
Sous pression militaire et diplomatique, les forces rwandaises opérant en appui du M23 se sont retirées le 16 janvier 2026 de la ville d’Uvira au Sud-Kivu, dans le cadre du cessez-le-feu initié par le processus de Doha. Retour sur la genèse et les 40 jours d’occupation rwandaise.
Les forces armées rwandaises RDF ont lancé des offensives violentes dans la plaine de la Ruzizi. Mêlant stratégies non-conventionnelles et en armant la milice Twiraneho, elles ont réussi à prendre le dessus sur les Forces armées congolaises, les Fardc, et leurs alliés dans le front sud, l’armée burundaise et les Wazalendo.
Cette contrée est réputée pour sa résistance associée aux groupes armés ethniques jadis appelés Mayi-Mayi. Aussi, sur les lignes de front devenues multi-front, l’armée numérique de Kigali va démoraliser les populations dans la zone et pousser le verrou qui maintenait la ville d’Uvira, alors que la guerre se déroulait encore à plusieurs dizaines de kilomètres.
Uvira est tombée sans bataille le 10 décembre 2025, au moment où l’armée congolaise venait d’annoncer un « repli stratégique » visant à préserver la ville et sa population du carnage. Ceci n’a pas empêché les envahisseurs de massacrer environ 1 500 personnes, à en croire le porte-parole du gouvernement congolais dans sa communication y afférente.
Des scènes de pillages rapportées

Située à proximité de la capitale économique burundaise Bujumbura, la ville d’Uvira a été systématiquement pillée dès l’entrée de l’armée rwandaise opérant en appui au mouvement rebelle M23, qui s’était autoproclamé libérateur. Peu avant la chute de la ville, celle-ci servait déjà de capitale provisoire de la Provinciale du Sud-Kivu, où siégeait le gouverneur de cette entité, Professeur Jean-Jacques Purusi Sadiki.
Selon un témoin des événements, « plusieurs infrastructures servant pour l’administration provinciale avaient été saccagées. Des véhicules ont également été emportés vers le Rwanda. Le port de Kalundu avait été décrit comme l’épicentre de ces opérations criminelles » perpétrées selon le schéma habituel depuis la première guerre d’agression en 1996, lorsque l’armée rwandaise pénètre dans une ville congolaise.
Des déplacements massifs des populations vers le Burundi voisin
De même, les rébellions rwandaises pilotées par des Congolais ont toujours viré en des cruels épisodes d’épuration ethnique. Des populations civiles de la zone est du pays en savent trop. Des récentes expériences, on peut citer à titre d’illustration les massacres de Kishishe ou même de Goma. Les habitants d’Uvira ont refusé de revivre ces scènes macabres. Beaucoup d’entre eux ont pris la direction du Burundi pour s’installer dans les camps des réfugiés, où ils ont malheureusement vécu également le calvaire, sans hébergement adéquat ni assistance alimentaire et sanitaire digne de ce nom.
D’autres encore ont réussi à percer vers Kalemie, chef-lieu de la Province du Tanganika et une ville au bord du lac éponyme, fuyant le spectre des vieux souvenirs relatifs notamment aux fameux massacres de Tingitingi advenus durant l’avancée de la rébellion de l’Afdl.
Les 40 jours d’occupation avant le retrait de l’armée rwandaise

Comme ils en ont l’habitude, après avoir saccagé la ville, les envahisseurs ont mis en place une administration parallèle. Des travaux communautaires forcés ont été instaurés, tout comme a été organisé un ratissage brutal.
Pour se rassurer de la conquête, leur stratégie soft power a bel et bien été activée. Des meetings populaires et des entretiens avec les populations civiles qui n’ont pu quitter la ville ont été tenus. Un fait également frappant, les populations banyamulenge ont été mises à l’avant-plan dans la stratégie de sensibilisation contre le tribalisme. Une manipulation bien connue qui a toujours servi de béquille à l’infiltration.
Pendant ce temps, le coordonnateur de l’AFC/M23 multipliait les séances de communication en vue de sensibiliser les populations du Grand Katanga, qui était déjà dans son viseur. Dans une adresse aux cadres de son mouvement, il a déclaré : « Si vous entendez ‘’reculez !’’, ce n’est pas nous ». Une formule qui a été utilisée pour torpiller l’esprit du processus de paix de Doha, amorcé dans le cadre de la cessation des hostilités.
Paradoxalement et contre toute attente, un communiqué du porte-parole de la rébellion annonçait le retrait définitif d’Uvira le 16 janvier 2026. Ledit texte faisait allusion à une « mesure unilatérale de confiance destinée à favoriser l’aboutissement des négociations en cours sous médiation qatarie ».
La détermination des Fardc à repousser la menace loin du « coffre-fort » des minéraux stratégiques
À en croire toujours les témoignages sur le terrain, les forces armées congolaises ont redoublé d’efforts enfin d’empêcher la progression rebelle vers le Grand Katanga, jugé très stratégique et représentant à lui seul « le scandale géologique » congolais.
Néanmoins, les Rwandais n’avaient pas la volonté de capituler. Des infiltrés RDF devraient rester sur place et peaufiner une stratégie de reconquête. Un jeune homme arrêté dans la plaine de Ruzizi puis relâché par les rebelles avait affirmé avoir vu des missiles toujours braqués sur Uvira. Par ailleurs, révèle-t-il, « une réunion des responsables de l’administration parallèle rebelle avait été la cible de frappes de drones des Fardc dans un hôtel de la place ». Preuve que des agents étaient demeurés sur place.
Le gouvernement congolais a repris le contrôle total de la ville le 19 janvier 2026, pendant que le M23 exigeait que la sécurité de cette entité soit assurée par une force neutre, à l’image des « zones tampons » lors du déploiement des forces régionales de l’EAC.
Des arrestations avaient aussi été effectuées par les forces gouvernementales dans le cadre des opérations légitimes visant à stabiliser la ville à la reprise des entités autrefois sous contrôle des rebelles. L’objectif étant de la débarrasser d’éléments nocifs susceptibles de commettre des attentats et autres méfaits au nom du groupe rebelle, que d’aucuns pourraient d’emblée imputer aux forces loyalistes.
Une victoire diplomatique à l’actif du Président congolais

En réalité, les forces armées rwandaises se sont retirées dans les montagnes à proximité pour encercler la ville et maintenir la pression. Ainsi, dans leur retranchement, elles n’ont pas désarmé, mais plutôt elles ont maintenu l’offensive sur le front sud, constituant ainsi une menace sérieuse pour le gouvernement burundais, grand soutien de Kinshasa. À juste titre, le risque d’embrasement de la région, qui demeure par ailleurs palpable, a été évoqué dans certains cercles diplomatiques. Récemment, lors d’une attaque de drones kamikazes contenue par les Forces armées congolaises sur l’aéroport de Kisangani, revendiquée par le M23, des menaces directes ont été proférées à l’encontre du Burundi.
Pour sa part, Kinshasa a toujours exprimé sa volonté de mettre fin à cette guerre de façon définitive cette fois-ci, contrairement à l’occasion des autres accords signés dans le passé. Le Président Félix Tshisekedi a entrepris plusieurs missions à l’extérieur dans l’objectif de replacer la RDC au cœur des enjeux de l’heure et des grands débats des salons diplomatiques à travers le monde.
Selon certains analystes, cette stratégie rapporte gros dans la résolution de la crise dans l’Est du pays. Le récent retrait des troupes rwandaises de la ville d’Uvira en est une preuve éloquente. Pour d’autres, ce tempo est de nature à rapporter bien d’autres avantages en faveur de la RDC dans ce conflit.







































