Près d’un mois après les premières négociations, les dirigeants ukrainiens et russes se sont retrouvés les 3 et 4 février à Abou Dhabi aux Émirats arabes unis, pour de nouveaux pourparlers en vue de mettre un terme à la guerre entre leurs deux pays, qui s’enlise depuis quatre ans. Des négociations qui se butent à des difficultés extrêmes.
Les discussions se tiennent sous l’égide des États-Unis, alors que sur le terrain, la situation continue de se détériorer, la Russie allant même jusqu’à menacer d’intensifier ses frappes sur l’Ukraine si Kiev n’acceptait pas ses conditions.
Les principaux points d’achoppement concernent d’abord l’occupation territoriale. La Russie réclame notamment que les forces ukrainiennes se retirent des zones encore sous son contrôle dans la région de Donbass, qui englobe Donetsk. Kiev de son côté refuse à juste titre de céder ces terres, considérant qu’elles font partie intégrante de son espace.
Ce territoire industriel et minier de l’est du pays, riche en hydrocarbures et contrôlé à 80% par la Russie, est l’épicentre des combats. Il abrite les plus puissantes défenses ukrainiennes face au assauts russes.
L’autre sujet qui crispe les deux camps a trait aux conditions de sécurité face à la poursuite des frappes russes. Pas plus tard que la veille du début des pourparlers, Moscou avait lancé de nouvelles frappes massives sur les sites énergétiques ukrainiens. L’attaque russe a impliqué des centaines de drones et missiles, provoquant de nouvelles coupures de chauffage et de courant dans la capitale et dans plusieurs grandes ville d’Ukraine, alors que les températures nocturnes avoisinent les -20 C, contraignant les habitants à s’abriter dans les bouches des métros.
À la suite de ces attaques qui ont visé Kiev après quelques jours de répit obtenus par ses soins, le président américain Donald Trump a déclaré qu’il voulait que Vladimir Poutine « mette fin à la guerre ». Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a promis, après ces frappes russes, que « le travail de l’équipe de négociation sera adapté en conséquence », sans livrer de plus amples détails.
Un remake des discussions entamées en janvier
Les discussions se poursuivent et des progrès sont escomptés au cours des semaines à venir. Russes, Ukrainiens et Américains s’étaient déjà retrouvés aux Émirats arabes unis fin janvier pour débattre du plan proposé par Washington afin de mettre fin à la guerre, devenue le pire conflit armé en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, faisant des dizaines de milliers voire de centaines de milliers de mort et des millions de réfugiés. Celle-ci avait été déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.
La délégation ukrainienne à ces négociations est emmenée par le chef du Conseil de sécurité nationale et ancien ministre de la Défense, Roustem Oumerov, réputé fin diplomate, assisté par un émissaire de la nouvelle administration présidentielle, tandis que le principal négociateur russe est le chef du Renseignement militaire Igor Kostioukov, sous sanction occidentale pour son rôle déterminant dans l’invasion de l’Ukraine.
Au deuxième jours des débats, le chef de la délégation ukrainienne a expliqué que le schéma des discussions reste inchangé. « Nous travaillons dans le même format qu’hier : consultations trilatérales, groupe de travail et alignement des positions en conséquence », a expliqué Rustem Umerov.
Un accord russo-ukrainien pour un échange de prisonniers

Malgré les difficulté, les négociateurs sont parvenus à un premier accord important. « Aujourd’hui, les délégations des États-Unis, d’Ukraine et de Russie, réunies à Abou Dhabi, sont convenues d’échanger 314 prisonniers, le premier échange de ce type en cinq mois », a annoncé le négociateur principal américain Steve Witkoff sur X.
« Ce résultat a été obtenu grâce à des pourparlers de paix approfondis et productifs. Bien qu’il reste encore un travail significatif à faire, des avancées comme celle-ci démontrent que l’engagement diplomatique soutenu produit des résultats concrets et contribue aux efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine », souligne-t-il.
Au terme de la première journée de discussions, mercredi, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dit tabler sur un nouvel échange de prisonniers « dans un avenir proche ».
USA-Iran
Les pourparlers sur le nucléaire iranien prévus à Istanbul suspendus

L’option militaire a de nouveau été évoquée, alors qu’Américains et Iraniens se préparaient à des discussions à Istanbul en Turquie sur le dossier nucléaire iranien. Les pourparlers sont à présent plongés dans l’incertitude en raison d’un désaccord majeur sur le fond des débats.
Les discussion prévues le vendredi 6 février semblent désormais compromises, dans un climat de confusion diplomatique. Selon le site américain Axios, proche du dossier, les pourparlers auraient été tout simplement annulés. D’autres sources estiment toutefois que la rupture n’est pas définitive et qu’un compromis reste possible si Téhéran faisait preuve de souplesse.
La cause de l’embrouille serait le périmètre même des discussions. L’Iran exige que les débats se limitent strictement à son programme nucléaire et plus précisément sur son stock d’uranium enrichi, estimé à environ 400 kilos. Washington par contre souhaite un agenda beaucoup plus large, comprenant non seulement le nucléaire mais aussi le programme de missiles balistiques iraniens, le financement des organisations armées alliées de Téhéran et la répression de l’opposition intérieur.
La situation est d’autant plus tendue que les négociations ont déjà connu plusieurs rebondissements. Initialement prévues à Istanbul, elles avaient été délocalisées vers Oman, à la demande de l’Iran. Un changement que les Américains semblent prêts à accepter, à condition que tous les dossiers soient abordés. Donald Trump s’était dit confiant sur la possibilité d’un accord, après avoir fait planer la menace d’une intervention militaire et envoyé une dizaine de navires dans le golfe.
Plusieurs demandes au cœur du différend
Washington demande l’arrêt du programme nucléaire iranien et l’abandon du stock d’uranium déjà enrichi, et de limiter les missiles balistiques que l’Iran considère comme cruciaux pour sa défense, et qui sont notamment capables d’atteindre Israël. Les États-Unis veulent aussi le démantèlement de ce que Téhéran appelle « l’Axe de la résistance », c’est-à-dire ses bras armés régionaux tels que le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen.
En retour, Téhéran demande la levée des sanctions internationales qui affectent son économie. L’Iran, qui a pendant des années refusé d’entrer en matière sur ces demandes, semble désormais disposé à effectuer quelques concessions, mais seulement sur la question nucléaire.
Une répression sanglante

La pression s’accentue depuis début janvier sur Téhéran, après la répression dans le sang d’un vaste mouvement de contestation de la République islamique, en place depuis 1979, déclenché au départ par des manifestations contre le coût de la vie.
L’ONG Human Rights Activists News Agency, établie aux États-Unis, a recensé plus de 42 000 personnes arrêtées et confirmé 6 842 morts dans la mobilisation, en majorité des manifestants. Le nombre de victimes pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17 000 décès en cours d’examen.
Invoquée comme raison principale par Donald Trump lorsqu’il a envoyé ses troupes dans la région, la protection des manifestants iraniens face à la répression du régime ne semble plus être à l’ordre du jour.
Les États-Unis devaient être représentés à ces pourparlers, négociés grâce à la médiation de l’Égypte, du Qatar, du Sultanat d’Oman et de la Turquie, par Steve Witkoff, l’émissaire de Donald Trump, tandis que l’Iran par son chef de la diplomatie Abbas Araghchi.








































