
Face à la pollution urbaine par les plastiques, comment expliquer son usage encore aujourd’hui dans les sociétés urbaines ? Quel est le remède ? Autant de préoccupations conduisant à une réflexion approfondie et sereine censée apporter des outils à la société quant à une gestion efficiente du cycle de vie du plastique et des déchets qu’il génère.
La découverte du plastique depuis les années 1945-1947 a modifié les pratiques de vie de tous les jours dans nos sociétés urbaines. Aucune activité humaine ne peut se passer du plastique. Il suffit de regarder autour de soi : un emballage, un bien, un outil d’usage quotidien au travail, à domicile ou au loisir est composé de plastique. Qu’est-ce qui explique autant le recours à ce produit ?
Pourtant, le plastique produit aujourd’hui des conséquences environnementales et sanitaires désastreuses pour les grandes villes, à l’exemple de Kinshasa ? D’un certain point de vue, l’on peut affirmer que les acteurs économiques de grandes multinationales du pétro-plastique, de la chimie des polymères et de la grande distribution, du cosmétique à l’alimentaire, imposent l’usage du plastique. Ceci, dans la mesure où son industrie génère plus de 1 100 milliards de dollars américains à travers le monde selon l’Organisation des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED, 2025).
La dépendance au plastique peut ainsi être considérée comme un mécanisme de développement du capitalisme industriel mondial. Cette hypothèse, aussi riche et factuelle qu’elle soit, n’est sans doute pas la seule à avancer pour comprendre le recours quotidien au plastique. L’on peut ainsi explorer une autre hypothèse, celle relative aux propriétés et aux qualités intrinsèques de la matière plastique comme déterminant de son usage à grande échelle dans les sociétés et économies modernes.
Dans un domaine clé de la vie tel que celui de la santé par exemple, le plastique est indissociable de la médecine contemporaine et de l’administration des soins. Ses propriétés physiques font qu’il est recommandé pour la stérilité des kits et la composition du matériel médical : tensiomètre, gants, ciseaux, pèse-personnes, seringues, poches à sang et emballages stériles.
Des propriétés intéressantes à la base de la pollution
Par ailleurs, dans le secteur industriel et commercial, les emballages plastiques prolongent considérablement la durée de conservation des produits, réduisant ainsi le gaspillage alimentaire entre autre. Ils permettent de transporter des denrées et articles divers sur de longues distances en conservant leur intégrité. La légèreté du plastique contribue à réduire la consommation de carburant et, par conséquent, l’amortissement de moyens de transport.
Peu coûteux et hautement façonnable, il est utilisé aussi dans le secteur du bâtiment et de la construction, où il peut remplacer des matériaux dont l’extraction et la transformation sont plus énergivores (papier, verre, métal, aluminium, etc).
Le plastique regorge ainsi d’innombrables propriétés telles que la dureté, le prix bas, la longévité, la flexibilité, la durabilité et voire un taux de recyclabilité intéressant. Cependant, ces mêmes propriétés sont à la base de la pollution, du fait qu’il dure le plus longtemps possible dans l’environnement et l’espace public (sol, sous-sol, cours d’eau, etc.) et se déplacer d’un endroit à un autre, puis se muer et donc devenir une source de corruption environnementale continue.
Pour un usage modéré et une gestion responsable du cycle de vie du plastique

Le prix bas du plastique facilite son achat par les usagers et sa mise à disposition sur le marché comme premier emballage notamment. La dureté du plastique joue sur sa capacité à être traité le plus efficacement possible, dans le sens où plus le plastique est dur, moins il est facile à traiter et nécessite des moyens importants pour son recyclage.
Vu sous cet angle, l’apologie du plastique plaide pour son usage modéré et une gestion responsable de son cycle de vie, ainsi qu’une mise en œuvre du modèle circulaire des déchets qu’il génère, plutôt que pour son interdiction totale. Dans une optique plus réaliste et pragmatique, il faut souligner son rôle incontournable dans les sociétés et les économies modernes fortement ancrées.

Docteur Joël Munongo Yula est Chargé de cours et chercheur-spécialiste des politiques des déchets, l’économie circulaire et l’action publique en contexte africain au Centre d’Études et de Recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS-UMR 8026) de l’Université de Lille Droit et Santé. Sa thèse a porté sur « La politique des déchets à Kinshasa : problème public, compétition électorale et économie de la débrouille »








































