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Une énorme réforme de la police à hauteur de 2,3 milliards de dollars

Image d’illustration :Des policiers lors d’une manifestation à Kinshasa, le 25 février 2018. (Photo : Reuters)

Trop de secteurs boiteux dans ce pays, telle que la justice «malade» et qui venait de subir des états généraux. Aujourd’hui, l’attention est fixée sur la police, qui constitue un autre casse-tête. Alors que personne ne peut mettre sa main au feu et jurer que le défi de la Justice est relevé, qu’en est-il de cette réforme de la police congolaise ?

Le gouvernement congolais a défendu le 16 mai devant le parlement un projet de loi ambitieux pour refonder une institution souvent pointée du doigt pour des abus de tous genres et pour une répartition inégale des effectifs sur le territoire.
Le texte présenté devant les députés nationaux par le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, M. Jacquemain Shabani, prévoit un programme de réformes étalé sur cinq ans, de 2025 à 2029, et qui nécessite la mobilisation de moyens considérables. Deux milliards et trois cents millions de dollars sur cinq ans, c’est en effet ce que prévoit le gouvernement congolais pour réformer la police nationale.
Trois priorités sont mises en avant dans ce programme. La première concerne la professionnalisation. Elle absorbe plus de 72% du budget. Cela comprend le recrutement et la formation de 90 000 policiers pour des unités d’intervention, mais aussi pour œuvrer comme policiers de proximité, deux secteurs qui présentent un besoin urgent dans un pays confronté notamment à la montée des gangs urbains.

Un vaste programme axé sur trois priorités

Deuxième priorité, celle du renforcement du cadre institutionnel, autrement dit poser les bases d’une police mieux organisée, avec des structures solides et cohérentes. Ce volet représente un peu plus d’un quart du budget, soit environ 600 millions de dollars.
Enfin, un dernier axe porte sur le dialogue entre la police et la population. Il pèse peu dans l’ensemble : presque 3% du budget, soit un peu plus de 51 millions de dollars.
Le plan prévoit aussi la mise à la retraite de 10 000 policiers d’ici à 2028, la construction ou la réhabilitation d’infrastructures et un investissement massif dans les équipements. Rien que pour cela, près d’un milliard de dollars sont programmés.
Dans un pays où la corruption colle à la population à fleur de peau et où l’attribution des marchés ne respecte aucun critère, on ne peux que croiser les doigts pour la réussite de cet ambitieux programme.


Doubler la solde des militaires et policiers, mais avec quel budget ?

Le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières, Mr Jacquemin Shabani Lukoo et, à sa droite, le Gouverneur de la ville province de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki.

Le gouvernement congolais a, dans le même cadre, confirmé le doublement des soldes des militaires et policiers, une mesure effective depuis la paie de mars 2025. Le ministre des Finances Doudou Fwamba a salué un « acte historique » visant à valoriser les forces de sécurité.
Mais l’on est en droit de se demander comment financer une telle mesure alors que le pays est en guerre dans l’Est.
Selon les statistiques de la Banque centrale de la RDC, publiées en février, l’enveloppe salariale des FARDC s’élevait à environ 400 millions de dollars fin décembre 2024. Avec le doublement annoncé, elle pourrait atteindre près de 800 millions de dollars d’ici décembre 2025.
Des experts rappellent qu’une telle dépense ne peut être engagée sans crédit voté. Elle devrait, en principe, être précédée par l’adoption d’un budget révisé. Or, le projet de loi des finances rectificative, attendu en Conseil des ministres depuis le 14 mars, n’a toujours pas été adopté.

La disponibilité des ressources, un sérieux impératif

L’État fait face à une baisse des recettes publiques, liée à la guerre. Selon l’Inspection générale des Finances (IGF), la perte atteint 9% des recettes douanières rien que pour les postes frontières de Goma et Bukavu. À cela s’ajoute la pression sur les revenus miniers.
Pour soutenir l’effort de guerre, le gouvernement a évoqué une réduction du train de vie des institutions. L’ONG spécialisée en finances publiques, CREFDL, propose des pistes, notamment sur le budget du Sénat, passé de 52 millions de dollars en 2020 à près de 100 millions en 2025, et sur celui de la présidence, de 152 à plus de 300 millions sur la même période.
Des coupes pourraient être envisagées dans ces institutions et d’autres, selon l’organisation. Mais tant que le collectif budgétaire n’est pas officiellement présenté, les modalités de financement de cette mesure restent incertaines.

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