, leur meilleur soutien en raison de leur opposition au gouvernement et leur aversion des Forces armées mozambicaines. Cette hostilité est un des facteurs susceptible de mettre en danger le dossier économique qui doit relancer le Mozambique.
Les forces mozambicaines restent, en effet, le maillon faible de l’équation au Cabo Delgado. Les Forces de défense du Rwanda ont formé les FADM à la lutte antiterroriste, tout comme l’Union européenne, l’Algérie, les États-Unis et d’autres alliés. Le professionnalisme et l’efficacité des soldats mozambicains s’en est trouvé largement amélioré dans les combats contre les islamistes.
Cependant, elles ont été accusées à de multiples reprises d’exploiter sexuellement les femmes déplacées, de tuer les civils soupçonnés de collaborer avec des groupes terroristes et de commettre des crimes de guerre contre des suspects capturés. A aucun moment, dans aucun de ses discours, le Président Chapo n’aborde la nécessité de respecter les droits de l’homme dans les opérations militaires.
C’est dans ce domaine que le Mozambique est en train de perdre la guerre contre le terrorisme. Tant que les FADM ne parviendront pas à obtenir le soutien des communautés locales, Ansar al-Sunna continuera de prospérer.
Dans ce contexte, ils n’ont pas besoin d’être militairement supérieur aux troupes gouvernementales, car il s’agit de petits groupes légèrement armés pratiquant la guérilla. Pour survivre, ils doivent simplement se cacher pour échapper aux forces gouvernementales, ce que leur permet le terrain accidenté et l’ état désastreux des routes
Aujourd’hui, TotalEnergies considère la situation surplace suffisamment sûre pour poursuivre la mise en œuvre de son projet. Le LNG est définitivement la plus grande opportunité économique pour le pays. Néanmoins cela ne fera pas disparaître la menace terroriste persistante, les problèmes de gouvernance et de transparence qui risquent de transformer cette richesse en un nouveau facteur de fragilité en raison de la corruption endémique des dirigeants.
Afungi peut être relancé alors qu’à quelques dizaines ou centaines de kilomètres plus loin, l’État mozambicain failli est incapable d’apporter la moindre garantie de sécurité, tel est le paradoxe mozambicain.









































