Accueil Société Nicoyembe : la légende vivante de la musique afro-colombienne entre Pacifique et Caraïbes

Nicoyembe : la légende vivante de la musique afro-colombienne entre Pacifique et Caraïbes

Nicolás Emilio Rodríguez Córdoba, alias « Nicoyembe » n’est pas qu’un musicien, c’est un pont vivant entre les deux côtes de la Colombie : celle du Pacifique et celle des Caraïbes. À 77 ans, ce chercheur, folkloriste, chanteur, percussionniste, compositeur et professeur jouit d’une carrière de cinquante-cinq ans au service du patrimoine musical afro-colombien.

Quand les connaisseurs de la musique afro-colombienne évoquent Nicoyembe, ils ajoutent : « C’est une légende ! ». Né à Quibdó (Chocó) dans le quartier César Conto – berceau de légendes comme Alexis Lozano -, ce fils d’un clarinettiste et d’une danseuse a grandi en transformant des casseroles et des cuillères en instruments.
« Quand j’étais petit, c’était difficile de trouver un instrument comme la clarinette dans le département du Choco, car c’est un instrument très cher et européen. J’ai donc commencé avec des tambours, des casseroles, des tasses, des pots de lait et des récipients d’huile. Pour moi, l’important, c’était de faire de la musique ».
Avec plus d’un demi-siècle de trajectoire, Nicoyembe est devenu l’ambassadeur international de la musique traditionnelle colombienne. Sa particularité réside dans sa capacité à maîtriser et fusionner les sonorités des deux océans : la chirimía du Pacifique Nord, héritée de son Chocó natal, et les rythmes caribéens appris auprès de figures emblématiques tels Totó La Momposina, Delia Zapata Olivella et Leonor González Mina, surnommée « la Negra Grande de Colombia ».
« Toto la Momposina était notre première et plus grande référence musicale du folklore afro-colombien et notamment de la région du nord. La première fois que cette chanteuse s’est produite en Europe, j’étais à ses côtés. On a enregistré dans les studios des Champs-Élysées et on a passé deux ans en Europe. Paris et le quartier Odéon étaient notre quartier général. On y a créé notre premier album ».
C’est à Paris que Nicoyembe adopte cette appellation, symbole de son lien avec les racines africaines de la musique colombienne. « A Paris, j’ai rencontré de nombreux Africains. Et l’un d’eux m’a fait découvrir le djembé. En rentrant en Colombie, j’ai fondé un groupe autour de ce tambour et je l’ai appelé Nicoyembe. Aujourd’hui, on me connaît sous ce nom ».

La naissance d’un nom, la rencontre avec l’Afrique

Nicoyembe et son orchestre, offrant une expérience musicale riche en diversité et en profondeurs culturelles

Fidèle au souhait de son père, Nicoyembe est devenu professeur… de musique dans les collèges et universités, transmettant ses multiples expériences aux nouvelles générations. « Avec les instruments colombiens, je joue de la musique avec des sonorités ancestrales, résultat de mon expérience avec des artistes africains, mais aussi de Haïti, de Jamaïque. Ma musique est un mélange de tout cela. Elle est avant tout afro. »
Le processus créatif de Nicoyembe se nourrit de l’observation du monde qui l’entoure. « Mon style de composition est lié à la vie quotidienne. J’ai toujours observé les parents, les grands-parents, les gens. Je transformais leurs expériences et les croyances en musique. J’ai composé un titre pour le grand clarinettiste qu’était mon père, qui jouait dans le village et qui attirait beaucoup de monde. Pour ma mère aussi, qu’on appelait ‘la reine du tambour’ ».
Chaque moment de son enfance devient prétexte à création, comme quand il accompagnait sa mère à la rivière pour laver les vêtements. « Alors, j’ai écrit une chanson sur le manduco », cet élément en bois pour frapper le linge sur une planche ou une pierre. Mais aussi sur la culture des bananes, le maïs et du riz ou l’utilisation d’embarcation sur les rivières.
En 2025, sa vie fait l’objet d’un spectacle multidisciplinaire « Entre mers et rivières, ma voix est histoire ». Plus de 35 musiciens, danseurs, acteurs ont recréé son parcours depuis ses racines à Quibdó jusqu’à sa reconnaissance mondiale. Cette année, Nicoyembe fera l’objet d’un grand hommage lors du Festival Centro de Bogota, du 29 janvier au 1er février 2026, organisé par la Fondation Gilberto Alzate Avendaño (FUGA).

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