
(Source : rtbf.be)
Riyad a exécuté deux ressortissants éthiopiens pour trafic de drogue, a annoncé le jeudi 10 juillet le ministère saoudien de l’Intérieur. Avec ces exécutions, le décompte s’élève aujourd’hui à au moins 101 le nombre total d’étrangers exécutés depuis le début de l’année dans cette monarchie absolue islamique, dirigée par la dynastie des Saoud depuis sa création en 1932.
Les Éthiopiens Khalil Qasim Mohammed Omar et Murad Yaqoub Adam Siyo ont été exécutés après avoir été « reconnus coupables de contrebande de cannabis », a indiqué le ministère dans un communiqué publié par l’Agence de presse saoudienne SPA.
Au décompte général depuis le début de l’année 2025, un total de 189 personnes ont été exécutées, dont 88 Saoudiens, alors qu’en 2024, le cap des 100 exécutions d’étrangers n’avait été franchi qu’en novembre dans le royaume du Golfe, l’un des pays au monde où la peine de mort est le plus en vigueur. Au moins 338 personnes ont été exécutées l’an dernier, contre 170 en 2023 et 196 en 2022.
Le fait d’atteindre le nombre de 189 personnes exécutées avant fin juillet marque, selon Amnesty International, une « escalade alarmante, y compris l’exécution de ressortissants étrangers condamnés pour des crimes liés à la drogue ». L’ONG de défense des droits humains a précisé que « de janvier 2014 à juin 2025, l’Arabie saoudite avait exécuté 1 816 personnes, selon l’agence SPA, dont un tiers pour des infractions liées à la drogue ». Or, « le droit international et les normes internationales en matière de droits humains n’autorisent pas la peine de mort pour de tels crimes », rappelle Amnesty.
« Sur cette période de dix ans, 597 personnes ont été exécutées pour des infractions liées aux drogues, dont environ 75% étaient des étrangers », toujours selon Amnesty,. Après un moratoire d’environ trois ans, les autorités saoudiennes ont repris fin 2022 les exécutions pour crimes liés aux stupéfiants.
Les exécutions pour des délits liés à la drogue désormais la norme
Kristyan Benedict, directrice adjointe à Amnesty pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a dénoncé « une tendance réellement terrifiante, où la peine de mort est appliquée à un rythme effréné contre des étrangers pour des infractions qui ne devraient jamais entraîner une telle sentence ». Amnesty souligne également que les étrangers font face à des obstacles supplémentaires pour bénéficier d’un procès équitable, notamment en raison du manque de transparence du système judiciaire et de leur statut de non-ressortissants.
L’organisation Reprieve, basée à Londres, a elle aussi dénoncé « une hausse préoccupante » des exécutions liées à la drogue, soulignant que les étrangers représentaient plus de la moitié des exécutions recensées en 2025, et que 93% d’entre eux avaient été condamnés pour des infractions en lien avec les stupéfiants.
« Dans l’Arabie Saoudite de Mohammed ben Salmane, vous pouvez être exécuté pour avoir fumé du haschisch », a affirmé Jeed Basyouni, responsable des projets relatifs à la peine de mort au Moyen-Orient pour Reprieve, ajoutant que « les milliards dépensés pour promouvoir un royaume plus tolérant et inclusif sous le règne du prince héritier masquent un État autoritaire où les exécutions quotidiennes pour des délits liés à la drogue sont désormais la norme ».
Les militants des droits humains estiment que le maintien de la peine capitale ternit l’image du royaume, engagé dans un vaste programme de réformes baptisé Vision 2030, alors que les autorités rétorquent que la peine de mort est nécessaire au maintien de l’ordre public et qu’elle n’est appliquée que lorsque toutes les voies de recours ont été épuisées.






































