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Risque de régionalisation du conflit de l’Est : L’ambassadeur Christian Ndongala alerte l’Union européenne

La députée européenne Hilde Vautams. À droite, l’ambassadeur Christian Ndongala et son homologue burundais Thérence Ntahiraja

Le Parlement européen a organisé le mercredi 17 décembre à Strasbourg, sous la présidence de la députée européenne Mme Hilde Vautmans, une séance d’information sur la situation qui prévaut au Sud-Kivu en République démocratique du Congo après la prise de la ville d’Uvira, au cours de laquelle l’ambassadeur de la RDC au Benelux et auprès de l’Union européenne, le Professeur Christian Ndongala Nkunku, a prévenu contre la régionalisation de la guerre menée par le Rwanda dans l’Est en appui à ses supplétifs du M23.

De l’avis du diplomate congolais, « ce conflit risque de se régionaliser car des tirs ont déjà touché le Burundi. Uvira n’est distante que de trente kilomètres de Bujumbura », précisant que « le Burundi n’a pas attaqué le Rwanda. Il a déployé ses troupes dans l’Est du pays dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale en matière de défense avec la RDC ».
Selon l’ambassadeur Christian Ndongala, l’accord entre la RDC et le Burundi a pour ambition, entre autres, « de lutter contre la prolifération des armes et des groupes criminels, entendez une meilleure gestion des enjeux sécuritaires dans la région ». Il avertit que « s’il y a régionalisation, ça serait le fait de la stratégie du Rwanda, qui a tendance à justifier sa politique belliciste comme une réponse aux attaques venant de l’extérieur » et qui a toujours utilisé ces manœuvres « pour manipuler les sentiments et s’attirer la sympathie de la communauté internationale ».
Il a ainsi estimé que « la transparence et la vigilance de la Communauté internationale s’imposent pour ne pas tomber dans le piège de l’exagération excessive du Rwanda et être surprise demain par une guerre ouverte entre ces deux pays ». « Nous devons maintenir notre vigilance à tous contre cette stratégie de victimisation, laquelle a longtemps maintenu la communauté internationale dans l’inaction et l’immobilisme », a insisté l’ambassadeur Christian Ndongala.
Le recours à des contrevérités et à une désinformation systématique pour attribuer à la RDC la responsabilité des attaques commises par la coalition RDF-M23 est une stratégie utilisée par le Rwanda pour justifier de manière délibérée ses violences sur des populations civiles au mépris du droit international, a relevé le diplomate qui a appelé les eurodéputés à des sanctions comme « un levier important dans la résolution de ce conflit » et à l’application de la résolution 2773, « la boussole » de l’engagement onusien, dans toute sa portée, sans ambiguïté ni exception.

Appel à des sanctions ciblées contre les responsables militaires et politiques de l’agression

Les ambassadeurs congolais et burundais

À cet effet, le Professeur Christian Ndongala a mis le Parlement européen face à ses responsabilités pour sa crédibilité et celle de la communauté internationale, en adoptant une série de dispositions visant, notamment, à soutenir la mise en œuvre intégrale de la résolution 2773, à œuvrer pour imposer des sanctions ciblées contre les responsables militaires et politiques de l’agression, à instaurer un embargo total au niveau européen sur les minerais exportés comme rwandais, à œuvrer pour la révocation du statut rwandais de contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, et enfin à soutenir la mise en place d’un régime de notification systématique pour tout transfert d’armes vers le Rwanda.
Il s’est néanmoins félicité que le Parlement européen se soit mis du côté du droit et de la justice, en identifiant clairement le Rwanda comme pays agresseur et en votant pour la mise en place des sanctions européennes contre ce pays. « La pression doit être maintenue jusqu’au respect total de dispositions prises sur base de la résolution 2773 et des accords de Washington. Il vous appartient maintenant de faire respecter les règles de droit et de justice pour la paix mondiale, pour la paix en Afrique, pour la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo et ainsi se prémunir du risque tant redouté d’une régionalisation du conflit dans toute la région des Grands Lacs », a insisté l’ambassadeur Christian Ndongala.

Déception des eurodéputés après les nouvelles violences dans l’Est

Des membres de la diaspora congolaise de Belgique

Pour sa part, la députée européenne Hilde Vautmans s’est dite attristée de convoquer cette nouvelle séance « après des massacres de masse et des viols dans l’Est de la RDC, alors que nous, eurodéputés, avons salué la rencontre des Présidents congolais et rwandais à Washington et l’assurance des protagonistes de respecter leur engagement contenu dans l’accord signé le 4 décembre ».
Elle a préconisé que l’Union européenne engage un dialogue de toute urgence avec les pays des Grands Lacs, avant d’appeler les Nations Unie, l’UE et les États-Unis à adopter des sanctions fortes en vue de mettre fin à l’escalade, notamment la suspension de l’aide internationale à Kigali. « C’est le seul langage que comprennent les dictateurs », a-t-elle souligné.
Le ministre congolais de l’Intérieur, M. Jacqmain Shabani, qui est intervenu en visioconférence, a rappelé la dégradation de la situation humanitaire dans l’Est de la RDC, faisant état, aux termes des informations recueillies sur les derniers événements autour de la prise d’Uvira, de 21.900 victimes documentées dont 5.917 victimes de massacres, 299 assassinats et exécutions, de 5.062 viols sexuels contre des femmes et des jeunes filles, sans compter les nombreux déplacements forcés et transplantations des populations au Nord et au Sud-Kivu, de 200.000 personnes réfugiées au Burundi et dans la province du Tanganyika, ainsi que la mise en place d’une administration parallèle et la nomination de chefs coutumiers qui, selon lui, vont rendre difficile la stabilisation et l’instauration de l’autorité de l’État.
Concernant le retrait du M23 d’Uvira, il a estimé qu’il s’agit d’un leurre, relevant plutôt l’arrivée dans la ville de dizaines de véhicules, des actes de pillages systématiques dont celui des agences, d’engins roulants et de divers matériels acheminés en direction du Rwanda. « Ces actes compromettent les efforts de développements engagés par le gouvernement congolais », a-t-il relevé avant de préconiser des sanctions contre l’État rwandais et les responsables de cette ignominie.
Une cinquantaine de membres de la Diaspora congolaise de diverses organisations, venus de tous les coins de la Belgique manifester leur solidarité envers leurs compatriotes des zones occupées dans l’Est, ont assisté à cette séance, à laquelle ont également pris part l’ambassadeur du Burundi auprès de l’Union européenne, M. Thérence Ntahiraja, et le député européen Marc Botenga.

Guerre dans l’Est Devant l’UE, la RDC réfute les contre-vérités du Rwanda

L’ambassadeur de la RDC en Belgique et auprès de l’Union européenne
et Mme Patricia LLombart Cussac au cours de l’entrevue

Les contre-vérités débitées par le Rwanda pour justifier la présence de ses troupes dans l’Est de la République démocratique du Congo ont été évoquées lors d’un entretien que l’ambassadeur de la RDC au Benelux a eu le vendredi 12 décembre avec le directeur exécutif des Affaires politiques au Service européen de l’action extérieure (SEAE) de l’UE.
« Les contre-vérités avancées par le Rwanda pour justifier la présence de ses troupes en RDC, à travers l’AFC/M23, à savoir la maltraitance et autres sévices infligés à la minorité tutsi ainsi que la présence des éléments des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ne constituent rien d’autres que des prétextes », a indiqué le Professeur Christian Ndongala Nkunku à Mme Patricia LLombart Cussac.
Réfutant ces contre-vérités, le diplomate congolais a expliqué que « la minorité tutsi n’est pas menacée en RDC. Un groupe de Banyamulenge, des Tutsis congolais, a fait le déplacement de Bruxelles il y a peu pour, justement, démonter cette argutie de Kigali ». « Plus encore, a-t-il soutenu, les Banyamulenge siègent dans toutes les instances de la RDC, tant au sein du gouvernement que dans l’armée voire dans les différentes entités législatives pour ne citer que ces institutions régaliennes ».
En ce qui concerne les FDLR, a poursuivi le chef de la mission diplomatique de la RDC au Benelux, « contrairement aux allégations de Kigali, loin d’être une réelle menace pour le Rwanda, la présence, résiduelle par ailleurs, selon des sources concordantes onusiennes, des FDLR en RDC a des conséquences sécuritaires et humanitaires plus lourdes pour les populations congolaises, victimes d’exactions et de crimes généralisés dans les parties où elles opèrent dans l’est du pays et où elles sont enracinées, que pour le Rwanda ».
Le diplomate a aussi affirmé que la question des FDLR trouve sa réponse dans les différents accords signés entre la RDC et la Rwanda. Les deux pays ont réaffirmé leur engagement d’accélérer la mise en œuvre de l’Ordre d’opérations (OPORD) visant à neutraliser ces forces négatives et à organiser le désengagement de l’armée rwandaise, incluant la levée par le Rwanda « des mesures défensives ».
Il a rappelé que la RDC était en phase d’exécution de sa part des responsabilités conformément à l’Accord de Washington au moment où le Rwanda avait lancé ses attaques sur Uvira, tout en soulignant que la guerre dans l’Est de la RDC est profondément liée au pillage des ressources naturelles, notamment des minerais stratégiques (coltan, or, cobalt, etc.) qui alimentent le trafic illicite.
La rencontre, au cours de laquelle l’ambassadeur de la RDC a également tenu à savoir un peu plus sur les moyens mis en œuvre par l’UE pour promouvoir le retour à la paix dans la région, a servi de cadre pour réaffirmer la volonté commune de renforcer les relations de partenariat entre la République démocratique du Congo et l’Union européenne et d’aborder plusieurs sujets d’intérêt partagé, notamment la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC.

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