Accueil Actualité Sénégal : Diomaye Faye – Ousmane Sonko, chronique d’une rupture annoncée

Sénégal : Diomaye Faye – Ousmane Sonko, chronique d’une rupture annoncée

L’ancien Premier Ministre du Sénégal Ousmane Sonko (à gauche) et Le Président de la République du Sénégal Bassirou Diomaye Faye ( à droite) dans la cour du palais présidentiel du Sénégal. Photo Facebook Ousmane Sonko. (Image d’archive)

Le 22 mai, le tandem au pouvoir au Sénégal depuis mars 2024 a finalement explosé. Le président Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre et allié Ousmane Sonko, mettant fin à un spectacle qui, ces derniers mois, avait pris l’aspect d’un duel entre le chef de l’État et son ancien mentor, l’encombrant Premier ministre. Le divorce est donc consommé.

C’est un peu plus d’un an après leur arrivée au pouvoir, en juillet 2025, qu’apparaît la première fracture dans le tandem au pouvoir. À l’origine, Ousmane Sonko évoque alors un « problème d’autorité », voire même une « absence d’autorité ». Une attaque frontale destinée à Bassirou Diomaye Faye qu’il accuse de ne pas assez défendre son Premier ministre face à des attaques politiques. Et de ne pas assez faire tout court par rapport aux réformes promises et notamment la reddition des comptes
En novembre 2025, c’est le deuxième acte. Bassirou Diomaye Faye décide de réactiver la coalition politique qui l’a porté au pouvoir et de nommer Aminata Touré à sa tête contre l’avis de son Premier ministre et chef des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Au sein du parti, la décision est perçue comme une trahison. Le désaccord est public et le bras de fer devient officiel avec, en toile de fond, les ambitions présidentielles des deux protagonistes.Depuis, le fossé n’a cessé de se creuser entre les deux hommes, par déclarations interposées. Début mars 2026, Ousmane Sonko évoque la possibilité de retourner dans l’opposition et parle de « cohabitation douce ».
Le 2 mai, lors d’une interview à la presse, Bassirou Diomaye Faye évoque pour la première fois la possibilité de limoger Ousmane Sonko s’il ne devait plus lui faire confiance. L’acte de divorce est alors déjà sur la table, selon les observateurs politiques. Il ne manquait plus que le passage à l’acte, qui interviendra finalement le 22 mai avec le révocation d’Ousmane Sonko par Diomaye Faye.

« Le président s’est trompé »

Le président Bassirou Diomaye Faye (à dr.) qui a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko (à g.)

Face aux questions des députés le vendredi 22 mai, pas d’attaque frontale, mais Ousmane Sonko n’a pas manqué, juste avant son limogeage, une nouvelle fois, d’afficher un certain nombre de désaccords avec le chef de l’État. Et notamment sur l’urgence de mieux contrôler les fonds politiques, ces enveloppes financières dont dispose la présidence et la primature et qui échappent, pour l’heure, au contrôle du Parlement.
« Le président s’est trompé », a ainsi affirmé Ousmane Sonko devant les parlementaires, et d’ajouter : « J’ai espoir qu’il reprendra ses esprits », fixant un ultimatum au président pour l’adoption d’un texte de réforme. Serait-ce là la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? « Peut-être », affirme une source proche du pouvoir qui parle « d’une attitude générale » ayant sûrement déplu à Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko se présentant également comme un Premier ministre qui n’obéit pas aveuglément et qui n’acquiesce pas à tout.
En tout cas sur les réseaux sociaux, les réactions à son limogeage ont été immédiates, avec des centaines de partages d’une photo d’Ousmane Sonko et la mention « Tu ne marcheras jamais seul ». Sur le campus de l’université Cheikh-Anta-Diop et devant le logement du désormais ex-Premier ministre, des centaines de personnes se sont également rassemblées pour dire leur soutien à celui qui vient de passer dans l’opposition.
Dans un communiqué diffusé le soir du 22 mai, le Pastef rend hommage « au travail remarquable accompli par le Premier ministre et son gouvernement » et dit se préparer pour le congrès du 6 juin. Dans l’immédiat, les membres du gouvernement sortant ont été chargés d’expédier les affaires courantes.


L’ex-Premier ministre Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale

L’Assemblée nationale prête à accueillir l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko
(Image d’illustration/Source : senegal7.com)

Quatre jours après son limogeage, Ousmane Sonko a été élu le 26 mai 2026 président de l’Assemblée nationale, avec 132 voix (1 abstention et 0 contre) sur les 133 exprimées, en l’absence d’une trentaine de membres de l’opposition, qui avaient déserté la salle, contestant la légalité de sa réintégration en tant que député.
Il succède à Malick Ndiaye qui avait démissionné le 24 mai pour subtilement laisser de l’espace à Ousmane Sonko. Le président sortant du parlement avait d’ailleurs été frénétiquement applaudi par ses pairs au moment où il était appelé à l’urne pour déposer son bulletin de vote en faveur de son successeur.
C’est une nouvelle étape dans la recomposition au sommet de l’État, Ousmane Sonko ayant pris immédiatement ses fonctions après le scrutin. Avec son élection, le Premier ministre limogé revient donc en force à l’Assemblée nationale et devient ainsi la deuxième personnalité de l’État, élu à la quasi-unanimité par les membres de Pastef, malgré ses divergences avec le président Bassirou Diomaye Faye, issu du même parti.
Immédiatement investi sous les applaudissements de députés de son parti (qui détient 130 des 165 sièges), pour la plupart vêtus de blanc pour la circonstance, Ousmane Sonko a longuement pris la parole. Il a notamment tenu à rassurer l’Exécutif qu’il n’y aura « pas de vendetta », « pas de blocage », pas de « chaos », mais un contrôle strict. « Je n’utiliserai pas cette institution pour des vendettas personnelles », a-t-il promis. « Ce qui est en jeu dépasse les individus, c’est le rapport entre la morale et la politique », a insisté Ousmane Sonko.
Le Pastef reste ouvert, a-t-il affirmé. « Pastef, qui est la formation politique – et c’est inédit dans les annales politiques de ce pays et peut-être du monde – à la fois majoritaire dans l’opposition et au pouvoir, reste ouvert à une discussion responsable qui met de côté les égos pour trouver les voies et moyens d’une gouvernance apaisée et terminer ce mandat dans les meilleures conditions », a-t-il déclaré après son élection.

« On ne peut pas être dans un système d’hyperprésidentialisme »

(Image source : aps.sn)

« Et cette discussion ne se fera pas autour des hommes et des femmes. Elle se fera autour des orientations et du programme, sur quoi nous devrons nous entendre désormais avec le président de la République, pour pouvoir envisager de continuer à l’accompagner dans la sérénité. On ne peut pas être dans un système d’hyperprésidentialisme au Sénégal aujourd’hui », a-t-il ajouté. Des messages d’apaisement, malgré quelques piques au président Bassirou Diomaye Faye.
Ousmane Sonko a par ailleurs salué la nomination, la veille, d’un nouveau chef du gouvernement, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, dont il dit être « un homme compétent, travailleur acharné et dévoué », affirmant le connaître « parfaitement » après avoir cheminé avec lui durant plus d’un an et demi. Mais au passage, il a fait état de divergences avec son successeur sur la gestion de la dette et sur le système monétaire.
Il a relevé que son parti n’a pas été associé à cette nomination, ni aux consultations sur un nouveau gouvernement. « On ne peut pas faire de Pastef sans le Pastef », a-t-il lancé, se disant toutefois ouvert à une « discussion responsable » avec l’Exécutif, « malgré ce faux départ ».
Des signes évidents que le Sénégal n’est pas prêt à retrouver le chemin d’un fonctionnement plus serein des institutions. En effet, l’élection d’Ousmane Sonko est contestée d’un point de vue juridique : 32 députés de l’opposition ont bruyamment quitté l’hémicycle au moment du vote, rejetant la légalité de la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député et estimant qu’en tant que chef du gouvernement, il aurait de ce fait perdu son mandat électif décroché lors des législatives de novembre 2024.
Au contraire, la porte-parole de Pastef, Marie Rose Faye, a assuré qu’à partir du moment où le bureau politique de l’Assemblée nationale a validé la régularité de la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député, la procédure est « parfaitement légale ».

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