Les rebelles syriens du groupe Hayat Tahrir al-Cham sont entrés à Damas le dimanche 7 décembre, après une campagne éclair, mettant fin au règne sans partage du président Bashar el-Assad. Le président syrien, dont l’armée déjà affaiblie et ne bénéficiant d’aucune aide de forces extérieures, s’est réfugié en Russie avec sa famille.

Le régime syrien, lâché par ses principaux soutiens, n’aura opposé quasiment aucune résistance face au groupe islamiste rebelle. La Russie étant embourbée dans sa guerre d’invasion en Ukraine, qu’elle avait prévu boucler en moins de deux semaines mais qui perdure depuis deux ans, l’Iran tourné vers une multitude de conflits au Proche-Orient et le Hezbollah décimé par Israël, qui a décidé d’anéantir une fois pour toutes la moindre velléité de menace sur sa sécurité, depuis l’humiliation subie par Tsahal avec la pire attaque sur le sol israélien depuis 1948, lancée par le Hamas le 7 octobre 2023.
Après seulement douze jours d’hostilités, le régime de Bachar el-Assad s’est effondré tel un château de cartes, signant la fin de la dynastie Assad vieille de 50 ans. Le règne de Bashar débute en 2000 lorsqu’il succède à son père. Il est accusé de crimes de guerre et crimes contre humanité, n’hésitant pas à pendre des civils et des opposants. Il est tenu responsable de la mort d’un demi-million de Syriens en deux ans de grogne.
La fuite de M. Assad vers Moscou, le samedi 7 décembre à 19h GMT après 24 ans d’un règne de main de fer, s’est effectuée en toute discrétion à bord d’un avion privé à partir de l’aéroport de Damas.
« Le «tyran» Bachar al-Assad a «pris la fuite» », ont annoncé les groupes rebelles entrés le dimanche 8 décembre, appelant les millions de Syriens réfugiés à l’étranger et jetés sur la route de l’exil à rentrer chez eux dans une « Syrie libre ».

Une conquête éclair sans la moindre résistance notoire

Selon les observateurs, des dizaines de véhicules militaires abandonnés ont été aperçus dans le quartier abritant les locaux de plusieurs institutions sécuritaires, militaires mais aussi des ambassades, alors que des barrages de contrôle avaient été établis par des combattants rebelles.
Au début de leur offensive lancée fin novembre, de violents combats ont opposé les rebelles aux forces du gouvernement, surtout durant les deux premiers jours, faisant des dizaines de morts dans les deux camps. Par la suite, les rebelles ont progressé à une vitesse éclair, ne rencontrant « aucune résistance notable », selon les insurgés, qui ont ainsi conquis coup sur coup les grandes métropoles d’Alep au nord ainsi que Hama et Homs dans le centre, avant d’entrer dans Damas.
Il convient de rappeler que l’armée syrienne avait été gravement affaiblie par le conflit armé déclenché en 2011 et qui a vu le régime d’Assad sauvé de justesse par les armées russe et iranienne, au prix de milliers de morts parmi lesquels au moins la moitié des 300 000 soldats de l’armée syrienne. Des alliés aujourd’hui absents, embourbés dans d’autres conflits.

Un Premier ministre de la transition nommé

Mohamed el-Béchir nommé par les rebelles syriens comme Premier ministre de transition
via REUTERS – AL ARABIYA TV

Alors que le chef du gouvernement d’Assad, Mohamed al-Jalali, installé en septembre, est resté au pays, disposé à coopérer avec tout nouveau « leadership », le nouvel homme fort de Damas, le commandant en chef et leader du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), M. Abou Mohamed al-Jolani, dont on dit qu’il a rompu avec al-Qaida en 2016, vient de nommer un Premier ministre de la transition, qui devra relever les défis de la sortie de la phase d’incertitude et de la reconstruction de l’État syrien. Le nouveau chef de l’Exécutif, Mohammed al-Bachir, est chargé d’assurer « la gestion des affaires courantes jusqu’en mars 2025, en attendant que les questions constitutionnelles soient tranchées ».
Le gouvernement intérimaire devra « maintenir la sécurité, préserver la stabilité des institutions et éviter la désintégration de l’État », selon le Premier ministre désigné qui précise que cet Exécutif devra « s’efforcer également de fournir les services essentiels à la population, en attendant la formation d’un nouveau gouvernement syrien qui répondra aux aspirations de la société syrienne ».
« Il est temps pour ce peuple de jouir de la stabilité et du calme, d’être pris en charge et de savoir que son gouvernement est là pour lui fournir les services dont il a besoin », a-t-il souligné dans une interview accordée à Al-Jazeera.
Mohammed al-Bachir dirigeait jusqu’à la prise de Bagdad un « gouvernement de salut » installé par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC) dans leur bastion d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie. Une expérience devant lui permettre d’assumer cette lourde responsabilité au niveau national, a-t-il reconnu au cours d’une réunion qu’il a présidée avec les nouveaux ministres et les ministres du « régime déchu ». Le dirigeant du mouvement rebelle s’est également entretenu avec l’ex-Premier ministre Mohammed al-Jalali le lendemain de la fuite de Bashar. Des signes qui laissent présager une transition en douceur.

Des images terrifiantes aux premiers jours de liberté

La Syrie libérée, des secouristes turcs ont commencé lundi des recherches pour retrouver des personnes qui seraient détenues dans des cachots souterrains de la prison de Sednaya au nord de Damas et qualifiée d’« abattoir humain ». Les images de prisonniers hagards et décharnés ont fait le tour du monde. Mais comme plusieurs familles n’ont pu retrouver les leurs, les secouristes ont poursuivi leurs recherches avant de découvrir des fosses communes, avec environ 100 000 corps enterrés, qui démontre encore mieux le niveau de terreur du régime de Bashar.
Par ailleurs, Occidentaux et Russes ont commencé à rivaliser d’ardeur pour attirer la sympathie des nouvelles autorités. Le ministre britannique des Affaires étrangères David Lammy a annoncé que Londres avait envoyé une délégation de haut rang en Syrie pour rencontrer les nouvelles autorités intérimaires, tout comme l’UE, alors que les États-Unis affirment avoir établi un « contact direct » avec HTS.
Pour sa part, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a déclaré que la Russie et l’Iran « ne doivent pas avoir de place » dans la Syrie de demain. Elle a précisé que l’UE soulèverait la question du devenir des bases militaires russes en Syrie avec le nouveau pouvoir à Damas. Moscou dispose de deux attaches militaires en Syrie, la base navale de Tartous et l’aérodrome militaire de Hmeimim. Il s’agit d’infrastructures clés pour les ambitions géopolitiques de Moscou qui, grâce à ces installations, exerce son influence au Moyen-Orient, dans le bassin méditerranéen et jusqu’en Afrique.


Comme Mobutu Sese Seko, Ben Ali, Idi Amin ou Bébé Doc

Il y a 25 ans, Mobutu quittait le Zaïre avant la chute de Kinshasa (Source : rtbf.be)

Avant Bachar al-Assad, de nombreux autres dirigeants emblématiques ont dû fuir leurs pays, de peur de voir leurs dépouilles traînées dans les rues de la capitale. Voici quelques cas de ces dernières décennies :

  • Sheikh Hasina (Bangladesh, 2024)
    Encore tout récemment, le 5 août 2024, la Première ministre bangladaise Sheikh Hasina, alors que son palais est pris d’assaut par un soulèvement d’étudiants, a dû précipitamment s’exiler vers l’Inde voisine.
  • Yahya Jammeh (Gambie, 2017)
    Il arrive au pouvoir à 29 ans après un coup d’État le 22 juillet 1994. Battu aux élections de 2016, il refuse de lâcher prise invoquant des « anomalies électorales ». Après des pressions internationales, un assaut est lancé. Contraint de rendre le pouvoir le 31 janvier 2017, il s’exile en Guinée-Conakry puis en Guinée équatoriale.
  • Blaise Compaoré (Burkina Faso, 2014)
    Après 27 ans de règne, il est chassé du pouvoir par l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 en raison d’un projet de révision constitutionnelle devant lui ouvrir la voie à un nouveau mandat. Il s’enfuit au Ghana avant de se réfugier en Côte d’Ivoire. En 2022, il est condamné par contumace à la prison à perpétuité.
  • Michel Djotodia (Centrafrique, 2014)
    Il s’auto-proclame président le 24 mars 2013 après le renversement et la fuite du président François Bozizé. Il démissionne de ses fonctions le 10 janvier 2014 sous la pression internationale après des exactions répétées de son régime et s’exile au Bénin.
  • François Bozizé (Centrafrique, 2013)
    Renversé le 24 mars 2013 par la coalition Seleka présidée par Michel Djotodia, François Bozizé lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’Etat le 15 mars 2003 fuit son pays et s’exile au Cameroun. Condamné puis amnistié, il revient en Centrafrique en 2008.
  • Ben Ali (Tunisie, 2011)
    Le 14 janvier 2011, après plusieurs semaines de troubles déclenchés par l’immolation d’un jeune vendeur ambulant dans le centre de Tunisie, le président Zine el Abidine Ben Ali prend la fuite. Celui qui dirigeait son pays d’une main de fer depuis 23 ans se réfugie en Arabie Saoudite où il meurt en 2019. Sa chute va marquer le début du « Printemps arabe ».
  • Maaouiya Ould Sid’Ahmed Tayaa (Mauritanie, 2005)
    De retour des obsèques du roi saoudien Fahd, en août 2005, le chef de l’État mauritanien prend connaissance d’un putsch du Conseil militaire pour la justice et la démocratie, qui prend le pouvoir. Il vit en exil au Qatar.
  • Ange-Félix Patassé (République centrafricaine, 2003)
    Accédant au pouvoir le 22 octobre 1993, il connaît de multiples mutineries de l’armée et la mort de plusieurs personnalités. Il est renversé par François Bozizé le 15 mars 2003 et s’exile au Togo. Accusé de détournements, il est condamné par contumace le 30 août 2006 à 20 ans de travaux forcés. Il meurt le 5 avril 2011 à Douala au Cameroun.
  • Pascal Lissouba (République du Congo, 1997)
    Président entre 1992 et 1997, il est chassé du pouvoir le 15 octobre 1997 par la guerre civile qui l’oppose aux troupes de Denis Sassou-Nguesso. Il s’exile à Londres puis s’installe à Paris en 2004. Condamné par contumace pour « crimes de guerre » à 30 ans de prison puis amnistié en 2009, il meurt le 24 août 2020 à Perpignan en France.
    Avant lui, le premier président, l’abbé Fulbert Youlou (1959-63), est chassé par la révolution des «Trois Glorieuses», après avoir imposé le monopartisme et empoisonné des dirigeants syndicaux. Il meurt dans le dénuement le 5 mai 1972 à Madrid, à 54 ans.

Le maréchal à la toque de léopard (1997)

4 mai 1997: le Président sud-africain Nelson Mandela lors d’une conférence de presse avec le President zairois (RD Congo)Mobutu Sese Seko avant sa fuite, 12 jours plus tard.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État le 24 novembre 1965, Mobutu Sese Seko, rongé par la maladie, est renversé le 17 mai 1997 par l’Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila. Il est exfiltré de son fief de Gbadolite le 16 mai 1997 et contraint à l’exil au Maroc, où il meurt le 7 septembre 1997 d’un cancer de la prostate.

  • Mengistu Haile Mariam (Ethiopie, 1991)
    Le lieutenant-colonel Mariam a été, de 1977 à 1991, à la tête de la junte militaire qui a gouverné l’Éthiopie après la mort de l’Empereur Haile Selassie. La répression des opposants et la lutte indépendantiste érythréenne accélère sa chute en mai 1991. Il fuit et se réfugie au Zimbabwe. En Ethiopie, il est condamné à mort en 2008 pour « génocide ».
  • Hissène Habré (Tchad, 1990)
    Arrivé au pouvoir en 1982 après un coup d’Etat, le Tchadien institue un régime despotique dont il est délogé en 1990 par un coup d’État du général Idriss Déby. Il se réfugie au Sénégal. À Ndjamena, il est condamné à mort par contumace pour crimes contre l’humanité. Arrêté le 30 juin 2013 à Dakar sur ordre de la Cour Internationale de Justice, il est jugé par un tribunal spécial sénégalais et meurt en détention le 24 août 2021 à Dakar.
  • Jean-Claude Duvalier (Haïti, 1986)
    Ayant succédé comme président « à vie » en 1971 à son père François Duvalier, alias « Papa Doc », Jean-Claude Duvalier, surnommé « Bébé Doc », a dirigé de manière autoritaire, affichant un train de vie fastueux dans l’un des pays les plus pauvres d’Amérique. Il est chassé du pouvoir en février 1986. Exilé en France pendant 25 ans, il revient en Haïti en janvier 2011 où il meurt en octobre 2014 d’une crise cardiaque.
  • Ferdinand Marcos (Philippines, 1986)
    Élu président en 1965, il décrète la loi martiale de 1972 à 1981, avant d’être chassé par la révolution de février 1986. Il meurt en exil à Hawaï aux États-Unis en septembre 1989.
  • Gaafar Nimeiry (Soudan, 1985)
    Président depuis 1969, Gaafar Nimeiry est renversé le 6 avril 1985 par un coup d’État dirigé par le général Abdel Rahman Swar al-Dahab. Il part en exil en Égypte de 1985 à 1999, puis rentre au Soudan. Il meurt le 30 mai 2009 des suites d’une longue maladie.
  • Idi Amin Dada (Ouganda, 1979)
    Commandant de l’armée ougandaise, le général s’autoproclame chef de l’État en janvier 1971, chassant Milton Obote du pouvoir. Il est renversé à son tour en avril 1979 après un règne marqué par une répression responsable de 300 000 à 500 000 morts. Le « Boucher de l’Afrique » fuit en Libye puis en Arabie saoudite où il meurt en 2003.
  • Le dernier Chah d’Iran (1979)
    Monté sur le trône en 1941 à seulement 21 ans, Mohammad Reza Pahlavi, visionnaire mais tyrannique, s’enfuit de Téhéran le 16 janvier 1979, chassé par la Révolution islamique. Il erre entre le Maroc, les Bahamas, le Mexique, les États-Unis et le Panama, avant de mourir d’un cancer en juillet 1980 en Egypte, où il s’était réfugié en mars.

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