Le président Donald Trump a maintes fois manifesté son intérêt pour l’acquisition du Groenland par les États-Unis. Il vient de poser un pas de plus dans la réalisation de son rêve d’annexer la plus grande île du monde en nommant le gouverneur de Louisiane, le républicain Jeff Landry, comme son envoyé spécial au Groenland, s’attirant les foudres des autorités du Groenland et du Danemark.
De l’avis du président Trump, le Groenland est primordial pour la sécurité nationale américaine et que l’objectif de Landry sera de faire de ce territoire danois autonome une « partie intégrante des États-Unis ». Cet objectif semble difficile à atteindre aux termes de la déclaration conjointe indignée du Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, et de la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui ont soutenu que le Groenland « appartient » au peuple groenlandais et que les États-Unis « ne s’empareront pas » de cette île riche en ressources minières.
Dès son retour à la Maison Blanche en janvier 2025 , il avait également caressé l’idée de s’emparer du Canal du Panama, avant d’abandonner le projet face à la colère du président José Raúl Mulino. Pour le Groenland, on estime que la désapprobation des autorités locales risquent de s’avérer insuffisantes pour mette fin aux efforts de Trump, qui avait souligné en janvier que les États-Unis refusent d’exclure le recours à la force.
Dans une publication sur les réseaux sociaux récemment, le milliardaire a affirmé que M. Landry « comprend l’importance cruciale du Groenland pour notre sécurité nationale et défendra avec vigueur les intérêts de notre pays pour la sûreté, la sécurité et la survie de nos alliés, et même du monde entier ».
Mais plus le président américain insiste, plus les réactions de l’Europe et de la communauté internationale seront vives. « Je pense que si les choses allaient dans ce sens, cela serait perçu dans le monde entier comme le début d’une nouvelle ère, où les États-Unis non seulement ne soutiendraient pas les normes existantes concernant la souveraineté territoriale, mais tenteraient activement de les renverser », a déclaré Christopher Chivvis, chercheur principal et directeur du programme American Statecraft au Carnegie Endowment for international Peace (CEIP).
Après la nomination de Landry, qui avait pris ses fonctions de gouverneur en janvier 2024, le ministre danois des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur des États-Unis, Ken Howery, pour obtenir des précisions sur les propos du président. La ministre des Affaires étrangères du Groenland, Vivian Motzfeldt, a déclaré que des responsables groenlandais avaient récemment rencontré Howery, mais que le projet de l’administration américaine de nommer un envoyé spécial n’avait pas été abordé.
Acheter la grande île, une autre idée de Trump

(Source : Reuters)
« Au Groenland, rien n’a changé. L’avenir de notre pays est entre les mains du peuple groenlandais. Nous ne sommes ni Danois, ni Américains, et nous ne souhaitons pas le devenir. Nous sommes Inuiaat Kalaallit, nous sommes le peuple du Groenland », a déclaré Mme Vivian Motzfeldt qui reste catégorique : « Notre pays nous appartient et il ne sera ni con trôlé ni possédé par d’autres ». « Tant que le Danemark comptera un royaume composé du Danemark, des îles Féroé et du Groenland, nous ne pourrons accepter que certains portent atteinte à notre souveraineté », a renchéri de son côté son homologue danois.
Le locataire du Bureau ovale a évoqué la possibilité d’acheter le Groenland, un pays un peu plus de trois fois plus grand que le Texas dont 80% du territoire est recouvert de neige. Il est également possible que les États-Unis cherchent à accroître leur influence par le biais d’investissements stratégiques, ou en persuadant le gouvernement groenlandais que le Danemark est un mauvais partenaire.
Marc Jacobsen, professeur associé au Collège royal de Défense danois et expert en sécurité arctique, a déclaré au journal The Hill que la nomination de Landry comme envoyé spécial et celle du capital-risqueur Thomas Dans à la tête de la Commission américaine de recherche arctique « devraient être considérées comme de nouveaux éléments de cette stratégie ».
« Au Groenland, cependant, ces efforts sont contre-productifs, car les Groenlandais perçoivent les États-Unis comme un partenaire de plus en plus hostile et de moins en moins souhaitable sur la voie de l’indépendance », selon Jacobsen. Bien que certains Groenlandais soient favorables à une indépendance totale vis-à-vis du Danemark, qui intervient sur l’île en matière de politique étrangère et de défense, la grande majorité des habitants s’oppose à un rattachement aux États-Unis.
Une île riche en minerais essentiels aux technologies du futur

Selon un sondage réalisé en janvier, la grande majorité des 57 000 habitants groenlandais souhaitent l’indépendance vis-à-vis du Danemark, mais refusent de rejoindre les États-Unis. Les dirigeants du Danemark et du Groenland ont insisté à plusieurs reprises sur le fait que cette immense île arctique n’est pas à vendre et qu’elle décidera elle-même de son avenir.
L’île, qui fait partie du Danemark et bénéficie des garanties de sécurité de l’OTAN, est riche en minéraux essentiels aux technologies du futur, notamment le zinc, le lithium, le graphite, le nickel et le cuivre. Le président a tempéré en assurant que son intérêt ne résidait pas dans l’abondance de ses ressources minérales, mais plutôt dans ses atouts stratégiques.
« Nous avons besoin de la sécurité financière du Groenland, pas de ses ressources minières. Nous avons déjà tant de gisements de minéraux, de pétrole et autres », a concédé le président depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. « Nous avons plus de pétrole que n’importe quel autre pays au monde. Nous avons besoin du Groenland pour notre sécurité nationale. Nous devons l’avoir », a-t-il assuré devant les journalistes, expliquant : « Si vous regardez le Groenland, si vous regardez le long de la côte, vous verrez des navires russes et chinois partout ».
Chivvis, du CEIP, a déclaré au journal The Hill que les avantages potentiels que les États-Unis pourraient retirer de la relation avec le Danemark, avec lequel ils ont un partenariat bilatéral de défense incluant des patrouilles autour de l’île, représenteraient un coût exorbitant pour un bénéfice minime.
Le Groenland, une position stratégique entre l’Amérique du Nord et l’Europe

au grand dam du Danemark. (Source : klamm.de)
Le Danemark souhaite renouer des liens avec le Groenland, ses relations s’étant refroidies ces dernières années suite aux révélations sur les mauvais traitements infligés par les Danois aux Inuits. Parallèlement, il s’efforce de normaliser ses relations avec Washington, notamment en augmentant son budget consacré à l’Arc de Triomphe.
La situation géographique et les ressources minérales du Groenland en font un enjeu crucial. Il occupe une position stratégique entre l’Amérique du Nord et l’Europe, à un moment où l’intérêt des États-Unis, de la Chine et de la Russie pour l’Arctique s’accroît, notamment en raison de l’ouverture de nouvelles voies maritimes due au changement climatique. Cette situation géographique place également le Groenland sur la trajectoire la plus courte pour les missiles entre la Russie et les États-Unis.
Lors d’une visite du vice-président J.D. Vance au Groenland en mars, le président Trump a déclaré aux journalistes à la Maison Blanche : « Nous avons besoin du Groenland, et c’est primordial pour notre sécurité internationale. Il nous faut absolument le Groenland. La question n’est pas de savoir si nous pouvons nous en passer. C’est impossible », a-t-il insisté.









































