« Un peuple qui a la mémoire courte est un peuple qui n’a pas d’avenir »
(Citation de Maréchal Ferdinand Foch)
Par David Gakunzi (Extrait du livre : Mémoire du Monde noir)
JERRY JOHN RAWLINGS : D’un pas souverain John Rawlings

Capitaine d’aviation de l’armée ghanéenne, fils spirituel de Nkrumah, Rawlings vient de prendre le pouvoir ce 4 juin 1979. Il veut, dit-il, « nettoyer les écuries », c’est-à-dire lutter contre la corruption.
Il va d’un pas souverain et fier. Il a quelque chose d’un artiste dans ses gestes. Son visage lumineux répand enthousiasme et self-confidence. Il ne recherche pas les honneurs. Il préfère les livres de philosophie et d’histoire. C’est un esprit profond. C’est un esprit en colère.
Du plus profond de son cœur, du plus tumultueux de son sang, du plus clair de ses rêves, il raisonne,
s’enflamme, tonne : « Nous avons trop longtemps été humiliés. Ça suffit comme ça. Afrique, lève-toi et marche. »
LALIBELA : Le saint Louis éthiopien

On sait peu de choses sur le grand roi Lalibela, sinon qu’il fit construire des églises merveilleuses dans le roc de Lalibela, sa ville. Un jour, au cours d’une extase qui dura trois jours, il eut la révélation :
« Tu devras bâtir, tout d’une pièce, une nouvelle Jérusalem. »
Lalibela fit alors appeler les maçons et les tailleurs de pierres émigrés du Haut Nil. Il leur fit creuser dans le roc solide de Lalibela, des églises évoquant l’histoire du Christ – de sa naissance à son ensevelissement et à sa glorification !
Loué soit-il ! Durant les vingt ans que durèrent les travaux, Lalibela vécut comme un ascète.
De tous les souverains de la dynastie des Zagué, aucun ne fut aussi saint et aussi bon que Lalibela.
Loué soit son nom !
RAPHAEL CARRERA : Il castra son peuple

Métis noir-amérindien né en 1814, Raphaël Carrera fut le premier président du Guatemala. Ardent défenseur des Indiens, il régna pendant 30 ans sur son pays avec une poigne de fer. Jusqu’à sa mort en 1865.
Raphaël Carrera aimait l’ordre et le pouvoir.
Il regardait devant, derrière, à l’intérieur, à l’extérieur, à droite, à gauche, en haut, en bas.
Il contrôlait tout. Sa terre, il l’avait clôturée de peur et de torture.
Raphaël Carrera était plus rusé que la magie et plus cruel que le massacre. En règne, dans les maisons on parlait à voix basse et on pleurait en silence. Ses yeux étaient si effrayants qu’ils transformaient en pierre qui les croisait. En face d’eux, même les dieux étaient saisis de peur.
Raphaël Carrera aimait l’ordre et le pouvoir. Il interdit lyres et lettres qui pouvaient redresser les courages. Il castra son peuple.
SPIKE LEE : Spectre de lumière

Le 11 février 1990 les portes de la prison Victor Vorster s’ouvrent devant le prisonnier politique le plus célèbre du monde, Nelson Mandela. Après 27 ans de détention, le symbole de la lutte contre l’apartheid est enfin libre. A 72 ans.
Quand Mandela sort de prison, le soleil l’interroge : « D’où vient cet éclat que tu dégages, de quelle source souterraine, de quelles profondeurs de l’avenir ? »
Quand Mandela sort de prison, il interroge le soleil : « L’éclat des jours qu’on m’a dérobés, qui en a profité. Qui le porte dans ses yeux ? » Y a-t-il plus de lumière, plus de beauté ? »
Quand Mandela sort de prison, c’est poings levés telle l’encre marquant, indélébiles, des paroles défiant le monde, des paroles habitées par la vérité.
Quand Mandela sort de prison, c’est poings levés qui blessent ou émerveillent, remords du monde libre et fierté d’un peuple formé par les murs du silence.
MARCUS GARVEY : Black Moses

Au cours d’un meeting célèbre à Arusha, Julius Nyerere, président de la Tanzanie, définit ce 5 février 1967 la voie dans laquelle il compte engager son pays : ni socialisme réel ni capitalisme.
Les communistes fabriquent des industries lourdes. Avec des leaders qui conspirent pour leur propre gloire dans l’avenir. En buvant de la vodka. Les capitalistes préfèrent le gin et le whisky. Ils laissent mourir de faim ceux qui ont faim et proposent du napalm à ceux qui sont nus.
Le socialisme réel c’est le zoo : les gros poissons et les petits poissons mangent tous, chacun proportionnellement à sa taille.
Le capitalisme c’est la loi de la jungle : les gros poissons mangent tout, y compris les petits poissons. Ni jungle ni zoo ne veut Nyerere. Il faut, dit-il, grandir à partir de ses propres racines tout en s’enrichissant de l’air libre venu d’ailleurs. « Kweri Mwalimu – Vrai, Maître », acquiesce son peuple. Mais qu’a fait Nyerere pour mériter d’être revêtu de l’affection de son peuple ?
Jamais, dit-on, il n’a jamais eu de repas sans avoir un hôte à sa table.
Jamais, dit-on, il n’a eu à choisir entre deux chemins qu’il n’ait opté pour le plus utile au peuple. Sous son règne le craintif a retrouvé assurance, l’opprimé justice. Il a dompté le dragon de l’oppression.
MACEO : Le titan de bronze

Né le 14 juin 1845 à Santiago de Cuba, Maceo a été le dirigeant le plus célèbre de la guerre d’indépendance de Cuba (1868-1878) – guerre d’indépendance de Cuba gagnée par une armée de paysans qu’on appelait les mambises. Maceo est célèbre à cause de ses hauts faits de guerre mais aussi de sa discipline personnelle. Il meurt sur les champs de bataille en 1896.
Ils en avaient ras-le-bol. Ras-le-bol de porter des chaînes, ras-le-bol des bols de tasajo, ras-le-bol de couper la canne à sucre au petit matin, ras-le-bol de la domination espagnole. Les Espagnols les appellent mambises, c’est-à-dire fils de singe et d’uruba.
Sur le champ de bataille les fils de singe deviennent des lions. Les balles pour eux c’est de la rigolade. L’important : l’idéal, Cuba libre et toutes les choses dont parle Maceo. Sur un cheval blanc et noir, Maceo est toujours à la tête de ses troupes. Les ordres qu’il donne, il est le premier à les exécuter.
Jamais, jamais on ne l’a vu donner un coup de plat de sabre à un soldat. Car, affirme-t-il toujours, les soldats ne sont pas responsables des erreurs de leurs chefs. Mais quand un colonel fait la forte tête, Maceo le titan de bronze se met en colère, l’attrape par la peau du cou comme un toutou et vlan !
Ainsi galope, galope pour l’indépendance de Cuba, Maceo le général des hommes libres.
SOWETO : After Soweto, so where to ?

Le 16 juin 1976 à Soweto, la police tire sur les manifestants essentiellement des étudiants et des écoliers qui refusent de suivre des cours en langue afrikaans. À Soweto, terre haute à toute heure debout, des gamins armés de leur peau noire marchent dans les rues : Nous ne sommes pas des Boers. L’afrikaans c’est de la merde. La langue du conquérant dans la bouche de l’opprimé c’est la langue de l’esclavage. La police répond, la rafale part ta-ta-ta-ta-ta, la terre se relève prestement.
Hector Peterson est atteint, le sang gicle, trois fois il gicle, il gicle de son cou, ses genoux se plient
et son corps face contre terre s’allonge.
Et son corps du sol on le recueille : l’enfant n’est pas mort.
À Soweto, terre haute à toute heure debout, la liberté assassinée rôde autour de la ville.
AKHENATON : Étincelait de beauté

Akhenaton est l’un des personnages les plus passionnants de l’histoire de l’Égypte. Âgé de douze ans seulement à la mort de son père il subit l’influence de sa mère qui exerce la régence et poursuit la politique religieuse d’Aménophis III. Devenu souverain, il persécute le clergé d’Amon. Il abandonne Thèbes pour une nouvelle capitale, Akhetaton, siège d’un art réaliste et naturel.
Sous son règne tout ce qui vole et bat des ailes ne cessa de chanter, et les arbres de verdir. Les poissons de la rivière, dit-on, bondissaient de joie devant sa face. Akhenaton étincelait de beauté.
Plusieurs siècles avant le roi David, il écrivit des psaumes.
Treize siècles avant le Christ, il prêcha l’amour, la fraternité et la vérité.
Deux mille ans avant Mahomet, l’unité de Dieu.
Akhenaton étincelait de connaissances. D’autres pharaons avaient prétendu être d’origine divine. On ne pouvait les regarder. Ils étaient sacrés. Lui, alla vers le peuple et parla son langage.
Akhenaton étincelait de simplicité.









































