La Première ministre de la République démocratique du Congo, Mme Judith Suminwa Tuluka, est arrivée le 19 août au Japon où elle a représenté le Président Félix Tshisekedi à la 9ème édition de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD9), du 20 au 22 août à Yokohama. La cheffe du gouvernement congolais est notamment intervenue à la plénière consacrée à la paix et à la sécurité, insistant sur « la stabilité comme socle de toute prospérité ».
Lors de cette plénière, le 20 août, Mme Judith Suminwa a salué l’engagement du Japon en faveur du développement de l’Afrique et a insisté sur le lien entre stabilité et prospérité, estimant que « la stabilité n’est pas un luxe, mais le socle de toute prospérité ». Surtout dans un continent riche en potentialités mais encore meurtri par des conflits, comme en RDC, un pays au cœur des turbulences de la région des Grands Lacs mais où la paix constitue une priorité, devant garantir aux populations déplacées un retour digne et ancrer cette région dans une dynamique d’intégration économique durable.
Au-delà des aspects sécuritaires, la cheffe du gouvernement congolais a élargi sa vision aux transformations structurelles. Pour elle, « l’innovation que nous appelons de nos vœux dans ce cadre dépasse largement la seule dimension technologique. Elle englobe des solutions politiques, économiques et sociales capables de transformer nos défis en opportunités ».
Organisée du 20 au 22 août 2025 conjointement par le Japon, l’Union africaine, les Nations Unies et la Banque mondiale, la TICAD9 avait pour thème principal « Cocréer des solutions innovantes avec l’Afrique » et visait à renforcer les partenariats économiques, sociaux et sécuritaires entre le Japon et le continent africain. Les discussions ont porté sur des thématiques telles que la croissance économique durable via des investissements privés, des zones économiques spéciales, l’intégration régionale et le renforcement de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), la formation des jeunes aux technologies émergentes comme l’intelligence artificielle, mais aussi la paix et la stabilité, avec un accent sur la prévention des conflits et la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies.
La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a profité du forum pour accélérer les priorités de la RDC. C’est dans ce cadre qu’elle a décroché des garanties de financement pour des projets d’infrastructures routières et énergétiques, dans le cadre du Partenariat pour des infrastructures de qualité, ainsi qu’un accord pour former des milliers des jeunes Congolais aux métiers du numérique et de l’intelligence artificielle via le programme « AI and Data Science Human resource development ». La RDC bénéficiera par ailleurs d’un appui financier de 50 millions de dollars via l’Alliance Gavi pour renforcer sa chaîne de vaccination et lutter contre les pandémies.
Des garanties de financement de grands projets en RDC

La RDC a également obtenu l’élargissement de sa coopération économique grâce à son retrait de la liste des pays non éligibles aux crédits japonais. Ce retrait, annoncé par le ministre japonais de l’Économie à son homologue de la RDC qui faisait partie de la délégation de la Première ministre, permet aujourd’hui que les entreprises japonaises puissent participer à de grands projets, comme celui du Grand Inga ainsi que d’autres en cours d’élaboration. Le Japon s’est en outre engagé à soutenir la mise en place de la plateforme africaine de gestion responsable des mines afin de promouvoir une exploitation minière plus transparente et durable.
La Première ministre de la RDC a noué une série de contacts en marge du sommet, notamment avec le président de la République d’Angola et président en exercice de l’Union africaine, João Manuel Gonçalves Lourenço. Cette rencontre bilatérale a permis aux deux personnalités d’aborder des sujets d’intérêt commun, notamment la sécurité régionale et le renforcement de la coopération économique entre leurs deux pays. Le président angolais a exprimé le souhait de voir la RDC représentée à l’inauguration prochaine de la raffinerie de Kabinda, symbole d’un partenariat énergétique renforcé.
Mme Judith Suminwa s’est également entretenue avec M. Raouf Mazou, Haut-commissaire adjoint chargé des opérations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Les échanges ont principalement porté sur la question sensible du rapatriement des réfugiés congolais vivant au Rwanda et rwandais établis en RDC depuis plusieurs décennies, la cheffe du gouvernement congolais insistant sur la nécessité de mettre en place un processus strictement encadré par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
La TICAD9 s’est conclue par la Déclaration de Yokohama engageant le Japon à augmenter ses investissements en Afrique à hauteur de 5,5 milliards de dollars via le mécanisme EPSA (Enhanced private sector for Africa). Pour la RDC, cela signifie des opportunités accrues dans les domaines des énergies renouvelables, de l’agro-industrie et de la transformation numérique.
En guise de cérémonie officielle de clôture, les chefs d’État et de gouvernement africains ayant participé à la TICAD9 ont été reçus au Palais impérial de Tokyo par l’Empereur Naruhito et l’Impératrice Masako, le vendredi 22 août 2025. Le couple royal de l’Eswatini, les couples présidentiels burundais et sénégalais ainsi que la Première ministre de la République démocratique du Congo, Mme Judith Suminwa Tuluka, et son époux figuraient parmi les invités à ce rituel exceptionnel, symbolisant le profond respect et l’honneur accordés par le Japon à ses partenaires africains.
Face à la presse, Mme Suminwa révèle « Rien que 15% des carrés miniers ont été attribués »

Au cours d’une interview à la presse congolaise le 20 août en marge des travaux, la cheffe du gouvernement congolais a abordé des questions liées notamment au programme de sa nouvelle équipe récemment mise en place, à l’offensive diplomatique visant la paix dans la région et aux investissements attendus des partenaires japonais et américains, mais aussi au social des Congolais et à l’appui à la presse nationale appelée à porter haut la voix du pays.
Au chapitre de son séjour au Japon, Mme Suminwa a rappelé la signature d’un accord pour l’exploitation du manganèse dans le Kongo central. « Nous sommes toujours en contact avec cette entreprise japonaise pour assurer que le démarrage des activités se passe correctement », a-t-elle assuré, précisant que cela « ne va pas se faire en défaveur de la population mais au contraire à son avantage, car cette population pourra bénéficier de l’emploi, des formations professionnelles pour des métiers spécifiques à ces entreprises, mais aussi qu’un certain nombre d’intérêts collectifs vont être apportés ».
Elle a par ailleurs signalé la signature d’un mémorandum d’entente (MOU, memorandum of understanding) avec une organisation gouvernementale japonaise des secteurs minier et énergétique. « Vous savez, sur le premier secteur, il n’y a que 15% des parcelles minières qui ont été octroyées, malgré ce que les gens ont tendance à penser. Donc il y a encore de l’espace. Le plus important aujourd’hui, c’est qu’avec le Japon, nous pouvons élargir et diversifier notre partenariat. Et nous disons à nos partenaires japonais qu’il s’agit d’un partenariat gagnant-gagnant, avec la perspective de déboucher sur la transformation des minerais en République démocratique du Congo ».
De l’avis de la Première ministre congolaise, « il y a aussi l’expérience que nous pouvons tirer, tant en termes d’agriculture que de formation professionnelle. Nous avons eu à apprécier le développement du Japon sur le plan des nouvelles technologies de l’information ou de l’intelligence artificielle où nous allons pouvoir tirer profit pour mieux développer notre pays ». Elle ajoute : « J’ai visité un certain nombre de stands dans le cadre de la TICAD d’entreprises japonaises. Il y avait un certain nombre de produits qui peuvent nous aider dans l’agriculture. Un autre accord doit être signé entre une start-up de télédétection et le Service géologique congolais. Il n’y a pas mal d’actions qui sont en train d’être menées pour assurer la venue d’investisseurs japonais en RDC. Et c’est grâce au secteur privé, comme nous avons l’habitude de le dire avec le chef de l’État, que nous allons pouvoir créer un total de 6 millions d’emplois prévus ».
Des infrastructures en prévision du port en eau profonde de Banana et l’exploitation du manganèse au Kongo central

Dans la même optique, Mme Suminwa a relevé l’accompagnement énergétique de l’agence de coopération japonaise sur le programme Inga, relancé avec la Banque mondiale. C’est l’essentiel de la rencontre qu’elle a eue avec le président de l’Agence japonne de coopération internationale (JICA), M. Akihiko Tanaka, au cours de laquelle il s’est dégagé trois éléments : le développement des infrastructures en prévision du port en eau profonde de Banana ainsi que le projet Kivuvu sur l’exploitation du manganèse dans la province du Kongo central, l’accompagnement technique et financier de la RDC en plus de ce qui est déjà fait dans différents secteurs ainsi que le développement des compétences grâce à des bourses et la formation en hydro-électricité, en prévision du projet Grand Inga.
Elle a expliqué que dans les discussions avec la Banque mondiale et en attendant la réalisation du programme Inga, dont la finalisation des études et les travaux peuvent prendre une dizaine d’années, des solutions alternatives d’électrification du pays ont été abordées pour booster le développement par l’industrialisation et d’autres activités économiques.
À une question sur le programme du gouvernement, elle a précisé que des feuilles de route avaient déjà été élaborées lors du gouvernement Suminwa 1, avec un accent particulier sur les questions d’infrastructures et l’agriculture pour accélérer l’autosuffisance alimentaire. « Vous avez pu constater cette année que nous n’avons pas connu la crise du maïs qui a sévi les années précédentes notamment dans le Haut-Katanga et le Kasaï oriental. Tout simplement parce que c’est vrai, nous avons eu recours à l’importation du maïs, mais nous en avons aussi produit localement. Dans le cadre du PDL-145 territoires, nous allons notamment reprendre le travail sur les routes de desserte agricole mais aussi les routes provinciales, question d’assurer l’évacuation des productions des agriculteurs ».
Dans les secteurs de l’agriculture et de l’éducation, elle est convaincue que la RDC peut capitaliser l’expérience du Japon, notamment dans la formation des agronomes et ainsi, comme l’a dit le chef de l’État, réaliser « la revanche du sol sur le sous-sol », précisant que « pour cela, il faut cultiver la terre, avoir des agronomes suffisamment formés et des équipements devant aider les petits agriculteurs à produire pour l’autosuffisance alimentaire ». Quant à l’éducation, il y a non seulement une question de civisme à inculquer à nos enfants, mais aussi la qualité du programme, sur laquelle la ministre d’État en charge de l’Éducation travaille pour son amélioration.
Elle n’a pas omis de mentionner le programme concernant la couverture santé universelle qui va continuer, ajoutant qu’un accent particulier sera aussi mis sur la ville de Kinshasa qui est la capitale et le centre des institutions pour changer l’image qu’elle projette aujourd’hui.
« La RDC tient à l’intégrité de son territoire et à sa souveraineté »

Priée de commenter la situation dans l’est du pays où l’on assiste à une forme de balkanisation qui ne dit pas son nom, Mme Suminwa a reconnu que « la guerre est déjà là », faisant remarquer que « la déporter en dehors de nos frontières est un autre débat. C’est vrai que nous avons compté sur la diplomatie. Il était important d’arriver à nommément indiquer qui était l’agresseur. Je pense que c’est un élément important que nous avons réussi à travers la diplomatie agissante du chef de l’État et du gouvernement, grâce notamment à la ministre d’État aux Affaires étrangères ».
Elle a estimé qu’il est important de continuer le processus de paix. « Nous avons eu les résolutions des Nations-Unies, la 2773, au niveau du Conseil de sécurité, de l’Union africaine, de la SADC et de l’EAC, mais c’est vrai que cela n’a pas suffi. La raison pour laquelle nous avons, avec l’appui des États-Unis et du Président Trump, signé l’accord de Washington avec le gouvernement rwandais est que la RDC tient à l’intégrité de son territoire et à sa souveraineté », évoquant par ailleurs une rencontre entre les Présidents Tshisekedi et Kagame à Washington. « Mais cela va se faire évidemment sous un certain nombre de conditions », a-t-elle fait savoir sans autre précision.
Quant au volet sur la presse, qui joue un rôle important mais qui ne bénéficie pas d’« aide à la presse » prévue depuis 2012, la Première ministre a suggéré que la presse et le gouvernement sont « des partenaires », la presse devant livrer les informations après l’avoir traitée de manière objective, alors que le gouvernement se doit de donner l’information. « On va voir, j’espère que cette fois-ci on pourra vous donner un espace en termes budgétaires », a promis la Première ministre qui tempère néanmoins :
« Vous savez que nous avons même eu un collectif pour réduire le budget, parce que face à la guerre, nous ne pouvons pas avoir toutes les ressources voulues pour le développement. Et la liberté de la presse fait partie de ce développement-là ».
Elle a, à cet effet, soulevé des interrogations : « Est-ce que vous êtes sûrs que dans d’autres pays en développement, c’est cette manière-là qui permet à la presse de subsister ? Qui aura et qui n’aura pas ? Parce que là aussi il faut que la presse puisse être organisée de manière à éviter demain une lutte fratricide au sein de la presse ».
Elle a néanmoins assuré qu’en tant que gouvernement, « nous allons voir comment accompagner cette presse sans pour autant donner l’impression de l’acheter, mais plutôt que nous travaillons en parfaite collaboration en tant que partenaires qui se respectent ».







































