
(Source : africa-news-agency.com)
La Cédéao totalise cette année cinquante ans d’existence. Les festivités de ce jubilé d’or ont débuté le mardi 22 avril à Accra au Ghana, sous le signe d’un appel au renouveau face aux réalisations mitigées et à la défection d’une partie des membres.
L’organisation régionale a vu le jour le 28 mai 1975 à Lagos au Nigeria. L’objectif de départ était de favoriser la coopération et l’intégration économiques des États ouest-africains. Si quinze États en font aujourd’hui partie, trois d’entre eux, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ont annoncé leur retrait de l’organisation.
La célébration de cet événement historique qu’est la naissance de l’organisation a constitué l’occasion de souligner les réalisations de l’entité au cours de ses cinquante années d’existence, tout en mettant en lumière les défis à venir. Cependant, la cérémonie a été marquée par l’absence notable de plusieurs chefs d’Etat des pays membres. Parmi les dirigeants présents dans la loge des dignitaires, seul le président libérien, Joseph Boakai, s’est distingué en assistant personnellement à l’événement. Le président togolais, Faure Gnassingbé, était représenté par sa Première ministre Victoire Tomegah Dogbé, tandis que le vice-président gambien, Muhammed B. S. Jallow, figurait également parmi les participants.
Une absence également remarquée est celle du président en exercice de la Cédéao, Bola Tinubu, qui a toutefois transmis un message fort, appelant à réimaginer l’organisation comme une communauté de peuples, bien au-delà de son rôle politique.
John Dramani Mahama, président du Ghana et hôte de l’événement, a inauguré la cérémonie par un discours inspirant, saluant les succès de la Cédéao tout en appelant à une coopération accrue face aux défis actuels. « Nous devons continuer à bâtir une Afrique de l’Ouest où la paix, la prospérité et la justice prévalent », a-t-il déclaré, tout en insistant sur la nécessité de l’inclusion et de la solidarité entre États membres.
Le président de la Commission de la Cédéao n’a pas, de son côté, oublié de lancer un clin d’œil aux membres qui ont fait défection. « Ce jubilé d’or doit être un moment de célébration mais aussi de réforme. Nous devons tendre la main aux États du Sahel pour garantir la stabilité de notre région », a rappelé Omar Touray.
L’absence des pays de l’AES, symbole des tensions

extraordinaire consacré au Niger.© Présidence du Nigeria
Malgré une invitation officielle du président Mahama, les dirigeants des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) n’ont pas daigné répondre présents à la cérémonie. Certains observateurs évoquent des contraintes d’agenda et un délai jugé trop court pour organiser leur venue.
Cependant, cette absence illustre aussi les tensions persistantes entre ces nations et la Cédéao, exacerbées par des différends liés à la gestion de la sécurité régionale et aux sanctions imposées après les coups d’État militaires.
Cette situation souligne les défis complexes auxquels l’organisation est confrontée pour rétablir des relations harmonieuses avec tous ses membres.
Critiquée et fragilisée, l’organisation est aujourd’hui à la croisée des chemins.
La Cédéao a pourtant démontré, par le passé, qu’elle savait s’adapter. En 1990, face au conflit au Libéria, elle avait mis sur pied l’Ecomog, une force d’intervention. Neuf ans plus tard, elle s’est ouverte aux enjeux sécuritaires en adoptant un protocole relatif aux questions de paix et de sécurité, avant de parapher’en 2001 un autre protocole consacré cette fois-ci à la démocratie et à la bonne gouvernance.
Mais l’organisation est profondément déstabilisée par la multiplication des conflits et l’apparition de l’extrémisme violent.
La Cédéao s’est laissée déborder par son agenda, selon une chercheuse
Pour Amandine Gnanguénon, chercheuse sénior à l’Africa policy research Institut de Berlin, « cela a été difficile de mettre à la fois en place les dispositifs, d’intervenir en même temps et de faire la prévention. Elle s’est laissée un peu déborder par tout cela et puis par le fait qu’elle a perdu la main sur son agenda », et ce au profit de nouvelles structures comme le G5 Sahel ou l’initiative d’Accra.
Avec la naissance de l’AES, sa survie est désormais en jeu. Pour continuer à faire entendre sa voix, l’organisation n’a d’autre choix que de se réformer en profondeur. « Notamment de retourner vers ce qu’elle avait prôné, dès le départ. C’est-à-dire plus d’intégration économique et politique. Et donc retourner vers les populations et donner de la visibilité sur ses actions. Beaucoup de personnes ne savent pas ce qu’est la Cédéao. Je pense qu’il y a un gros déficit de communication », poursuit Amandine Gnanguénon.
Ces changements dépendent, avant tout, de la volonté des chefs d’État. Plus que la Commission, ce sont eux qui détiennent le pouvoir de faire évoluer les choses à travers la conférence des présidents.
Avancées et échecs économiques

Au commencement de la Cédéao, son rôle devait être avant tout économique. Il y a eu des avancées mais les objectifs, notamment un marché commun ouest-africain, n’ont pas tous été remplis.
Parmi les succès, on peut citer la libre circulation des personnes et des biens, avec la carte d’identité Cédéao et donc pas besoin de carte de séjour pour accéder à tous les emplois dans tous les pays de la région, hors emplois publics. C’est la grande réussite, selon le chercheur sénégalais Pape Ibrahima Kane, qui cite également la taxe communautaire permettant une harmonisation des droits de douane.
Cependant, les projets d’infrastructures avec des corridors de transport sont plus mitigés. Seul celui entre Abidjan et Lagos a été réalisé. Le commerce intrarégional stagne à moins de 15% du total des exportations.
Par ailleurs, de même que les économies n’ont pas été en mesure de réaliser leur complémentarité, la monnaie unique a été plusieurs fois annoncée mais toujours reportée.
Les disparités de ressources entre les pays, le manque de leadership – le Nigeria qui devrait être la locomotive de la Cédéao reste embourbé dans des problèmes politiques, économiques et sécuritaires – les crises à répétition dont la dernière en date reste la sortie du Mali du Niger et du Burkina Faso… tous ces enchevêtrements empêchent la Cédéao d’atteindre ses ambitions de 1975.






































