Au moment où Kinshasa a jeté son dévolu sur une candidature au nom évocateur par sa charge émotionnelle et son leadership politique avéré, celle de Juliana Amato Lumumba, pour l’élection de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, voilà qu’une outsider, la Mauritanienne Coumba Ba, se met sur le devant de la scène pour faire échec à celles qui sont pressenties favorites pour briguer le poste.
La République démocratique du Congo mise sur la dernière fille du héros national congolais Patrice-Emery Lumumba, au poste de Secrétaire général de l’OIF, dont Kinshasa avait officiellement annoncé la candidature le 27 février dernier, deux jours après un déjeuner à l’Élysée entre les Présidents Félix Tshisekedi et Emmanuel Macron. Objectif de Kinshasa avec Juliana Amato Lumumba : placer son pion majeur pour barrer la route à la Rwandaise Louise Mushikiwabo, en fonction depuis 2018 et candidate à sa propre succession pour un troisième mandat. Voilà pour les deux favorites présumées.
Aujourd’hui, on parle avec insistance d’une autre candidate, plus qu’une simple outsider : Coumba Ba. Discrète mais dont on dit redoutablement bien introduite dans les cercles diplomatiques africains et francophones, la Mauritanienne apparaît comme la candidate surprise dans la course à la tête de l’OIF.
Face à la secrétaire générale sortante Louise Mushikiwabo et à la candidate congolaise Juliana Amato Lumumba, plusieurs observateurs estiment que la candidature mauritanienne pourrait servir d’option diplomatique de compromis dans un contexte régional particulièrement sensible, estimant que cette équation dépasse largement le simple cadre de la Francophonie.
En toile de fond, il y a aussi les relations stratégiques entre Emmanuel Macron et Paul Kagame, qui se sont considérablement rapprochées ces dernières années malgré les tensions persistantes entre le Rwanda et la RDC, le Président français obligé dès lors d’avancer à pas feutrés.
Dans ce contexte, plusieurs voix estiment qu’un remplacement direct d’une candidate rwandaise par une candidate congolaise pourrait être perçu comme une défaite politique pour Kigali et risquerait de fragiliser l’équilibre diplomatique patiemment construit par Paris. Une telle issue pourrait également alimenter davantage les tensions régionales déjà vives autour de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC, où Kigali est constamment accusée d’alimenter la rébellion du M23 en hommes et en matériel et de participer activement au massacre des populations.
La Mauritanienne, une option diplomatique de compromis pour une sortie acceptable

Aussi, toujours pour certains observateurs, l’option Coumba Ba apparaît, comme une solution médiane permettant d’éviter une confrontation politique ouverte au sein de l’espace francophone non seulement entre Kigali et Kinshasa, mais aussi entre Paris et Kigali. La Mauritanie, considérée comme plus neutre dans ce dossier, pourrait ainsi offrir une sortie diplomatique acceptable pour plusieurs capitales influentes.
Âgée de 56 ans, Coumba Ba, ministre et conseillère à la présidence mauritanienne, mène jusqu’ici une campagne discrète mais méthodique. Moins exposée médiatiquement que ses concurrentes, elle bénéficierait néanmoins d’un important réseau relationnel et d’un profil consensuel susceptible de séduire plusieurs États membres soucieux d’éviter une bataille trop politisée autour de la succession à la tête de l’OIF.
Alors que Kigali souhaite conserver son influence à travers un nouveau mandat de Louise Mushikiwabo et que Kinshasa pousse la candidature symbolique de Juliana Amato Lumumba, l’entrée en scène de Coumba Ba pourrait finalement rebattre les cartes de cette élection à haute tension politique aux résonances régionales.
Lors de son élection, Louise Mushikiwabo avait bénéficié du soutien appuyé de Kinshasa et surtout de Paris. Le soutien de la RDC semble aujourd’hui révolu, ce grand pays d’Afrique centrale entend désormais capitaliser sur son statut de premier espace francophone mondial pour peser davantage dans les équilibres internes de l’organisation. Déjà, Kinshasa s’emploie à la conquête de ce poste-clé en engageant une intense campagne de persuasion auprès des États membres.









































