Accueil Politique Burundi-Rwanda : Ndayishimiye parle de situation régionale « chaotique » et met en garde Kigali

Burundi-Rwanda : Ndayishimiye parle de situation régionale « chaotique » et met en garde Kigali

Le président burundais Évariste Ndayishimiye (Image d’illustration / Source : sosmediasburundi.org)

Le président Évariste Ndayishimiye a lancé un sévère avertissement au Rwanda, accusé de soutenir le M23 à la frontière du Burundi et de menacer la sécurité nationale, appelant les forces armées de son pays et la population à se tenir prêtes devant une situation régionale qu’il juge « chaotique », marquée par l’escalade des tensions et par des accusations croisées entre Kigali, Gitega et Kinshasa.

Lors de la cérémonie d’échange de vœux de Noël et de Nouvel An 2026 avec les corps de défense et de sécurité, organisée le vendredi 19 décembre à la Base aérienne de Gitega dans la capitale politique, le Président Évariste Ndayishimiye a tenu un discours ferme à l’endroit du Rwanda, qu’il a accusé de nourrir des menaces persistantes contre le Burundi.
Sans détour, le chef de l’État a affirmé que le danger demeurait présent aux frontières du pays. « L’ennemi est toujours devant la porte, on ne peut pas le nier. Nous avons un mauvais voisin au nord du Burundi », a-t-il lancé, soupçonnant Kigali de préparer des attaques contre le Burundi afin de lever des obstacles à la conquête de la République démocratique du Congo.
Le président Ndayishimiye a également réitéré ses accusations selon lesquelles le Rwanda financerait des rébellions et des opposants hostiles au Burundi. « Qu’ils le sachent, le Burundi n’est pas un enfant. C’est un pays qui ne peut pas être envahi », a-t-il insisté, appelant les forces de défense et de sécurité à rester vigilantes en étroite collaboration avec les autorités administratives et les populations civiles.
Selon lui, le Burundi poursuit activement des préparatifs face à toute éventualité de guerre, impliquant l’ensemble des citoyens. Il a prévenu que toute attaque contre le Burundi aurait des conséquences. « Quiconque prétendra attaquer le Burundi saura comment la bataille a commencé, mais ne maîtrisera jamais la fin de cette lutte, car les hostilités prendront fin à Kigali », a-t-il menacé.
Il a conclu son allocution par un appel à l’unité au sein des forces armées, exhortant généraux et officiers supérieurs à rester sereins et soudés et mettant en garde contre d’éventuelles tentatives de division qu’il attribue à des acteurs poursuivant des intérêts personnels.

Un discours intervenant alors que l’armée burundaise se retire du Sud-Kivu

L’armée burundaise en RDC dans le cadre des accords de l’EAC (Image d’archive)

Ces déclarations interviennent alors que la situation reste explosive dans l’est de la RDC, sur fond d’animosité entre Gitega, Kinshasa et Kigali. Le 9 décembre, le ministre burundais des Relations extérieures, Édouard Bizimana, a accusé le Rwanda d’avoir déployé plus de 8 000 militaires en soutien au M23, ainsi que d’avoir attaqué des positions burundaises et congolaises en violation de l’accord de Washington.
Le lendemain, le président rwandais, spécialiste en matière de manipulation et de mensonge, a reproché au Burundi d’avoir déployé plus de 20 000 soldats en RDC, accusant les troupes burundaises d’utiliser drones et artillerie pour « tuer des civils », alors que celles-ci y sont présentes aux termes d’un accord avec Kinshasa.
Selon plusieurs sources concordantes, une grande partie des militaires burundais ont été rapatriés au cours des trois dernières semaines, suite à l’avancée du M23 face aux FARDC, appuyées par l’armée burundaise et les Wazalendo, des combattants d’autodéfense locale pro-Kinshasa.
Le M23 contrôle depuis le début de l’année les capitales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que des zones minières stratégiques, dont la ville d’Uvira, située à quelques kilomètres en face de Bujumbura, la capitale économique où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale. Elle est également le poumon économique de la petite nation de l’Afrique de l’Est, les habitants de Bujumbura étant obligés de s’approvisionner en carburant à Uvira, le pays traversant une crise carburant depuis près de cinq ans et les marchés de Bujumbura comptant beaucoup sur la clientèle congolaise.
Après la chute d’Uvira, les soldats burundais encore présents sur le sol congolais ont été rapatriés par voie lacustre, via Baraka et Mboko sur le lac Tanganyika, leurs routes terrestres ayant été totalement coupées après l’avancée du M23 dans la majorité des localités et cités du Sud-Kivu.

Perspective d’une escalade régionale avec le Burundi et le Rwanda qui ont renforcé leur dispositif militaire le long de leur frontière commune

Tshisekedi (RDC) et Ndayishimiye (Burundi) discutent géopolitique et sécurité régionale.
(Source : burundi-agnews.org)

Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre sous médiation américaine et censé amorcer une désescalade régionale, le climat demeure tendu. Kigali continue de rejeter le rapport des experts des Nations Unies qui fait état, avec pourtant des preuves irréfutables, de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés du M23 sur le sol congolais. Le Burundi pour sa part a déployé, à la demande officielle de la RDC, plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu avant d’entamer un retrait progressif après la prise d’Uvira par les rebelles.
Selon des sources locales et sécuritaires, le Burundi et le Rwanda ont parallèlement renforcé leur dispositif militaire le long de leur frontière commune. La situation reste tendue entre les deux pays, dont les frontières terrestres demeurent fermées depuis janvier 2024. Gitega accuse également Kigali d’héberger des putschistes impliqués dans la tentative de coup d’État de mai 2015 et d’entretenir des groupes armés hostiles au pouvoir burundais. Des allégations que le Rwanda a coutume de nier.
Le chef de l’État burundais a toujours considéré la sécurité de la RDC comme étant indissociable de celle du Burundi, désignant les régions orientales du pays voisin comme « la ligne de défense avancée » de son propre État. Les forces burundaises, opérant en coordination avec l’armée congolaise (FARDC), ciblent spécifiquement la rébellion RED-Tabara, qui utilise le Sud-Kivu comme base arrière pour lancer des attaques sur le territoire burundais.

Une reconfiguration durable des équilibres sécuritaires et diplomatiques

Cette décision renforce enfin la dynamique de régionalisation du conflit dans l’est de la RDC. Elle acte que la sécurité des États voisins se joue désormais à l’intérieur des frontières congolaises, justifiant des interventions militaires directes. Ce principe, s’il est partagé par d’autres capitales de la région, pourrait conduire à une reconfiguration durable des équilibres sécuritaires et diplomatiques en Afrique des Grands Lacs, avec des acteurs étatiques assumant de plus en plus ouvertement la défense de leurs intérêts nationaux au-delà de leurs frontières.
La perspective tracée par le président Ndayishimiye pourrait impliquer un enlisement militaire, la neutralisation totale des groupes rebelles visés étant un objectif de long terme, voire incertain, dans une région où les conflits sont chroniques et recyclés. Elle a également contribué à tendre davantage les relations avec le Rwanda, soutient du M23, face auquel les soldats burundais ont combattu.
Le Burundi se positionne ainsi comme un allié militaire durable et fiable pour le gouvernement du président Félix Tshisekedi, dont l’armée est confrontée à une série de trahisons dans les rangs des officiers supérieurs. Au moins 22 généraux sont aux arrêts depuis le début d’une vaste opération de « moralisation » initiée par l’état-major des Forces armées, dont les derniers concernent les généraux John Tshibangu, connu pour ses fréquents changements d’allégeance, et Dieudonné Muhima Batechi, commandant de la base militaire de Kamina et ancien bras droit du controversé général Muhindo Akili, dit « Mundos », sous sanctions de l’Union européenne et des États-Unis pour des graves violations des droits humains.

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