L’année 2025 fut l’une des plus mouvementées sur le continent africain. Du nord au sud, d’est à l’ouest, l’Afrique, bon an mal an, a connu des avancées significatives dans le domaine de la croissance économique. Cependant, la multiplication des crises politiques et institutionnelles freine l’avancée économique entraînant des millions de déplacés et d’immigrants à travers le continent.
Sur les plans politique, économique, culturel et social, l’année 2025 a été mouvementée sur le continent. Sur le plan politique, les crises ont subsisté. Cependant, des espaces démocratiques ont aussi prévalu. Au cours des douze derniers mois, plusieurs nations d’Afrique de l’Ouest et de l’Est ont organisé des élections pacifiques, marquant des transmissions historiques du pouvoir. Les jeunes électeurs se sont mobilisés en masse, exigeant responsabilité et idées neuves. Du Sénégal au Nigeria, ces transitions reflètent une culture croissante d’engagement civique dans la région.
D’un autre point de vue, l’année 2025 restera pour le continent africain comme l’une des plus instables depuis une décennie. Coups d’État, crises post-électorales, conflits armés persistants, révoltes sociales urbaines et tensions diplomatiques ont dessiné une Afrique traversée par des lignes de fracture multiples. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique australe en passant par la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale, les dynamiques de pouvoir ont été profondément ébranlées. Derrière la diversité des situations nationales, un même fil conducteur se dessine : l’érosion de la légitimité politique, la montée des revendications sociales et la centralité accrue des enjeux sécuritaires et géoéconomiques.

Le 7 décembre 2025, le Bénin – longtemps présenté comme un îlot de stabilité démocratique – a été confronté à une tentative de coup d’État menée par un groupe se revendiquant du « Comité militaire de refondation ». Rapidement déjouée, l’opération a néanmoins révélé des fractures au sein de l’appareil sécuritaire. Le président Patrice Talon a sollicité un appui militaire du Nigeria, qui a déployé des moyens aériens et terrestres autour des positions des putschistes. Cet épisode marque un tournant : la sécurité du Bénin est désormais perçue comme un enjeu régional, dans un contexte de contagion des coups d’État sahéliens vers les États côtiers.
À l’inverse, le 26 novembre, la Guinée-Bissau a basculé. Un groupe des militaires dirigé par Denis N’Canha a pris le pouvoir, suspendu le processus électoral et fermé les frontières. Le putsch est intervenu dans un climat de contestation post-électorale après une présidentielle dont les résultats étaient fortement disputés. Ce nouveau chapitre confirme le statut de la Guinée-Bissau comme un État vulnérable aux interférences militaires et aux économies criminelles, avec des implications directes pour la sécurité maritime et régionale en Afrique de l’Ouest
Putschs et contestations des résultats des élections

(Image: foreignpolicy.com)
En Tanzanie, les élections générales du 29 octobre ont été marquées par des contestations. Les manifestations parties de Dar es Salaam se sont rapidement étendues au reste du pays. En réponse, le pouvoir a imposé un couvre-feu, restreint l’accès à Internet et déployé l’armée. Cette séquence illustre une tendance continentale : la militarisation de la gestion des crises électorales.
Pendant ce temps, au Cameroun, la présidentielle du 12 octobre et la proclamation contestée de la victoire de Paul Biya ont déclenché une crise politique majeure. Des manifestations ont éclaté à Yaoundé, à Douala et dans plusieurs villes secondaires. Cette crise s’inscrit dans un contexte de pression croissante d’une population jeune, urbaine et connectée, renforcée par l’activisme de la diaspora.
À Madagascar, une contestation sociale née des coupures d’électricité et d’eau s’est transformée en soulèvement national. Après plusieurs semaines d’affrontements – 22 morts et des centaines de blessés – une partie de l’armée a basculé du côté des manifestants. Le 14 octobre, un régiment dirigé par le colonel Michael Randrianirina a annoncé la prise de pouvoir, après le départ d’Andry Rajoelina. L’événement confirme le rôle central des forces armées comme ultime arbitre politique dans plusieurs États africains fragilisés.
En République démocratique du Congo, l’année 2025 a été marquée par l’intensification des combats dans le Nord et le Sud-Kivu. Le groupe M23, appuyé par l’armée rwandaise, a renforcé ses positions provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes. La crise congolaise reste un conflit régionalisé, mêlant enjeux sécuritaires, rivalités étatiques et contrôle des ressources stratégiques (coltan, or, cobalt), avec un impact direct sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Une économie marquée par la paupérisation et la pauvreté des populations
/media.prod.hawc.canal.aws.io-cplus.net/81aee9ebfa84287172825d3b0df0b431.jpg)
L’Afrique subsaharienne a connu un accroissement de la croissance de son produit intérieur brut réel en 2025, autour de 4,2% (FMI, Banque mondiale, AFD et Moody’s). Ces performances sont plus hautes que la croissance observée au cours des dernières années (3,6% en 2023 et 3,8% en 2024). Elles marquent également une bonne performance du continent africain comparé à la croissance mondiale projetée à 3,3%.
La conjoncture du continent reste majoritairement influencée par les deux géants de la région que sont l’Afrique du Sud et le Nigeria. En 2025, même si ces économies ont connu une hausse de leur taux de croissance, leurs projections restent en-deçà de la moyenne régionale (respectivement 1,5% et 3,2%). En Afrique du Sud, les conséquences de la crise énergétique risquent de continuer à peser et le Nigéria – dont l’économie demeure insuffisamment diversifiée – devrait pâtir d’une baisse attendue des prix du pétrole.
Des trajectoires diverses au sein du continent sont par ailleurs anticipées : les taux augmenteraient pour atteindre 6 à 7% dans des pays d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, alors que dans le golfe de Guinée et en Afrique australe les taux de croissance baisseraient. Ces trajectoires divergentes sont notamment liées à la structure de ces économies avec une segmentation désormais consacrée entre celles riches en ressources naturelles et les économies plus diversifiées. Les premières sont davantage impactées par la volatilité des cours des matières premières alors que les secondes observent une croissance plus solide.
À titre d’exemple, le Bénin, la Côte d’Ivoire et l’Éthiopie observent des taux estimés ou projetés à plus de 6% de 2023 à 2025. Il n’en reste pas moins que pour les pays riches en ressources, l’augmentation de la demande mondiale de minéraux critiques représente une opportunité avérée qui devrait contribuer à stimuler la croissance.








































