Depuis belle lurette nous nous sommes donné le devoir de faire revivre régulièrement pour nos lecteurs ces gens de couleur qui ont marqué l’Histoire de leur société.
Tous ces souvenirs sont issus des extraits tirés de l’ouvrage Mémoire du Monde noir, écrit en 2005 par David Gakunzi, à qui nous présentons encore nos hommages pour la qualité de la recherche.
« Un peuple qui a la mémoire courte est un peuple qui n’a pas d’avenir »
Richard Wright : Black boy

Né le 4 septembre 1908 dans une plantation du Mississippi et mort à Paris en 1960, Richard Wright est le pionnier d’une génération de romanciers noirs américains engagés. En usant des mots du langage populaire Wright a su restituer plus que quiconque la condition et les traumatismes créés sur son peuple par la ségrégation.
« On a assez écrit sur les nymphes il faut regarder plus profond, suivre les gens dans les traces du temps » ; ce Black Boy est le miroir de son époque. Il ne craint ni le FBI ni la CIA.
Ils détestent cordialement les oncles Tom et les dogmes. Sans répit il combat avec sa plume brigands et marchands. D’un seul mot il sonne l’alarme et la charge. Il vient de Harlem, il connaît le poids des larmes qu’on verse à Harlem. A Harlem on dit de lui Wright is Right.
Création du PAIGC : Le moment est venu

Le 5 septembre 1956 le Parti africain pour l’indépendance de la Guinéé-Bissau et des îles du Cap-Vert est créé sous l’impulsion de Amilcar Cabral et de Arestides Perreira. Ce parti sera le fer de lance de la lutte pour l’indépendance de ce pays.
Six hommes entrent furtivement dans une bicoque à Bissau. Réunion clandestine. A l’ordre du jour : « Que faire pour déboulonner l’oppression coloniale portugaise ? »
Entre la quiétude immobile et donc l’abandon prolongé de leurs concitoyens à une vie de misérables et la révolte si nécessaire armée, les 6 hommes ont fait le choix. Celui d’agir sur leur histoire.
Les fervents patriotes ce sont eux. Sans parole vaine ils ont composé un manifeste dont la puissance égale une armée en arme : « Le moment est venu de préparer notre peuple à assumer une époque décisive de son histoire. Celle de la lutte pour la libération nationale. Cette lutte exige la mobilisation de tous les Guinéens et Cap-Verdiens, sans distinction de sexe, de tribu ou de couleur. Pour engager cette lutte, le peuple a besoin d’une direction : c’est le Parti qui sera organisé clandestinement, afin d’échapper à la vigilance policière des colonialistes. »
Six hommes se sont réunis et voilà revenue sur leur terre la gloire ancienne.
Rodgers Bennet : Lignes d’orgueil

Le 6 septembre, Rodgers Bennet meurt. Il fut l’un des pionniers de la reconstitution de la mémoire noire. Il a passé près de 50 ans de sa vie à essayer de reconstituer l’itinéraire de l’humanité.
Rodgers Bennet a fréquenté toutes les générations de son peuple. Il les a approchées et comprises dans les siècles des siècles. De leur mémoire il a tiré des lignes d’orgueil plus évidentes et resplendissantes que les lumières de la science.
Saint Maurice : Gai comme le vin

Célébré tous les 22 septembre de l’année, saint Maurice est un chef de la légion thébaine qui a vécu au IIIè siècle et qui aurait été massacré avec ses soldats chrétiens.
De vous, je tiens ma solde de militaire. Mais de Dieu je tiens la vie. Vous obéir ce serait renier Dieu et je ne le peux pas. Ainsi répondit Maurice à Maximien empereur de Rome. Celui-ci voulait que celui-là réduise la révolte des tribus chrétiennes indociles. Depuis ce jour-là le nom de Maurice traversa les frontières et les cieux. Fort comme l’eau qui coule, généreux comme une source, gai comme le vin, simple comme le riz est Maurice, colporta la légende.
En France, en Suisse, en Espagne, en Italie, il fut sacré Saint.
Peter Tosh : Stepping Razzor

Né le 9 octobre 1944 en Jamaïque, Peter Tosh est l’un des membres fondateurs des Wailers le groupe le plus célèbre de reggae. Après avoir assuré les harmonies vocales, tenu la guitare solo et composé pour ce groupe, Peter Tosh entame sa carrière solo en 1974. Avec un son reggae heavy et rebel il sillonne le monde avant d’être assassiné le 11 septembre 1987 à Kingston à cause de ses idées engagées.
Dread il était pour un idéal. Tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir. Tout le monde réclame la paix. Je ne veux pas de paix mais l’égalité et la justice. Cool il était pour un idéal. Ne te tourmente pas à cause des malfaiteurs ni ne sois envieux des ouvriers de l’injustice car ils seront bientôt fauchés comme le foin et ils faneront comme l’herbe. Conquérant il était pour la fraternité. Ne t’inquiète pas d’où tu viens. Qu’importe ta nationalité, africaine est ton identité. Qu’importe ta couleur, tu ne seras pas rejeté. Qu’importe ta religion, c’est de la ségrégation. Tu es africain.
Aussi dangereux qu’une lame de rasoir sur pied de guerre il était. Qui voulait vivre devait bien le traiter. Aussi durement que des poings, ses chansons frappaient au visage des faux dieux.
Renaissance Harlem : Beaux et laids

Affirmer la dignité de l’homme noir non plus en fonction de sa plus ou moins grande ressemblance au Blanc mais en tant que Nègre, tel est le but du mouvement littéraire qui prédomine à Harlem dans ces années 30.
Stomps, slows, songs, sons, blues, jazz… De street en street, de bar en bar, un nouveau wind souffle sur Harlem. A l’orogine de ce vent : Langstone Hughes, Claude Mac Kay, Countee Cullen, Sterling Brown, Jean Toomer. Dans un manifeste pimenté, ils ont décidé d’annoncer la couleur : « Nous, créateurs de la nouvelle génération nègre, nous voulons exprimer notre personnalité noire sans honte ni crainte. Si cela plaît aux Blancs, nous en sommes fort heureux. Si cela ne leur plaît pas, peu importe. Nous savons que nous sommes beaux. Et laids aussi. Le tam-tam pleure et le tam-tam rit. Si cela plaît aux gens de couleur, nous en sommes fort heureux. Si cela ne leur plaît pas, peu importe. C’est pour demain que nous construisons nos temples, des temples solides comme nous savons en édifier, et nous nous tenons dressés au sommet de la montagne, libres en nous-mêmes. »
Last Poets : Yo

Depuis 1968, les Lasts Poets sont la référence incontournable de la poésie de rue de New York. Ils sont les ancêtres du rap.
Philosophes guillerets avec des paroles qui signifient quelque chose ils font de la tchatche anti-structure. Ils allongent ou contractent les syllabes à l’envie, démultiplient le tempo, rebondissent, esquivent, placent des riffs… Avec des mots percutants et bruts, avec des phrases élastiques, rapides comme la foudre, ou vicieuses comme un serpent ils rappent à gauche, ils rappent à droite. La rime est la base de leur rythme, la voix la batterie de leur message. Sphinx de la parole ils sont de la rue.









































