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Discours d’investiture de Donald Trump : Entre nationalisme économique et protectionnisme, l’Afrique grande absente

President-elect Donald Trump speaks at a rally ahead of the 60th Presidential Inauguration, Sunday, Jan. 19, 2025, in Washington. (AP Photo/Matt Rourke)

Le 20 janvier, Donald Trump a signe son retour tonitruant à la Maison blanche. Il a prêté serment pour marquant son second mandat en tant que 47ème  président des États-Unis, avant de prononcer son discours d’investiture, très attendu tant par ses partisans que par ses adversaires, mais aussi à travers le monde.

Le premier discours de Donald Trump n’a pas dérogé aux thèmes qui ont rythmé sa campagne : nationalisme économique, protectionnisme et rejet des élites politiques traditionnelles. Pour ce qui est de l’Afrique, absente de la campagne électorale, le continent a également été absent de ses préoccupations exprimées par le nouveau président américain.
Dans ce discours très orienté vers les problèmes internes des États-Unis, et contrairement à ses prédécesseurs, notamment George Bush et Barak Obama, Trump n’a pas mentionné le continent, dégageant un réel désintérêt pour les enjeux globaux au profit d’une approche transactionnelle centrée sur les bénéfices immédiats pour les Américains.
L’Afrique n’a pas été mentionnée, même implicitement. Ce silence n’est pas anodin. Alors que ses prédécesseurs immédiats, comme Barack Obama ou George W. Bush, avaient évoqué le rôle des États-Unis dans le développement mondial, y compris sur le continent africain, Trump a choisi d’ignorer ce volet de la politique étrangère. Une omission qui reflète une priorité abondamment exprimée lors de sa campagne autour du slogan « Make America great again ».
Si, lors de son premier mandat, les relations avec l’Afrique se sont limitées à des enjeux économiques ou stratégiques précis, comme la lutte contre le terrorisme dans le Sahel ou la concurrence avec la Chine sur le continent, ces thèmes ont été totalement ignorés dans son discours de cette investiture. À en croire que cette absence démontre que le continent africain était, aux yeux de Trump, loin des priorités immédiates de sa politique.
Ce silence n’est pas seulement symbolique, mais délivre un message encore plus profond, du moins sur le plan diplomatique. En effet sous Trump, les États-Unis ont réduit plusieurs programmes d’aide internationale, notamment ceux touchant l’Afrique, et adopté une posture plus transactionnelle dans leurs relations internationales. Les partenariats traditionnels, souvent motivés par une vision de long terme du développement mondial, ont cédé la place à une logique immédiate de rapport coût-bénéfice.

Une politique africaine réduite au minimum

Image d’archive : Le président Donald Trump s’exprime lors d’un déjeuner de travail avec des dirigeants africains lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York mercredi. (Photo : kevin lamarque/Reuters)

Cette approche s’est traduite par une politique africaine réduite au minimum nécessaire. Les initiatives comme le plan Émergence de l’Afrique subsaharienne, soutenues par l’administration Obama, n’ont pas été renouvelées. En revanche, l’administration s’est concentrée sur des enjeux géopolitiques clés, comme la présence militaire américaine dans les zones de conflit ou la protection des intérêts économiques stratégiques.
Comme lors de son premier mandat, Donald Trump confirme la rupture dans la façon dont les États-Unis envisagent leur rôle mondial. Si l’Afrique est absente, c’est parce que le président des Etats-Unis souhaite orienter sa politique extérieure vers des engagements qui, selon lui, apportent un retour direct et immédiat à l’économie américaine, dont les finances sont dans le rouge.
Cette posture laisse les pays africains face à une réalité : celle d’un partenaire américain moins impliqué dans leurs problèmes structurels et plus concentré sur ses propres intérêts. Pour le continent, cette orientation ne signifie-t-elle pas une plus grande dépendance envers d’autres puissances mondiales, comme la Chine ou l’Union européenne, pour les questions de développement et d’investissement. Ou, pourquoi pas et de manière plus indépendante, développer des partenariats courageux et inédits entre les différentes communautés économiques qui composent le continent ?


Aucun président africain chez Trump : l’urgence pour une Afrique plus forte

Lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump, aucun chef d’État du continent africain n’a été invité. Une situation très déplorée. Dans un entretien à « Infos Matin » de TFM, Babacar Diagne, ancien ambassadeur du Sénégal à Washington, réagit sans détour.
Selon Babacar Diagne, « l’Afrique doit assumer ses responsabilités, en accélérant la mise en oeuvre de la Zlecaf, la Zone de libre-échange continentale africaine, pour renforcer son poids économique et diplomatique ».
Il poursuit : « Certains disent que c’est choquant, moi je dirais que c’est enrichissant. Ce qui se passe nous met devant nos responsabilités. Aucun chef d’État, aucun leader africain n’a été invité. Pour la première fois dans l’histoire des États-Unis. Je crois. Alors que c’est arrivé, extrêmement, rarement, peut être dès les premières années, que des pays africains soient snobés globalement ».
L’ancien ambassadeur du Sénégal aux États-Unis (2014-2018) déplore que des leaders africains de premier plan aient été exclus lors de l’investiture du 47ème président américain. « Aujourd’hui, Trump n’a invité personne. Il n’a invité ni Ibrahima Traoré (Burkina Faso), ni Assimi Goïta (Mali), ni Abdourahmane Tiani (Niger), même Félix Tshisekedi (RDC). Là, je peux comprendre, mais ne pas inviter William Ruto (Kenya), Tunubu (Nigeria), ne pas inviter Alassane Ouattara (Côté d’Ivoire), ça veut dire vraiment que c’est l’Afrique entière qui a été snobée ».

Les invités de Trump, « une coalition idéologique anti-migratoire »

Pour sa part, l’ancien directeur général de la Radio Télévision du Sénégal est encore plus critique après consultation de la liste des invités. « Aujourd’hui qui a été invité ? C’est le président argentin Javier Milieu, Giorgia Meloni la présidente du Conseil italien, Eric Zemmour (humoriste français), Nigel Farage (membre du Parlement du Royaume-Uni). Je pense que c’est une coalition idéologique et protectionniste, anti-migratoire. On comprend très bien, très clairement », dit-il.
Pour l’ancien directeur général de la RTS, cette absence flagrante de l’Afrique lors de l’événement a une signification claire : « Aucune trace de l’Afrique. Tout était centré sur l’Amérique. C’était l’Amérique, l’Amérique, l’Amérique », note-t-il. « Je crois que c’est très clair. Je pense que l’Afrique doit se libérer. Aujourd’hui, nous devons aller vers une coopération intra-africaine continentale solide. Nous devons accélérer la Zlecaf, nous devons accélérer de bâtir une Afrique politique, plus solide, plus unie ».

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