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Papa Wemba, une vie au service de la rumba congolaise

Papa Wemba, mort le 24 avril 2016, sur la scène du FEMUA – le festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Abidjan) Image : pan-african-music.com

Dans les années 1950, la célèbre rumba congolaise dominait le continent. Plusieurs décennies après, elle n’a rien perdu de sa jeunesse, même si elle a subi entre-temps de nombreux et radicaux liftings. Parmi ses chirurgiens les plus inspirés, Papa Wemba.

L’homme avait tout ce qu’on aime chez les Congolais : vivacité, humour, intelligence, et bien évidemment un grand talent. C’est au sud du Congo, dans le Grand Kasaï, que naît Papa Wemba en 1949. De son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, sa famille s’installe à Léopoldville, capitale du pays, alors colonie belge, aujourd’hui Kinshasa.
Son père, ancien soldat, a combattu dans l’armée belge pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère est pleureuse professionnelle. En entraînant régulièrement son fils avec elle, celui-ci est immergé par la musique et le chant. Néanmoins, son père est opposé à ce que son fils devienne musicien et rêve pour lui d’une carrière de journaliste ou d’avocat.
En 1966 disparaît le père, permettant ainsi au jeune homme d’enfin assouvir ses ambitions musicales. Chantre à l’église St Joseph de Matonge, Papa Wemba, profondément inspiré par la chanson anglo-saxonne, se fait appeler Jules Presley. En 1969, il participe à la naissance de Zaïko Langa Langa, figure de proue d’une génération de jeunes Zaïrois qui trouve la rumba traditionnelle un peu trop lente.
Depuis les années 50, toute l’Afrique danse sur cette rumba afro-cubaine popularisée par Joseph Kabasele puis Franco Luambo Makiadi, stars de l’époque. Mais avec l’arrivée du rock, les rythmes se sont accélérés. Zaïko Langa Langa cherche alors à dynamiter la rumba, remplaçant les instruments à vent par une batterie.
En 1975, fort d’une notoriété déjà solide, il quitte Zaïko et monte avec des amis l’ensemble Isifi Lokolé. Isifi est l’acronyme d’Institut de savoir idéologique pour la formation des idoles, qui devient Yoka Lokolé l’année suivante.

Viva la Musica

Le 24 févr. 1977, sortie officielle à Kinshasa de l’orchestre Viva la musica de Shungu Wembadio, alias papa Wemba

apa Wemba crée enfin en 1977 Viva la Musica. Son impact dépasse le cadre de la musique. Il recrée « le village de Molokaï », dont il s’intronise chef coutumier, avec une vraie mode, le port du béret, une façon de marcher et un parler particuliers. En parallèle, Papa Wemba enregistre en 1979 avec l’orchestre Afrisa International de Tabu Ley, autre star zaïroise. Puis il obtient un franc succès avec la chanson « Analengo » qui parait en 1980 sur un 33 tours enregistré en France et intitulé Franco présente Papa Wemba à Paris, sous un contrat exclusif avec le label Visa 80 de Luambo Makiadi, alias Franco.
Papa Wemba est aussi le « pape » de la Sape, la Société des ambianceurs et des personnes élégantes. En 1983, il enregistre l’album Malimba avec le musicien français Hector Zazou. Un mélange prolifique de rumba africaine et sons synthétiques que l’on dénomme la world music. Papa Wemba a déjà, à ce moment de sa carrière, enregistré une soixantaine de 45 tours et plusieurs albums.

Soukouss New Wave

Fin 1983, il retourne en Europe et y reste huit mois. À son retour en juillet 1984, il reprend les tournées et les concerts avec son « soukouss-new wave ». En 1987, il joue le rôle principal dans le film belgo-zaïrois La vie est belle, dont il compose également la bande originale. Après deux albums entre 1986 et 1988, Siku Ya Mungu et L’Esclave, il sort en 1988 un album produit par Martin Meissonier (King Sunny Adé, Ray Lema). Une sélection de tubes rumba-rock mariés à des sonorités digitales.
Début 1989, il sillonne les États-Unis et de nombreuses scènes de festival, dont celle du Printemps de Bourges en avril. En 1991, il enregistre un album produit par un Japonais, puis deux disques, dont Le Voyageur qui réunit de nouvelles versions de titres vieux de 10 à 15 ans.
En 1993, il passe beaucoup de temps avec l’Anglais Peter Gabriel, musicien et créateur du fameux label de world music, Realworld et qui lui donne l’occasion de jouer devant des salles de plusieurs milliers de spectateurs, voire dans des stades. En France, c’est dans l’immense salle parisienne de Bercy (16 000 places) que les deux artistes se produisent en novembre.
Ensuite vient Émotion, un album à succès où il s’entoure de son compatriote Lokua Kanza, du Français magicien des claviers Jean-Philippe Rykiel et du producteur anglais Stephen Hague.

Koffi

Début 96, Papa Wemba renoue avec Viva la Musica pour l’album Pôle position. Il sort ensuite Wake Up en duo avec une autre star congolaise, Koffi Olomide. Énorme coup musical et commercial, l’album est un événement jusqu’en Europe. En août 1997, nouvel acte avec Nouvelle écriture, produit par Maïka Munan.
En 1999, Papa Wemba voit deux de ses titres (Maria Valencia, Le voyageur) choisis par le réalisateur italien Bernardo Bertolucci pour illustrer son dernier film, Paradiso e inferno. Il apparaît aussi sur l’album du collectif de Passi, Bisso na bisso.
L’année suivante, une série de concerts le mènent dans toutes les régions du monde. Juste avant d’enregistrer un nouvel album : Bakala Dia Kuba, qui sort en décembre 2001. Alors qu’il fête ses trente ans de carrière, Papa Wemba concocte un album entre soukouss et musique latino, rumba congolaise et soul avec Lokua Kanza et Ray Lema, alors que l’artiste prépare un grand concert le 31 décembre au Palais Omnisports de Bercy à Paris, qui sera suivi d’un spectacle devant 12 000 personnes au stade des Martyrs de Kinshasa en juillet 2002.

La chute du Rossignol du Kasaï

Le 17 février, Papa Wemba est interpellé en banlieue parisienne pour son rôle présumé dans une filière d’immigration clandestine. Il est libéré après trois mois et demi de détention. Dans l’opus Somo trop qu’il sort en octobre, il raconte dans la chanson Numéro d’écrou comment « Dieu est venu (lui) rendre visite » dans sa cellule.
Juin 2004, Vieux Bokul revient à Kinshasa après un an et demi d’absence. Il enregistre un duo avec le chanteur de r’n’b, Français d’origine congolaise, Singuila, sur la compilation Dis l’heure 2 afro zouk qui sort en juin 2005, puis sort en 2008, Kaka Yo avec Viva la Musica. La jeune génération est aussi mise en avant sur l’album Notre père, commercialisé en 2010, puisque la chanteuse congolaise Nathalie Makoma et la rappeuse ivoirienne Nash ont été invitées, tout comme la Française Ophélie Winter. Papa Wemba s’inspire aussi des anciens comme Leon Bukasa et Franco sur ce disque.
Lors de la visite du pape au Bénin en novembre, il est invité à jouer à Cotonou, avant des concerts au Togo, en Guinée équatoriale, au Gabon puis en Côte d’Ivoire. Peu de temps après avoir célébré les 35 ans de son groupe Viva la Musica à Kinshasa, il sort la chanson Mode d’emploi, qui dit « non à la balkanisation du Congo ». Et lorsque l’Union africaine fête ses 50 ans quelques mois plus tard, Papa Wemba prend part aux célébrations avec un concert à Addis-Abeba, avant un live au stade de Niamey, au Niger.

2014 : Maître d’école

Le Mercredi soir, 28/04/2016, près de 5.000 personnes ont assisté à un hommage rendu à Papa Wemba, le chanteur congolais décédé dimanche 24/04/2016. (Image : parismatch.com)

En juin 2014 sort le double album Maître d’école pour lequel le chanteur sexagénaire convie pour des duos sa compatriote Barbara Kanam, la Malienne Nana Kouyaté ou encore JB Mpiana, valeur sûre de la scène congolaise.
En juillet de la même année, il fait partie du jury de la 2e édition du Festival international de cinéma de Kinshasa. Programmé en avril 2016 au Femua à Abidjan, Papa Wemba victime d’un malaise s’écroule sur scène juste le 24 avril à d’Anoumabo, un quartier d’Abidjan. Il meurt lors de son transfert à l’hôpital. L’émotion est grande à travers tout le continent africain.

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