Un rapport de l’Association des Compagnies aériennes africaines publié mi-juillet sonne l’alarme sur le poids des taxes et redevances reportées sur les voyageurs à l’arrivée ou au départ des aéroports d’Afrique, mais aussi sur les disparités flagrantes qui entravent la connectivité et l’économie du continent.
Alors que l’on observe une forte affluence des diasporas africaines pendant toute l’année vers leurs pays d’origine, particulièrement en période de vacances d’été, les vols intercontinentaux subissent de plein fouet le poids des taxes et redevances africaines, qui rebutent quelque peu les voyageurs. Une étude récemment publiée par l’Association des Compagnies aériennes africaines (AFRAA), sous l’intitulé « Etude de l’AFRAA sur les taxes et redevances 2024 : un avenir radieux pour l’Afrique », révèle des disparités frappantes entre les pays du continent.
Basé sur des données d’IATA ACIC (septembre 2024), ce document expose un paysage fiscal où certains pays se détachent en mal, notamment le Gabon et la Sierra Leone qui écrasent les passagers de charges dépassant 290 dollars, tandis que la Libye ou le Malawi font office de bons élèves en limitant leur impact à moins de 5 dollars. Une disparité ahurissante qui dépasse toute compréhension.
Une analyse, s’appuyant sur les principes de l’Organisation de l’Aviation civile internationale (ICAO), démontre comment ces pratiques entravent la connectivité et l’économie africaine. Parmi les pays aux taxes aériennes internationales les plus élevées, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale dominent le classement du Top 10 des pays qui taxent le plus, le Gabon en tête avec 297,7 dollars de taxes, suivi de près par la Sierra Leone à 294 dollars et le Nigeria à 180 dollars.
Cette tendance régionale se confirme avec les positions dans le classement de Djibouti (168,7 dollars), du Niger (130,7), du Bénin (123,4), du Sénégal (122,6), du Liberia (115), du Ghana (111,5) et de la République Démocratique du Congo (109,9), même si pour ce dernier le fameux GoPass ne se négocie qu’à 55 dollars, mais auxquels il faut ajouter les taxes dissimulées dans le billet d’avion.
Ces dix pays, dont neuf appartiennent aux sous-régions ouest et centrale, illustrent une distorsion fiscale criante: leurs charges cumulées dépassent systématiquement 100 dollars, atteignant près du triple de la moyenne continentale qui est de 68 dollars.
Cette réalité s’explique par des politiques nationales déconnectées des principes de l’ICAO, où la taxation sert davantage à combler des déficits budgétaires qu’à répercuter des coûts opérationnels réels, fragilisant tant les compagnies aériennes que la demande-passagers.
Top 10 des pays qui taxent le moins

Ces montants, qui incluent aussi bien taxes carburant, frais de sécurité et redevances passagers, contredisent frontalement les politiques de l’ICAO, en ignorant le principe de lien aux coûts édicté par l’organisation. Ainsi, ces charges ne reflètent en rien le coût réel des services mais visent à combler des déficits fiscaux nationaux et parfois soutirer des revenus supplémentaires en vue de besoins complètement étrangers à la navigation aérienne.
En Afrique de l’Ouest, la moyenne atteint 109,49 dollars de taxes par passager, contre 106,62 en Afrique centrale. Pourtant, ces régions ne génèrent que 23% du trafic continental, contre 35% pour l’Afrique du Nord bien moins taxée.
Mais tous les pays africains ne sont pas aussi gloutons. À l’opposé, l’Afrique du Nord et l’Afrique australe affichent les taxes les plus compétitives, avec la Libye en tête à seulement 1,3 dollar de taxes, le Malawi à 5 dollars et le Lesotho à 5,7 dollars. Même des hubs économiques majeurs comme l’Algérie (9,8 dollars), le Maroc (25,1) ou l’Angola (28,4) démontrent qu’une forte connectivité intercontinentale – notamment pour les diasporas – peut valablement coexister avec des charges modérées.
Cette dynamique des pays les plus tolérants en matière de taxation s’étend à l’Eswatini (14,2 dollars), la Tunisie (15,4), le Botswana (18,9) et São Tomé (26), formant un bloc cohérent où aucun pays n’excède les 30 USD. La moyenne nord-africaine de 25,27 dollars, la plus basse du continent, révèle une adhésion plus stricte aux principes ICAO de transparence et de proportionnalité aux coûts, offrant un modèle viable pour rééquilibrer la compétitivité aérienne africaine.
L’Afrique du Nord, avec une moyenne de 25,27 dollars, prouve qu’une fiscalité modérée est compatible avec un trafic dense. Une approche qui respecte également beaucoup mieux les principes ICAO.
Fracture économique criante

La cartographie des sous-régions africaines révèle une disparité économique criante, où l’Afrique de l’Ouest (109,49 dollars) et centrale (106,62) imposent les taxes aériennes internationales les plus élevées, concentrant respectivement 9 et 3 pays dans le Top 10 des aéroports les plus chers. À l’inverse, l’Afrique de l’Est (63,32 dollars), l’Afrique australe (34,50) et surtout l’Afrique du Nord (25,27) – cette dernière incluant 4 pays dans le Top 10 des moins chers– illustrent des modèles plus vertueux.
Sur les 54 pays du continent, 19 dépassent la moyenne continentale de 68 dollars, tandis que 14 appliquent des charges exorbitantes supérieures à 100 dollars, marquant une hausse significative depuis 2022. Une inflation fiscale qui aggrave la vulnérabilité d’un secteur aérien déjà structurellement déficitaire, alors même qu’il cumule une offre de 8,1 millions d’emplois et contribue au PIB africain à hauteur de 75 milliards dollars.
Ainsi, l’aviation africaine reste non rentable, en partie, à cause de telles charges. Une divergence régionale qui mine la compétitivité collective et l’intégration économique du continent. Ces disparités violent les quatre piliers des politiques ICAO : non-discrimination (des pays comme le Gabon taxent davantage les vols internationaux), lien aux coûts (les montants sont sans rapport avec les services), transparence (peu d’États consultent les compagnies) et consultation.
La violation des principes de l’organisation provoque une panoplie de conséquences directes, qui vont du renchérissement des billets, la réduction de la demande à l’entrave à l’intégration régionale. Plusieurs destinations africaines perdent ainsi des milliards de dollars de recettes touristiques potentielles faute de connectivité abordable.
Comme il est aisé de le constater, sans réforme fiscale alignée sur les principes de l’Organisation de l’Aviation civile internationale, l’aviation africaine peinera à se démocratiser et restera un luxe, freinant son potentiel économique. Les pays moins chers (Libye, Malawi, Lesotho, etc.) montrent la voie ; aux autres de suivre.








































