Par David Gakunzi / Extraits tirés du livre : Mémoire du Monde noir
« Un peuple qui a la mémoire courte est un peuple qui n’a pas d’avenir »
Richard Hill : Sir Richard Hill de Spanishtown

Parmi les militants abolitionnistes anglais, le nom de Richard Hill est l’un des plus éminents. Né en 1795 en Jamaïque, Richard Hill fut envoyé en Angleterre à l’âge de 5 ans pour ses études. Celles-ci finies, il reviendra souvent dans l’île pour ses recherches en zoologie, mais aussi pour y combattre l’esclavage.
Sir Richard Hill de Spanishtown était un Anglais aux bonnes manières et au cœur tendre. Sa tête était bien pleine, sa tête était bien faite. Sir Richard Hill de Spanishtown était un Anglais à l’avenir politique ouvert. Le gouvernement britannique lui offrit de régner sur les îles de Sainte-Lucie. Sir Richard Hill de Spanishtown refusa. Son père avant de mourir l’avait fait appeler et lui avait parlé sans témoin : « Jure-moi, jure-moi que tu ne t’arrêteras pas tant que l’esclavage ne sera pas aboli. » Depuis ce jour-là, Sir Richard Hill de Spanishtown, ne cessa de dénoncer par la plume ou par la voix l’esclavage. Depuis ce jour-là, Sir Richard Hill de Spanishtown comme l’ouragan, comme le torrent grondant marcha contre cette honteuse coutume. Il fut l’homme dont le poing atteignit le destin.
Béatrice du Congo : « Le Christ est Noir »

Le 2 juillet 1706, une jeune femme de 22 ans, Donna Béatrice Kimpa Vita, est brûlée vive par des missionnaires qui l’accusent d’hérésie. Considérée comme une prophétesse par les siens, elle était au centre d’un mouvement messianique qui voulait restaurer le royaume du Kongo.
Vêtue d’un pagne de couleur verte en fibre de raphia, la tête ornée d’une couronne de fibres, elle parcourt le pays avec ses disciples, les petits Antoine. Elle est en contact avec le ciel. Partout où elle passe elle délivre le même message : « La véritable terre sainte est ici au Kongo. Les fondateurs de la religion catholique sont de notre race et le Christ est né à Sao Salvador que les Blancs appellent Bethléem. » Sur terre, elle a pour mission de trouver l’homme qui mettrait fin aux guerres et restaurerait le royaume du Kongo. « Le Christ est noir, dit-elle. Le ciel est destiné aux Africains, dit-elle. » Illuminé par la magie de sa parole, le peuple n’écoute plus les catéchistes, le peuple n’écoute plus les missionnaires. Cette femme est dangereuse. Pour cause d’hérésie, on va l’arrêter et la brûler sur un grand bûcher.
Saint-John’s : Le procureur se lève

En 1736, l’île de Saint John’s est secouée par une importante révolte d’esclaves. La répression des maîtres d’esclaves sera féroce.
Le procureur se lève, grave et rigide. Ton solennel, il affirme au nom de la reine et de Dieu que « les insurgés ont d’abord scellé leur pacte en buvant dans un même bol un drôle de mélange de rhum et de sang de coq ».
« Ensuite, continue le procureur, les tambours ont été actionnés. Ces esclaves que vous avez devant vous, avaient un plan. Ils avaient même préparé de la poudre pour faire sauter les gouverneurs et tous les principaux personnages de l’île. » Les juges étaient d’accord avec le procureur, 6 esclaves mourront de faim attachés au gibet, 5 autres seront écartelés et brûlés vifs. Quelques autres sauveront leur peau en racontant des mensonges qui conduiront leurs proches droit au bûcher.
Makeda : Salomon

En cette année 980 avant Jésus-Christ, Jérusalem est en fête. Makeda, reine de Saba, célèbre par son faste, est venue sur le renom de la sagesse de Salomon, visiter ce prince. Elle aura avec lui un enfant.
Joie et liesse à Jérusalem. Peau brûlée, cheveux brûlés, ondulations, appels à la tentation, Makeda reine de Saba est venue rendre visite au roi Salomon. Appartement en cristal, trône en or serti d’émeraudes et de rubis, le roi Salomon a construit pour accueillir le reine de Saba. Dans les jardins du palais la reine et le roi ont conçu un enfant. Il s’appellera Menelik. Il sera l’ancêtre des empereurs d’Éthiopie.
Les nègres marrons : Flèche qui cherche la liberté

Pour essayer d’accréditer l’idée selon laquelle les Africains déportés en Amérique étaient contents de leur sort et de leurs maîtres, l’historiographie officielles a souvent cherché à passer sous silence les innombrables et permanentes révoltes d’esclaves. La vérité est qu’aucune contrée de l’Amérique n’a été épargnée de révoltes de ceux qu’on appelait les nègres marrons.
L’île de Surinam est un ensemble de 400 plantations de canne à sucre. Dans ces plantations des nègres travaillent jour et nuit. Au rythme du fouet. Dans ces plantations l’espérance de vie est de sept ans maximum. Alors à la tombée de la nuit les nègres essaient de s’échapper de cet enfer. Ceux qui sont rattrapés sont pendus par un crochet de fer leur traversant les côtes. Ou alors ils sont écartelés ou crucifiés. Les autres, ceux qui arrivent à échapper aux chiens et aux chasseurs de primes lancés à leurs trousses, s’enfoncent dans les entrailles des forêts ou des marécages et y construisent leurs demeures. On les appelle les cimarrons, mot qui veut dire « flèche qui cherche la liberté ».
Rivonia Procès : oute ma vie…

Dans les faubourgs de Prétoria se déroule ce 11 juillet 1963, un procès qui aura un retentissement international.
Dans le box des accusés : les principaux leaders de la résistance clandestine anti-apartheid dont, notamment, Nelson Mandela et Walter Sisulu. Principal inculpé de ce procès, Mandela s’y défendra lui-même. Il conclura sa plaidoirie par des mots qui feront le tour du monde : « Toute ma vie, j’ai lutté pour la cause du peuple africain. J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai adopté pour idéal une société démocratique et libre où tout le monde vivrait ensemble dans la paix et avec des chances égales. J’espère vivre pour le conquérir, mais c’est aussi un idéal pour lequel je suis prêt, s’il le faut, à mourir. »
Selon la loi sud-africaine « quiconque vise à changer l’ordre social, politique ou racial existant » est considéré comme un « terroriste » et passible de 5 ans de prison maximum. Mandela et ses compagnons seront condamnés à la détention criminelle à perpétuité.
Aristides Perreira : Il vient du Cap-Vert

Le 5 juillet 1975 les îles du Cap-Vert accèdent à l’indépendance. L’artisan de cette indépendance s’appelle Aristides Perreira.
Paré de fétiches d’espoirs Perreira distribue à tous les caps des paquets d’espoirs. Vert comme l’espérance il vient du Cap-Vert. Si tu veux être grand, conseille-t-il à son peuple, construis ta citadelle droite et haute afin qu’on dise qu’elle a jailli de tes entrailles et n’est point une réplique.








































