
Les confessions religieuses impliquées dans le processus de paix en République démocratique du Congo, menacée dans sa partie Est par une guerre d’agression menée par le mouvement rebelle « AFC-M23 » soutenu par le Rwanda, viennent de proposer un Pacte social entre les différentes composantes de la nation congolaise. Il s’agit d’une feuille de route articulée en quatre grandes étapes constituant la trame du Processus national et inclusif de paix.
À l’issue de plusieurs séances techniques d’harmonisation des vues avec le cabinet du chef de l’État sur le processus national et inclusif de paix en RDC, les Pères de l’Église, à savoir les évêques de la Conférence épiscopale du Congo (CENCO), ceux de l’Église du Christ au Congo (ECC) et la Coalition interconfessionnelle pour la Nation (CIN), ont soumis le 25 août au Président Félix Tshisekedi, conformément aux dispositions de l’article 69 de la Constitution congolaise, une feuille de route pour une sortie holistique et durable du cycle des conflits armés au Congo, visant à restaurer la paix, la cohésion nationale, le vivre-ensemble et consolider l’État de droit.
Cette trame du Processus national et inclusif de paix en RDC, qui intervient après les accords de principes signés à Washington entre la RDC et le Rwanda ainsi qu’à Doha entre Kinshasa et le M23, s’articule en quatre grandes étapes. Elle prévoit en premier lieu « le Mois de la paix », un temps consacré à bâtir un climat de confiance mutuelle et de décrispation politique. Il s’agit d’une transition stratégique entre le contexte de méfiance et celui d’acceptation mutuelle, en vue de mettre les protagonistes dans les conditions préalables à un dialogue national et inclusif. De ce fait, deux catégories d’activités y sont prévues, à savoir spirituelles et de plaidoyer.
Concernant les actions spirituelles, les responsables de l’Église projettent l’organisation d’un culte œcuménique national, officié simultanément sur toute l’étendue du territoire congolais, y compris dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23, en guise de rassemblement moral et spirituel autour de la paix. Ce moment solennel marquera l’engagement collectif de la nation en faveur du processus de paix, de réconciliation et de guérison de la mémoire collective.
Le défi à relever au travers de ce « Mois de la paix » est fondamentalement double : la remise en question des pratiques culturelles et comportementales nuisibles et l’émergence d’un environnement psychologique et social pacifique, basé sur la fraternité, la solidarité, le respect mutuel, la coopération intercommunautaire et la bonne entente citoyenne.
Quant aux actions de plaidoyer, elles englobent des missions ciblées auprès des principales parties prenantes internes et externes, en vue de contribuer à la décrispation de la situation politique, nécessaire pour garantir l’inclusivité, faciliter l’harmonisation des préalables au lancement d’un dialogue inclusif, encourager l’engagement formel des parties concernées autour de la feuille de route et appuyer la mise en œuvre d’un cessez-le-feu effectif, dans le respect de la Déclaration de principes signée à Doha.
Favoriser l’émergence d’un consensus sur les axes prioritaires
Les actions de plaidoyer ont également pour but d’accompagner les efforts des actions humanitaires en faveur des populations civiles déplacées et contribuer au processus de désengagement des groupes armés, conformément à l’Accord de Washington. Cette étape aura le mérite d’améliorer le contexte pré-dialogue et de favoriser l’émergence d’un consensus entre les parties prenantes sur les axes prioritaires de la feuille de route.
La seconde étape est celle du « Dialogue des experts ». Elle est appelée à revaloriser et à mobiliser les intelligences et les expériences professionnelles congolaises dans l’élaboration des « feuilles de routes pratiques du redressement rapide et du développement accéléré de la RDC dans tous les domaines », en posant les bases rationnelles, objectives et techniques du futur « Pacte social pour la paix et le bien-vivre-ensemble en RDC et dans la région des Grands-Lacs ».
L’étape permettra aux universitaires, aux intellectuels, aux chercheurs, aux penseurs, aux experts et aux techniciens nationaux et ceux de la diaspora, sélectionnés sur la base de la pertinence de leurs œuvres scientifiques et l’excellence de leurs expériences professionnelles fonctionnelles, de contribuer à la mise en œuvre des solutions rationnelles, lucides et consensuelles au terme des analyses des causes profondes des nombreuses crises qui ne cessent de crucifier le destin national congolais depuis l’indépendance le 30 juin 1960.
Plusieurs thématiques seront abordées à cet effet, englobant état des lieux des dialogues politiques et accords de paix depuis 1960, stratégies de défense nationale et de sécurité transfrontalière, gouvernance sociale et économique, gestion de l’environnement et des ressources naturelles, processus démocratique et prospective électorale, questions identitaires et cohabitation intercommunautaire, coopération régionale et traité de bon voisinage transfrontalier ainsi que justice et droits humains.
Ensuite interviendra l’étape du dialogue politique, qui représente le point culminant du processus. Ce dialogue va s’articuler autour de deux axes, relatifs au consensus des acteurs politiques et des forces vives autour des différentes « Feuilles de route du redressement rapide et du développement accéléré de la RDC » élaborées lors du « Dialogue des Experts », aux fins de constituer les « Piliers fondateurs du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ».
La tenue du dialogue politique pour asseoir les solutions durables à la crise persistante

Le deuxième axe concerne la tenue des assises politiques. Le défi de l’axe du « Dialogue politique » est de parvenir, dans le respect de la Constitution, à un compromis politique patriotique, privilégiant des solutions holistiques et durables aux causes profondes de la crise multiforme qui mine le pays. Aux termes de la proposition des Pères de l’Église congolaise, il devra réunir, dans un cadre technique structuré et sécurisé, l’ensemble des composantes majeures de la nation, à savoir la majorité au pouvoir, l’opposition politique non armée, l’opposition armée, la société civile, les autorités coutumières et traditionnelles, la diaspora congolaise et bien d’autres.
Pour clore le processus, les Pères de l’Église de la RDC ont proposé « la Conférence internationale sur la paix et le bien-vivre ensemble dans la région des Grands-Lacs ». À cet effet, ils ont opté pour la mise en place d’un « Secrétariat technique » dont le rôle, outre celui de la coordination opérationnelle générale du processus, aura spécialement la charge d’élaborer les dossiers techniques et les outils stratégiques devant structurer la démarche de plaidoyer à l’international, qui sera entrepris sous le leadership du chef de l’État congolais. L’objectif consiste à obtenir de la communauté internationale la tenue d’une Conférence internationale à deux niveaux : sur la paix et le bien-vivre ensemble dans la région des Grands-Lacs ainsi que sur le financement post-conflit de la reconstruction de la RDC.
Pour les responsables des confessions religieuses, le « Pacte social pour la Paix et le Bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs » ne représente pas une initiative ordinaire, mais une action pastorale et prophétique, estimant avec certitude que « la foi en Dieu ne déçoit jamais, mais bien au contraire guide et illumine chaque pas de ceux et celles qui se confient à lui ».
Ainsi ont-ils exhorté le chef de l’État congolais, en sa qualité de garant de la Nation et conformément aux dispositions de l’article 69 de la Constitution, de prendre dans les meilleurs délais, des actes d’État destinés à lancer officiellement le processus national et inclusif de paix. Ils ont également appelé les partenaires internationaux à diligemment reconnaître officiellement ce processus et à l’accompagner de manière sincère et constructive.






































