Le Maroc a franchi le seuil d’un million de véhicules produits en 2025, prenant ainsi la tête de la production automobile africaine, reléguant l’Afrique du Sud au second rang, selon les données rendues publiques mi-janvier par l’Association nationale des constructeurs automobiles d’Afrique du Sud (NAAMSA).
Sans Julius Nyerere, surnommé le « Mwalimu », « le professeur » en swahili, la Tanzanie n’aurait pas la place centrale qu’elle occupe en Afrique ni sa réputation internationale de partenaire fiable. Président du Tanganyika depuis 1962 et porte-parole d’un panafricanisme militant, il saisit l’occasion, lorsqu’en janvier 1964, le sultanat de Zanzibar est aboli, pour fusionner le Tanganyika et Zanzibar afin de former la République de Tanzanie, dont il devient le président.
Son régime se développe sur trois axes : d’abord, s’inspirant des expériences communistes et voulant se détacher de toute influence occidentale, il met en place une politique socialiste collectiviste devant permettre l’autosuffisance. Cependant, malgré l’aide de la Chine, l’ensemble de ces politiques autoritaires et utopiques se heurtent à la réalité économique. Les productions manufacturière et agricole régressent de manière dramatique. Cette situation, couplée au premier choc pétrolier de 1973, démontre que la planification de l’économie par l’administration est inefficace et ruine le pays.
Ensuite au niveau international, son activisme panafricain le conduit à soutenir l’ensemble des mouvements de libération, de l’ANC de Nelson Mandela à la ZANU de Robert Mugabe, en passant par la SWAPO de Sam Nujoma, le MPLA d’Agostinho Neto et le FRELIMO de Samora Machel. Il n’hésite pas non plus à venir en aide aux peuples voisins sous le joug de la dictature. C’est ainsi que lorsqu’Idi Amin Dada commet la faute d’envahir la Tanzanie en octobre 1978, lors de la guerre ougando-tanzanienne de 1978-1979, Nyerere décide d’en terminer avec son régime sanguinaire et le renverse.
Finalement, le troisième axe est sa plus grande réussite. Non seulement il a quitté le pouvoir de son plein gré en 1985, mais il a réussi à transmettre les pratiques héritées de son ère. Celles-ci ont toujours guidé les actions du CCM (Chama cha Mapinduzi – Parti de la Révolution), dans tous les moments critiques, crises politiques, attentats terroristes, grèves ou autres.
Cette particularité démocratique a toujours distingué la Tanzanie de ses pairs qui considèrent la violence comme un outil politique légitime. Si le CCM est au pouvoir depuis 1964, lors des élections de 2015 l’opposition a obtenu 40% des voix à la présidentielle et 45% des sièges au Parlement. Un cas unique dans l’histoire électorale africaine.
Les héritiers du Mwalimu

Lorsque Nyerere quitte le pouvoir, la Tanzanie est un des pays les plus pauvres de la planète. S’il a commencé à modifier sa politique dirigiste à partir de 1984, ce sont ses successeurs qui permettent au pays de se redresser progressivement avec l’intervention de la Banque mondiale et du FMI. La société tanzanienne se libéralise et s’ouvre au monde, le président Ali Hassan Mwinyi, qui succède à Nyerere, en est le principal initiateur, étendant l’autorisation de la propriété privée et approuvant en 1992 l’instauration du multipartisme.
Les premières élections en 1995 ne sont pas parfaites. Elles portent au pouvoir Benjamin William Mpaka, un des disciples du Mwalimu. Pendant ses deux mandats, il est confronté à une crise économique, à l’épidémie du Sida et à l’arrivée massive de réfugiés fuyant les guerres et violences du Burundi. Autant de facteurs empêchant la relance économique du pays. En outre, il doit faire face à la vague d’attentats islamistes de 1998 touchant les ambassades des États-Unis en Tanzanie et au Kenya ainsi qu’à l’émergence de groupes islamistes sur le territoire.
Le quatrième président, Jakaya Kikwete, qui fera également deux mandats de 2005 à 2015, réussit là où ses prédécesseurs ont échoué. Il assure une croissance économique stable, obtient d’importants investissements chinois entre autres dans les infrastructures, l’éducation et la santé mais aussi les services. Seule ombre à son bilan, une corruption et une pauvreté endémiques.
Lorsque le parti choisit John Magufuli comme candidat à la présidentielle de 2015 et qu’il l’emporte, il devient rapidement populaire en raison de sa lutte contre la corruption. Cependant, les premiers signes de dérives autoritaires commencent à inquiéter les démocrates tanzaniens. Sous son règne, la Tanzanie est transformée radicalement.
Le point de rupture

Dans un premier temps, tous les rassemblements publics sont interdits puis le parlement, dominé par le parti du président, lui octroie pratiquement les pleins pouvoirs. Dans la foulée, il adopte des lois interdisant les médias. Une chape de plomb s’abat alors sur la Tanzanie, entre censure et meurtres d’opposants. Son décès en mars 2021 de problèmes cardiaques porte au pouvoir sa vice-présidente Samia Suluhu Hassan.
Dans un premier temps, elle inverse la plupart des politiques répressives mises en place par son prédécesseur, autorise les rassemblements, appelle au retour des exilés et lance une série de réformes. Tant les voisins régionaux que la communauté internationale attendaient, suite à la dérive inquiétante de Magufuli, de jauger la nouvelle direction avec les élections de 2025.
La première alerte est lancée par le scrutin local de 2024. Alors que les candidats de l’opposition sont exclus, le CCM remporte les élections avec une écrasante majorité. Ponctué par la violence, ce premier test électoral est annonciateur de l’effacement de l’héritage de Nyerere. Le premier mandat de Suluhu est d’ailleurs marqué par plus de 100 enlèvements. La présidente, continuant sur sa lancée répressive, purge le parti face à une contestation des anciens du CCM, ne gardant que ses fidèles au sein du bureau politique. Elle met en place une politique d’exclusion et d’arrestations de ses rivaux politiques comme de tous ceux qui contestent son autorité, préparant le désastre d’octobre 2025.
Fatigué d’une élection tronquée, dont ont été exclus les principaux partis d’opposition et d’où la présidente sortante sort avec un score stalinien de 98%, les Tanzaniens sont descendus dans la rue dès le lendemain des résultats, faisant face à un déchaînement de violence jamais connu en Tanzanie. Le décompte fait état de 3.000 personnes tuées par la Field Force, qui fait partie de la Police nationale.
Contestations post-électorales et répression meurtrière

La présidente impose un couvre-feu et interdit la célébration de la fête de l’indépendance du 9 décembre. Les Tanzaniens sont sous le choc et leur confiance dans le CCM, dont le rôle avait toujours été de désamorcer les tensions, est définitivement détruite. Les condamnations internationales tombent rapidement. L’Union africaine et la SADC (South african development Community) s’y joignent, craignant que le pays ne plonge dans un chaos qui affecterait l’équilibre de toute la région.
En effet, une Tanzanie apaisée politiquement est essentielle à la stabilité géopolitique régionale. Possédant une armée professionnelle, intervenant sur plusieurs théâtres d’opérations, tel que le Cabo Delgado au Mozambique pour lutter contre le groupe islamiste Ansar al-Sunna ou encore dans le maintien de paix au sein de l’ONU en Centrafrique et en RDC, son apport est essentiel à la sécurité de ses voisins.
Par ailleurs, la Tanzanie est pour l’Afrique de l’Est une locomotive économique et stratégique. Riche en gaz naturel, en tanzanite ou en or, elle est le vecteur principal de l’énorme projet EACOP (East african Crude oil), un oléoduc de 1 443 km reliant l’Ouganda au port de Tanga en Tanzanie et qui sera opérationnel en octobre 2026. Sans compter l’importance de Dar es Salaam comme hub commercial stratégique pour l’Afrique de l’Est et australe.
Afin de ramener le dialogue au sein de l’arène politique et la stabilité au pays, la SADC et l’UA comptent désigner un groupe de contact de haut niveau incluant des personnalités tanzaniennes et africaines respectées, sous la direction par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. L’urgence est réelle si l’on veut que la Tanzanie, qui pour le moment « danse sur un volcan », retrouve son rôle de faiseur de paix et de développement.








































