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Chine-USA : Le nouveau partage de l’Afrique

(Image source : elecomunista.es)

En 1990, l’historien britannique, Thomas Pakenham publiait « The Scramble for Africa » décrivant la ruée des puissances européennes entre 1876 et 1912 pour s’emparer des territoires et richesses africaines. Depuis 2026, une nouvelle course pour les terres rares et autres minerais ainsi que pour une présence militaire accrue est lancée entre les États-Unis et la Chine.

L’ Afrique est aujourd’hui, un acteur géopolitique à part entière dans le concert des nations. Mais le continent est à nouveau confronté aux jeux d’influences des grandes et moyennes puissances.
Si la présence russe en Afrique est toujours un enjeu de rivalité avec les États-Unis, elle n’est plus au niveau de ce qu’elle fut pendant la guerre froide. Certains pays du continent comme l’Éthiopie ou encore la Libye sont ceux où la rivalité Russie-USA bat son plein. Elle se fait aussi plus sentir à travers l’influence de l’Afrika Corps, anciennement Groupe Wagner, qui passe des accords sécuritaires avec certains États en échange de matières premières.
L’administration américaine ne s’inquiète pas de la présence russe en République Centrafricaine, ni dans les pays de l’AES. Tant au Mali, qu’au Niger et au Burkina Faso, les mercenaires russes sont plus connus pour leurs exactions à l’encontre des populations ainsi que pour leurs défaites face au Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaida et au Front de libération de l’Azawad (FLA).
Sans oublier la France, acteur majeur qui doit réinventer sa politique africaine depuis son éviction de toutes ses bases militaires de son pré-carré traditionnel, excepté au Djibouti. Le sommet « Africa Forward » lancé à l’initiative du Président Macron et son homologue Ruto, qui a eu lieu à Nairobi les 11 et 12 mai derniers, doit être une des initiatives marquantes de la nouvelle politique africaine française, avec des promesses d’investissements allant jusqu’à 23 milliards d’euros dont 14 provenant de la France.

La Chine, l’empire du Milieu africain

Chefs d’État et de gouvernement, à la cérémonie officielle d’ouverture du 9ème Forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCAC 2024) qui s’est tenu du 04 au 06 septembre 2024 à Beijing.(Image d’illustration)

L’ influence de la Chine sur le continent n’a cessé de grandir ces vingt dernières années, devenant son premier partenaire commercial avec des échanges avoisinant les 270 milliards de dollars annuels. Si elle a investi 5 milliards en 2022, dans les routes, les centrales énergétiques et l’exploitation minière, elle détient 170 milliards d’euros de prêts en cours avec les pays africains, avec pour conséquence de peser entre 30% et 40% de la dette extérieure africaine.
Dans cette relation ambiguë, d’un côté la Chine développe les infrastructures comme le chemin de fer de Tazara qui relie la Zambie au port de Dar es Salaam, ou encore d’autres projets comme le barrage de Mambilla au Nigeria. Sans oublier la présence des entreprises chinoises dans les ports commerciaux africains, où elles sont actionnaires actifs dans 78 des 231 ports. De l’autre côté, elle tient ses partenaires en otage avec le poids de leurs dettes, lui permettant d’exercer à tout moment des pressions afin d’obtenir des concessions.
Cependant, le surendettement de certains pays a forcé Pékin à restructurer ou annuler certaines créances tout en renforçant son implantation. Elle a aussi élargi sa stratégie afin d’écouler ses surcapacités industrielles. En date du 1er mai, la Chine a supprimé les droits de douane de 53 pays africains pour l’exportation vers le territoire chinois.
Elle est également devenue une puissance militaire à part entière sur le continent. D’abord grâce à sa base de Djibouti, forte de 1 500 hommes. Ensuite par les exercices conjoints que l’Armée populaire de Libération (APL) a menés avec les forces armées tanzaniennes et mozambicaines dans le cadre d’exercices baptisés « Paix et Unité 2024 », puis par d’importants partenariats militaro-commerciaux conclus avec les États de l’AES et d’autres accords de coopération militaire mise en œuvre par exemple avec l’Érythrée et l’Éthiopie.
La maîtrise de la dette des partenaires africains, couplée au développement des infrastructures, la domination dans les échanges commerciaux ainsi que la montée de la puissance militaire, permet à la Chine de développer un véritable « Global Reach » sur l’Afrique.
Pourtant, tous ces atouts mis ensemble ne prennent leur pleine puissance qu’avec la mainmise chinoise sur les terres rares et les minéraux stratégiques. Si la Chine ne détient que plus ou moins 10% des mines du continent, elle possède en revanche pratiquement 30% de la production du cuivre africain, 55% du cobalt, 50% des « critical minerals » et 87% de la chaîne industrielle, extraction, raffinage, transport et transformation. Son influence économique démultipliée lui assure ainsi les moyens de pression sur ses partenaires commerciaux comme l’Europe et les États-Unis.

Le tournant clé dans la stratégie américaine prend forme en mars 2025

Le président D. Trump et le président F. Tshisekedi (Image d’illustration/Source : whitehouse.gov)

La politique africaine des États-Unis depuis les 20 dernières années peut être comparée à des montagnes russes. Les administrations Bush et Obama ont institutionnalisé les relations avec le continent puis, le premier mandat de Donald Trump a relégué l’Afrique au second plan. Ensuite l’administration Biden qui a suivi a tenté de relancer le dialogue en actualisant la stratégie américaine, axée sur les partenariats démocratiques, la transition énergétique et la lutte contre le terrorisme.
Dès le début de son nouveau mandat en 2025, le Président Trump a démarré une nouvelle politique africaine intitulée « Trade not aid », privilégiant les échanges commerciaux. L’initiative revient de fait au Président congolais Félix Tshisekedi proposant un deal inédit à Massad Boulos, envoyé spécial pour l’Afrique du Président Trump. Il s’agit d’un accès privilégié aux terres rares et aux minerais stratégiques de la République démocratique du Congo en échange d’une implication sécuritaire et un soutien militaire face à l’agression du Rwanda.
Confrontée à une dangereuse dépendance aux terres rares chinoises même pour son industrie militaire, les USA décident de se lancer dans ce projet d’envergure stratégique.
La RDC a signé un accord de paix avec le Rwanda le 4 décembre 2025 à Washington sous garantie américaine. Dans le même cadre, trois protocoles additionnels étaient signés dont celui sur la sécurité, permettant l’intervention des hommes de Frontier Services Group d’Erik Prince dans l’audit des mines et l’appui logistique aux Forces armées congolaises, les FARDC.
Malgré des ratés dans les accords de paix en raison du double jeu du Rwanda, placé sous sanctions de Washington, on assiste à la ruée des sociétés américaines vers les concessions minières congolaises. Sur la ligne de départ, KoBold Metals ayant obtenu 13 permis miniers principalement pour l’exploitation du lithium de Manono, Orion Critical Mineral Consortium qui a racheté 40% des mines de Glencore, sans oublier le groupe America First Global de Gentry Beach, ami du Président Trump, qui souhaite acquérir la mine de Rubaya produisant 15 à 20% du coltan mondial.

Toute l’Afrique convoitée

De son côté la Chine continue d’étendre son influence avec son projet de production de cuivre au Grand Kasaï à l’initiative de la société China Railway Resources Universal Limited.
La course aux minerais ne se limite pas qu’en RDC. Washington tente de bloquer l’accès des sociétés chinoises à certains appels d’offres. Le meilleur exemple étant le cas de Mrima Hill au Kenya où des réserves de terres rares et minerais stratégiques ont été trouvées pour une valeur de 62 milliards de dollars. Les groupes Chinois ont fait une offre mais les États-Unis, considérant le Kenya comme leur chasse-gardée, ont menacé le Président Ruto de sanctions si le marché était accepté.
On assiste à un affrontement sino-américain à travers toute l’Afrique, que ce soit au Mali pour les mines de lithium, au Niger pour l’uranium ou au Burkina Faso pour les terres rares. Des pays où Nick Checker, le plus haut responsable d’African Bureau du Département d’État s’est rendu début 2026 pour négocier des accords sécurité-mines. Également dans la Corne de l’Afrique où l’Éthiopie, la Somalie et l’Érythrée font l’objet de toutes les convoitises.
Les États-Unis sont présents principalement dans le domaine militaire et la Chine dans les mines, tous deux s’efforçant de supplanter l’autre. Lénine affirmait : « Qui tient l’Afrique, tient l’Europe ». Aujourd’hui on peut dire que qui tient l’Afrique tient l’avenir géopolitique et économique du monde. La course ne fait que commencer.

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