L’Union africaine a lancé, le 14 août 2025, un appel à soutenir la campagne internationale « Correct the Map », initiée il y a un an par deux organisations africaines pour modifier la carte traditionnelle du monde, basée sur la projection de Mercator et accusée de minimiser la taille réelle de l’Afrique. L’initiative vise à corriger les distorsions géographiques de la carte actuelle, qui réduit de manière significative la taille de certains continents, notamment l’Afrique, tandis qu’elle amplifie celle d’autres régions.
La carte actuelle du monde, utilisée dans de nombreuses écoles et institutions, résulte de la projection inventée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator. Initialement conçue pour faciliter la navigation maritime, elle représente les lignes de latitude et de longitude comme des droites parallèles. Ce qui entraîne une déformation progressive des surfaces à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur. Ses inexactitudes sont majeures : l’Afrique, par exemple, y apparaît deux fois plus petite qu’elle ne l’est réellement, tandis que le Groenland et la Russie semblent surdimensionnés.
Ce que les Africains assimilent à de la supercherie intellectuelle est que les régions polaires et les continents comme l’Europe ou l’Amérique du Nord apparaissent disproportionnellement grands. A contrario, l’Afrique, pourtant le deuxième plus grand continent du monde, semble rétrécie. Par exemple, sur une carte Mercator, le Groenland paraît plus vaste que l’Afrique, alors que celle-ci est en réalité 14 fois plus grande. Plusieurs outils en ligne permettent de s’en rendre compte, comme le site thetruesize.com.
Des alternatives existent, comme la projection de Peters ou l’Equal Earth, qui préservent mieux les proportions relatives des continents. Des experts en cartographie soulignent même que cette distorsion n’est pas anodine ; elle influence la perception mondiale de l’Afrique, renforçant des stéréotypes sur sa marginalité économique et politique. « Les cartes ne sont pas neutres ; elles façonnent notre compréhension du pouvoir et des ressources », explique le géographe sud-africain Thabo Mbeki, ancien président et fervent défenseur de la cause.
L’initiative de l’UA pourrait sonner tirée par les cheveux, mais l’Afrique a toujours été dupée dans l’histoire. « Il est temps de corriger cette vision eurocentrique du monde qui perpétue des inégalités perceptuelles », a déclaré un porte-parole de l’organisation panafricaine. La campagne exhorte les gouvernements, les institutions internationales comme les Nations Unies et les éditeurs de manuels scolaires à abandonner la Mercator.
Ce qu’il faut savoir sur la vraie superficie de l’Afrique

En réalité, l’Afrique couvre environ 30 millions km², soit plus que la Chine, les États-Unis, l’Inde et l’Europe réunis. La pétition « Correct the Map », soutenue par des ONG africaines et internationales, a déjà recueilli des millions de signatures. L’UA espère que son soutien officiel accélérera l’adoption de nouvelles normes cartographiques.
Ce mouvement international a déjà convaincu plusieurs institutions. Les écoles publiques de Boston, aux États-Unis, ont récemment adopté une carte plus réaliste. Des pays comme le Nigeria et l’Afrique du Sud ont annoncé des réformes pour intégrer ces cartes plus équitables. Alors que certains cartographes défendent la Mercator pour sa précision en matière de directions, arguant que toute projection implique des compromis. « Ce n’est pas un complot contre l’Afrique, mais un outil naval historique », rétorque un éditorial du Guardian.
Néanmoins, l’initiative de l’Union africaine donne une nouvelle impulsion au projet, renforçant sa crédibilité et incitant davantage de gouvernements et d’établissements à une représentation plus correcte. Présenter les territoires à leur juste échelle n’est pas une simple question de géographie, selon les militants du mouvement ; cela permettrait également de revaloriser l’importance de l’Afrique, perçue à tort comme moins imposante sur la projection de Mercator. Une carte fidèle aux proportions réelles permettrait de véhiculer une image plus équitable des relations entre les régions et de lutter contre les disparités idéologiques.









































