
Cheikh Al Mansour Bin Jabor Bin Jassim Al Thani, cousin de l’émir du Qatar à la tête du conglomérat Al-Mansour qui contrôle 100 holdings, effectue une méga-tournée en Afrique depuis le 13 août dans l’optique de matérialiser l’offensive économique de Doha à destination du continent. Une tournée qui s’appuie sur une manne financière de 300 milliards de dollars dédiés à l’Afrique et à l’Asie.
Le Qatar affiche de nouvelles ambitions sur le continent africain. L’émirat gazier du Golfe, faiblement présent en Afrique, a préféré endosser jusqu’à présent le rôle de médiateur dans différents conflits : Djibouti-Érythrée, Darfour au Soudan, conflit politico-militaire interne du Tchad et plus récemment, le 18 mars 2025, un coup de maître sur le front diplomatique avec la rencontre entre les présidents congolais et rwandais, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous l’égide de l’émir Tamim Ben Hamad Al Thani. Doha tente aussi de jouer les médiateurs entre Alger et Bamako, en froid depuis plusieurs mois.
Désormais, le Qatar compte aussi sur une influence économique en investissant massivement dans divers secteurs d’activité. Pour matérialiser sa nouvelle ambition, l’émirat ne compte pas lésiner sur les moyens et s’appuie pour cela sur Cheikh Al Mansour Bin Jabor Bin Jassim Al Thani, cousin de l’émir et surtout l’un des principaux cadres de la monarchie qatarie, à la tête du conglomérat Al-Mansour, riche d’une centaine de holdings et présent dans onze secteurs d’activité (bâtiment et travaux publics (BTP), acier, chimie, hôtellerie…). Un conglomérat doté d’une exceptionnelle manne financière de 300 milliards de dollars issus du fonds d’investissement qatari et dédié à l’Afrique et à l’Asie.
Homme de confiance de l’émir du Qatar, un pays déjà présent au Rwanda où il détient 49% du capital de RwandAir et 60% dans le nouvel aéroport international de Bugesera en construction dans les environs de Kigali pour un coût de 1,3 milliard de dollars, le Cheikh a entamé une tournée qui devait le mener jusqu’au 29 août dans dix pays africains : RDC, Tanzanie, Burundi, Zambie, Botswana, Mozambique, Zimbabwe, Angola, Gabon et Centrafrique. Des pays d’Afrique centrale, australe et de l’Est riches en ressources minières, notamment le cobalt, le cuivre, le lithium, les diamants, les pierres précieuses, les terres rares et les hydrocarbures (pétrole et gaz) et qui offrent aussi des potentialités énormes pour des projets dans l’agriculture, le tourisme et les infrastructures notamment aéroportuaires.
20 milliards de dollars d’investissements prévus en RDC

Le Qatar conscient des enjeux de l’heure propose aux pays africains des « partenariats gagnant-gagnant » autour du leitmotiv « Bâtir des ponts solides entre Doha et l’Afrique, dans le respect mutuel et l’intérêt partagé ». Parmi les étapes de la tournée, la RDC offre les plus importantes potentialités d’investissements de la région, notamment dans le secteur minier. Ce vaste pays, qualifié de « scandale géologique », dispose de nombreuses ressources minières très demandées dans la cadre de la transition énergétique.
La RDC assure actuellement environ 70% de la production mondiale de cobalt. En 2024, selon l’Institut américain d’études géologiques, la RDC a fourni 76% de la production mondiale de ce minerai essentiel à la fabrication des batteries électriques. Ce secteur est jusqu’à présent contrôlé par la Chine. L’entreprise China Molybdenum exploite deux des plus grandes mines de cobalt du monde en RDC (Tenke Fungurume et Kisanfu), un minerai qui suscite désormais la convoitise des États-Unis et des pays du Golfe.
Ce n’est pas le seul secteur qui intéresse le Qatar en RDC où on indique que plus de 20 milliards de dollars d’investissements seront mobilisés. Outre le secteur minier qui s’accaparera une partie non négligeable de cette enveloppe, le Qatar cible également une quinzaine de secteurs dont l’élevage, le développement urbain, les hydrocarbures, la santé, le BTP, le tourisme, l’agriculture,…
On comprend dès lors l’implication du Qatar dans la résolution du conflit dans l’Est de la RDC. Après avoir accueilli les pourparlers entre les dirigeants de la RDC et du Rwanda avant la signature d’un accord de paix aux États-Unis, l’émirat a aussi joué un rôle au niveau des pourparlers entre le groupe AFC-M23 et le gouvernement congolais.
À l’étape de Lusaka en Zambie, Cheikh Al Mansour Bin Jabor Bin Jassim Al Thani a supervisé la signature d’un accord de partenariat de 19 milliards de dollars ente Al-Mansour Holdings et l’État zambien, en présence du président Hakainde Hichilima. Cet accord couvre les secteurs de la finance, du logement, de l’agriculture, des mines, des transports, des télécommunications et de l’énergie.
Des investissements à long terme notamment au Burundi et au Botswana
D’importants montants compris entre 5 et 10 milliards de dollars sont prévus pour les autres pays. Au Burundi, le Qatar a promis des investissements sur le long terme, avec un accent sur les infrastructures, les mines, les banques et services financiers, le tourisme, l’agriculture et la cybersécurité. Au Botswana, l’intérêt s’est porté sur les minerais (diamant, cuivre, nickel,…) et les hydrocarbures. Parmi les priorités figurent également des projets aéroportuaires et des partenariats stratégiques à travers Qatar Airways. L’Émirat souhaite ainsi apporter ses compétences aux pays africains, contribuer à la création d’emplois et impulser durablement la croissance.
Au-delà, cette visite rentre dans le cadre des rivalités entre pays du Golfe, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis d’un côté, et le Qatar de l’autre, qui essayent d’accroître leurs influences au niveau du continent africain. Anticipant la fin de la manne pétrolière et gazière, ces monarchies lorgnent vers l’Afrique qui offre des potentialités et des opportunités énormes.
Avec cette nouvelle initiative, Doha se positionne comme un partenaire stratégique pour les pays africains en apportant, en plus des capitaux, une vision de développement à long terme. Le Qatar dispose d’énormes ressources dont ceux de son fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), créé en 2005 pour gérer les excédents des revenus pétroliers et gaziers et dont les actifs sont estimés à 557 milliards de dollars.
La RDC recouvre 31 648 km2 de titres miniers

31 648 kilomètres carrés de territoires miniers ont été récupérés par l’État congolais à l’issue d’une vaste opération d’assainissement du fichier cadastral. C’est ce que révèle un rapport du Cadastre minier (CAMI) transmis au ministre des Mines et publié le jeudi 7 août. L’opération est le résultat d’une démarche entamée depuis plusieurs mois pour nettoyer, actualiser et sécuriser le domaine minier congolais, dans l’optique de mieux valoriser le potentiel minier du pays tant sur le plan économique que sécuritaire.
En réaffirmant sa mainmise sur son patrimoine minier, la RDC vient de réaliser un coup de force administratif sans précédent et envoie à la même occasion un signal fort aux investisseurs comme aux partenaires internationaux, selon lequel sa souveraineté sur ses ressources n’est plus négociable. Près de 600 titres miniers et de carrières ont été ainsi récupérés par l’État congolais, représentant 37 253 carrés miniers, jusque-là sous une emprise spéculative ou inactive.
Au-delà de la simple reprise, le rapport du CAMI enclenche une dynamique de régularisation massive : 210 droits miniers précédemment paralysés par des situations prolongées de force majeure couvrant 18 709 carrés miniers sont désormais réactivés. Cette double action – récupération et assainissement – débloque ainsi près de 50 000 km² d’actifs miniers potentiels, soit près de 2% du territoire national. Une transfusion vitale pour un secteur minier qui contribue à plus de 30% du PIB congolais. Cette reconquête intervient également à point nommé alors que la demande mondiale en minerais stratégiques (cobalt, cuivre, coltan) connaît une croissance exponentielle.






































