Le Parlement européen a adopté le 13 février à Strasbourg (France) une résolution enjoignant l’Union européenne à « suspendre immédiatement » l’accord signé en février 2024 avec le Rwanda sur les minerais stratégiques jusqu’au moment où Kigali fournira des preuves de la cessation de son implication dans l’exportation des minerais des zones contrôlées par le M23.
Lors de la plénière, l’organe législatif européen, qui a, en effet, adopté, cette résolution par 443 voix sur les 495 votants, a également décidé d’appeler la Commission, les États membres et les Institutions financières internationales à geler le budget d’aide directe au Rwanda jusqu’à ce que les conditionnalités sur l’accès de l’aide humanitaire et la fin de ses relations avec le M23 soient réunies.
Dans cette résolution, initiée par la députée européenne belge, Hilde Vautmans, coprésidente de l’Assemblée parlementaire Afrique-Union européenne, la Commission et les États membres ont en outre été sommés d’interdire tout transfert d’armes à l’armée rwandaise et au M23 et d’assurer une plus grande transparence sur le commerce des armes européennes.
Le Conseil de l’UE (ministres des Affaires étrangères) a, de son côté, été appelé à étendre les sanctions contre les leaders du M23, ceux des autres groupes armés ainsi que ceux de la RDC et du Rwanda, dont trois officiers rwandais, à savoir le général-major Eugène Nkubiti, commandant de la 3ème Division des RDF, le général-major Ruki Karusisi, commandant de la Force spéciale des RDF, et le général-major Emmy K. Ruvusha, commandant des Forces de sécurité rwandaises. Les trois hommes ont été identifiés, en juin 2024, dans un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, ainsi que ceux des autres États à travers la région, comme responsables ou complices dans les récentes exactions commises par leurs troupes ou par celles dont ils ont le commandement.
Condamnation ferme de l’occupation de Goma
D’autre part, le Parlement européen a fermement condamné l’occupation de la ville de Goma et d’autres territoires dans l’Est de la RDC par le M23 et l’armée rwandaise, la considérant comme une « atteinte inacceptable à la souveraineté territoriale et à l’intégrité de la RDC ». À cet effet, il exige au Rwanda de retirer ses troupes du territoire congolais et de mettre fin à son soutien au M23.
Les députés européens ont aussi condamné les attaques avec des armes explosives contre les populations du Nord-Kivu, mais également contre les camps des déplacés et les quartiers densément peuplés de Goma, les exécutions extrajudiciaires, les viols et autres crimes de guerre commis par le M23 avec le soutien du Rwanda et par les FARDC.
Le parlement européen, qui en appelle à la fin des violences, demande à la RDC et au Rwanda de diligenter des enquêtes et de poursuivre les responsables de crimes de guerre, y compris les violences sexuelles. Très préoccupé par la situation critique dans l’Est de la RDC, il a appelé à l’ouverture immédiate de l’aéroport de Goma, au rétablissement des opérations humanitaires ainsi qu’à l’ouverture immédiate de corridors humanitaires.
Les députés européens ont par ailleurs exprimé leurs préoccupations face au manque de cohérence des réactions au sein de l’UE sur la crise dans les Grands lacs et appelé à renforcer la Nouvelle stratégie de l’UE sur les Grands Lacs.
La résolution « déplore que l’UE n’ait pas pris de mesures appropriées pour faire suffisamment face à la crise et exhorter efficacement le Rwanda à mettre fin à son soutien au M23, et qu’elle ait plutôt pris des mesures – notamment la signature d’un protocole d’accord sur des chaînes de valeur durables pour les matières premières en février 2024 – sans discuter suffisamment du conflit ».
Les débats ont eu lieu en présence des ambassadeurs de l’Angola, du Burundi et du Rwanda accrédités auprès de l’Union européenne. Chacun a eu l’occasion de défendre la position de son pays avant le vote de la résolution.
Risque de régionalisation du conflit

Dans son intervention, l’ambassadeur de la RDC, Christian Ndongala Nkunku, a noté que la récente montée en puissance du M23, la détérioration des relations avec le Rwanda et l’implication croissante d’autres acteurs régionaux font craindre une escalade militaire pouvant aboutir à une guerre régionale.
Le Prof. Ndongala a expliqué que la prise de contrôle par les rebelles du M23 de vastes étendues de terres dans l’Est de la République démocratique du Congo, riche en minerais, a déclenché une crise humanitaire et diplomatique impliquant plusieurs pays voisins.
« Un nombre alarmant d’armées africaines ont déjà déployé des troupes dans la zone de conflit, qui a une longue histoire d’ingérence extérieure », a-t-il fait remarquer avant de s’interroger sur « l’indifférence et la pusillanimité de certains gouvernements parmi les puissances occidentales. En RDC, nous parlons de double standard », a-t-il fait remarquer.
La députée européenne Hilde Vautmans « Les morts du Congo attendent de nous des actes »

Dans son argumentaire devant ses collègues du Parlement européen, la députée Hilde Vautmans, l’initiatrice de la résolution, avait exprimé son indignation face à l’inaction de l’Europe devant la situation dramatique des populations de l’est de la RDC qui perdure depuis une trentaine d’années.
« Les morts du Congo n’attendent plus de rapport, mais des actes. Plus de trente ans déjà que le peuple congolais est massacré, violé, déplacé. Ce peuple n’a que faire de nos discours ou timides condamnations », s’est indigné la députée européenne belge.
Hilde Vautmans a également relevé le « deux poids deux mesures » comparativement aux situations similaires. « Quand la Russie a envahi l’Ukraine, nous avons réagi immédiatement et nous avions eu raison. Mais aujourd’hui, alors que le Congo est attaqué, où est notre réaction ? Pourquoi cette indifférence ? », a-t-elle interrogé.
À son.avis, « ce qui se passe dans l’Est du Congo est une guerre d’occupation directe du Rwanda et de ses complices. Les preuves sont accablantes. Et pourtant nous, l’Europe, continuons de temporiser, de chercher des solutions diplomatiques creuses pendant que les Congolais tombent comme des mouches ».
« Frapper Kagame où cela fait mal »

Hilde Vautmans est convaincue pour sa part que l’Europe dispose des moyens pour agir. « Nous devons le faire maintenant. Au lieu de récompenser Kagame avec des centaines de millions d’euros, nous devons adopter des sanctions qui frappent là où ça fait mal : suspendre immédiatement le protocole d’accord sur les matières premières avec le Rwanda, élargir les sanctions contre les hauts responsables du Rwanda et du M23, bloquer toute assistance européenne à Kigali ».
Elle a par ailleurs appelé à protéger l’hôpital de Panzi, qui traite les femmes victimes de viols, utilisés comme armes de guerre, et où exerce le Prix Nobel de la Paix Dr Denis Mukwege, mais aussi son équipe médicale et ses patients. « Soyons du bon côté de l’histoire, car notre descendance nous jugera sur nos actes d’aujourd’hui et non sur nos discours et intentions », a préconisé la députée européenne Hilde Vautmans.







































