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RDC – Forfaiture de l’ancien président Kabila : la création d’une nouvelle plateforme a échoué à absoudre l’AFC-M23 de ses crimes

Il a été président de la République démocratique du Congo pendant 18 ans. Qu’il soit reconnu aujourd’hui comme un rebelle à la tête d’une plateforme politico-militaire dans l’objectif de combattre les institutions de son pays et tenter de reprendre le pouvoir par les armes, en foulant aux pieds les prescrits constitutionnels, il faut admettre qu’il est tombé bas et simplement voué à l’ignominie.

Le rapport de l’ONU avait annoncé ce qui se dessine aujourd’hui. Le 11 juin 2026, dans son rapport, le Groupe d’experts des Nations unies évoquait, au paragraphe 58, une possible restructuration de la direction de l’AFC/M23, accompagnée d’un éventuel changement de nom.
Un paragraphe plus loin, les experts soulignent que la mise en avant de Joseph Kabila pourrait contribuer à présenter le mouvement comme une initiative nouvelle et essentiellement congolaise visant à éclipser le rôle du Rwanda.
12 octobre 2026 à Goma, l’annonce du Front pour la refondation de la Nation, dirigé par Joseph Kabila, vient confirmer ce qui était jadis rangé au chapitre de simples supputations. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil. À l’instar de la mue opérée de l’AFDL au M23, en passant par le RCD et le CNDP, tous les groupes rebelles ayant sévi à partir de l’Est de la RDC.
Dans ce nouveau paysage, s’il en faut, il convient de saluer la clairvoyance du Président de la république, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo qui, lui, n’avait pas attendu cette annonce. En effet, depuis plus d’une année, le chef de l’État congolais n’avait cesser d’alerter que « Joseph Kabila est le vrai patron de la rébellion de l’AFC-M23 ». Il ne nourrissait aucun doute à son sujet. Toute autre considération ne relevant que d’un simple secret de polichinelle. Là, les masques viennent de tomber, qui dissipent tout doute.
Il convient de relever par ailleurs que l’intéressé, en se proclamant chef de bande, vient par là même de donner également raison à la Justice congolaise qui l’avait accusé de « collusion avec un mouvement rebelle » responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis sur les populations congolaises dans l’Est du pays, le condamnant à mort à l’issue d’un procès.

FRN et AFC-M23 : bonnet blanc, blanc bonnet

Les soldats du M23 au Stade de l’Unité à Goma le 6 février 2025. © Alexis Huguet / AFP (Image d’illustration)

Aussi, après la disparition annoncée de l’AFC-M23 et son remplacement par le Front pour la Refondation de la Nation (FRN), un mouvement empruntant un nom différent, quelles conséquences en tirer ? En tout cas plusieurs scénarios se mettent en place. D’abord les négociations que Kinshasa entretenait à Doha avec le mouvement rebelle deviennent ipso facto caduques et donc sans objet. Le Dialogue national annoncé inclusif prend lui aussi un petit coup.
Par ailleurs, si pour Kinshasa il ne faisait l’ombre d’aucun doute que ceux qui ont pris les armes ne pouvaient une seconde se prévaloir de participer aux assises, la création de la nouvelle plateforme voulue tout aussi politico-militaire, de surcroît avec les mêmes acteurs, n’est pas non plus suffisante pour échapper à la réserve émise par les autorités nationales dans l’organisation du Dialogue national inclusif.
Mais si la nouvelle appellation n’a pas réussi à éclipser les fautes reprochées à l’AFC-M23 ni délester au mouvement rebelle le boulet qu’il traîne au pied – condamnations quasi-unanimes à travers le monde, sanctions internationales ainsi que responsabilité des millions de morts des Congolais et des centaines de milliers de femmes violées notamment –, c’est au cœur même du parti politique de Joseph Kabila, le PPRD, que le séisme est le plus violent.
Immédiatement après l’annonce de forfaiture de leur mentor, un grand nombre de ses lieutenants ont tourné casaque, refusant à raison d’assumer un héritage entaché du sang des Congolais, qu’endossent tous ceux qui se sont rapprochés de Kigali, soutien militaire des groupes armés qui endeuillent l’Est de la République démocratique du Congo depuis trois décennies, avec le bilan le plus lourd depuis la 2ème Guerre mondiale : 10 millions de morts.
Ainsi, plusieurs cadres ont opté de déserter ce bateau qui tangue d’ailleurs depuis qu’il n’y a plus aucun capitaine à bord. Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre des Droits humains, dit choisir l’opposition à « mains nues » et tourne le dos à Kabila. Dans un message publié sur son compte X dans la nuit de lundi à mardi 13 octobre 2026, elle annonce prendre ses « distances avec Joseph Kabila, au lendemain de sa désignation à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), issu de l’AFC/M23 », affirmant « refuser la voie armée qu’il a choisie », à laquelle elle assure n’être liée « ni de près ni de loin ».

Défections en cascade dans les rangs de son parti et désapprobations au-delà

(Image d’illustration)

Le PPRD n’a pas cessé de se fissurer après le vagabondage de Kabila, car d’autres cadres dont Patrick Nkanga, India Omari et Allegra Ngalula viennent également de claquer la porte. Premier à dégainer, Patrick Nkanga, rapporteur du Bureau politique et centre névralgique de ce parti à Kinshasa, a annoncé quitter la formation politique cher à Joseph Kabila. Il en est de même d’India Omari, l’un des rares cadres à encore porter l’écharpe du PPRD dans les manifestations de l’opposition. « Parfois, la fidélité à ses convictions impose de se dissocier de certaines orientations et de prendre du recul lorsqu’elles s’éloignent de nos principes. Mon engagement demeure pacifique, dans le respect de la Constitution de mon pays et des valeurs démocratiques », a-t-il assuré sur X.
La saignée s’est poursuivie avec la défection depuis la France d’Allegra Fosh Ngalula, aux termes de sa « lettre de démission et de désolidarisation » parvenue à la presse le 12 octobre 2026, dans laquelle elle exprime sa « désolidarisation de toute initiative visant à perturber la paix, à déstabiliser les institutions ou à compromettre la sécurité de la population en République démocratique du Congo ».
De son côté, l’acteur politique Alain Bolodjwa, au nom de LeBât et de la Génération Rupture, n’y est pas allé par quatre chemins. « Notre opposition ne signifie nullement que nous devons soutenir tous ceux qui prennent les armes pour conquérir le pouvoir. On ne peut pas prétendre défendre le peuple tout en faisant de la conquête du pouvoir par les armes un moyen d’action politique ».
Et ce ne sont là que les réactions des premières minutes, qui laissent présager un large mouvement de foule, après la bombe lancée par la création du mouvement politico-militaire Front pour la Refondation de la Nation, en remplacement de l’AFC/M23, avec Joseph Kabila à sa tête, Bertrand Bisimwa comme 1er vice-président, Corneille Nangaa comme 2ème et le général Sultani Makenga chef d’état-major avec rang de vice-président.
Une atmosphère d’enterrement qui rappelle la disparition du MPR de feu le Maréchal Mobutu, tant la ligne de démarcation semble nette avec ceux qui estiment que « les principes ne se négocient pas au gré des ambitions politiques ». La forfaiture est d’autant plus condamnable qu’il s’agit d’un ancien président qui a radicalement foulé au pied et craché sur le prestige que confère la fonction à la tête d’un État.

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