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Crise en RDC : Tshisekedi disposé à convoquer un dialogue national mais pose des balises

Le Président de la République démocratique du Congo, M. Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a affirmé la disponibilité de son gouvernement à un dialogue national, mais pas à n’importe quelle condition. Devant le corps diplomatique accrédité à Kinshasa à l’occasion des échanges des vœux, le chef de l’État s’est dit disposé mais a également défini le contour de ces assises.

Dans son adresse le samedi 31 janvier au Palais de la Nation à Kinshasa devant les ambassadeurs accrédités en République démocratique du Congo, le Président Félix Tshisekedi a tenu à apporter certaines précisions de taille. Pour lui, ces assises, si elles devaient avoir lieu, devraient se tenir dans le respect de la Constitution et des institutions légalement établies, en plus sans les auteurs des crimes liés à la guerre d’agression.
« C’est pourquoi nous réaffirmons notre ouverture à un dialogue entre Congolais, un dialogue apaisé, résolument destiné à consolider la cohésion nationale sans jamais remettre en cause les institutions issues du suffrage universel », a-t-il déclaré avant de préciser : « Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour tourner des responsabilités aux parties. Donc, dialogue oui, mais pas avec les auteurs de crimes commis sur nos populations ».
Le président Tshisekedi va plus loin à ce sujet, , faisant savoir que le dialogue ne peut nullement constituer un chèque en blanc. « La justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout et sans complaisance, afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression », a-t-il souligné.
Dans l’entre-temps, le gouvernement congolais s’emploie à assurer une vie digne aux populations de l’est de la République démocratique du Congo, qui continuent à subir les affres de l’agression rwandaise. Aussi, le Président Tshisekedi a relevé que son gouvernement « entend renforcer la coordination avec les partenaires humanitaires, régionaux et internationaux, et assurer protection, dignité, des solutions durables aux populations affectées et de créer des conditions d’un retour durable à la paix et à la stabilité ».

La médiation des confessions religieuses mise à mal par des relations chahutées

La tenue de ce dialogue avait été évoquée il y a bien une année. Et les confessions religieuses, chapeautées par la Conférence épiscopale du Congo (CENCO) et les évêques de l’Église du Christ au Congo (ECC), se voyaient bien dans le costume de médiateurs. Ils avaient présenté le 25 août 2025 leur « feuille de route pour une sortie des conflits qui ensanglantent le pays depuis trois décennies » et avaient même entamé des consultations en direction de toutes les parties prenantes.
Néanmoins, les relations régulièrement chahutées entre le pouvoir et les évêques catholiques, principalement, ne semblent pas être de nature à instaurer un climat de confiance mutuelle nécessaire à la conduite des discussions apaisées.


Le retour à la paix comme préalable au dialogue, selon Denis Mukwege

Les propos du Président congolais ont suscité des réactions dans les sens les plus divers. Pour sa part, le Prix Nobel de la paix, Dr Denis Mukwege, est plus catégorique. À son avis, « le dialogue intercongolais n’est pas la solution à la crise actuelle ; il faut commencer par gagner la guerre et restaurer l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC ». Il ajoute : « Une fois la guerre d’agression gagnée, les Congolais se réuniront entre eux, sans l’influence de Kigali, pour dialoguer et déterminer le chemin à suivre pour le futur ».
Chirurgien de renommée mondiale et fondateur de l’Hôpital Panzi à Bukavu, réputé pour « réparer » les femmes victimes de viol, Dr Mukwege estime également qu’« on ne peut pas dialoguer avec ceux qui ont versé le sang des Congolais ». Pour lui, « tous ceux qui ont le sang sur les mains, devront obligatoirement faire face à la justice ».
La plateforme politique Lamuka, opposition, dirigée par Martin Fayulu, a réagi favorablement à l’ouverture exprimée par le Président Félix Tshisekedi en faveur d’un dialogue politique excluant toute discussion avec les groupes rebelles. Son porte-parole, Prince Epenge, annonce que Lamuka dit prendre « acte de cette position, qu’elle considère comme un signal encourageant dans un contexte national marqué par de multiples crises politiques, sécuritaires et sociales ».
Pour Prince Epenge, l’essentiel ne réside ni dans l’identité de l’initiateur du dialogue ni dans le lieu où celui-ci se tiendrait. « Le plus important, ce sont les objectifs poursuivis », a-t-il fait savoir, insistant sur la nécessité de privilégier le fond plutôt que la forme.
Parmi les priorités absolues évoquées par le porte-parole de Lamuka figure également la récupération des territoires occupés, que cette plateforme voit comme « un enjeu central pour le rétablissement de la souveraineté nationale et d’une paix durable dans l’Est du pays ». À son avis, la position du Président congolais constitue « un pas dans la bonne direction ».
Il estime néanmoins qu’il faut se dépêcher, face à l’ampleur et la diversité des crises que traverse la RDC et qui imposent une réponse urgente et concertée. « Le dialogue demeure le cadre idéal pour trouver des solutions inclusives et durables aux défis actuels », pense-t-il mais il ajoute faire confiance « à la sagesse et à l’expérience des facilitateurs africains appelés à accompagner ce processus, espérant qu’ils sauront guider les parties prenantes vers un dialogue crédible, orienté vers l’intérêt supérieur de la nation ».

Les conditions du mouvement Ensemble pour la République pour un dialogue crédible

Le mouvement Ensemble pour la République s’est plutôt montré frileux face aux balises placées par le Président Tshisekedi et a exprimé ses conditions en vue d’un dialogue politique crédible. Selon son porte-parole, Olivier Kamitatu, « le dialogue ne pourra être jugé légitime que s’il est conduit sous l’égide d’une médiation morale et neutre », à l’image de celle proposée par la CENCO et l’ECC.
Le mouvement exige également comme préalables notamment la « libération des prisonniers politiques et d’opinion, la fin des poursuites judiciaires à caractère politique, la levée des restrictions à la délivrance des passeports et à la liberté de circulation des opposants ainsi que l’arrêt de toute répression visant les voix dissidentes ».
Le gouvernement n’a pas réagi à ces revendications. Mais fin janvier 2025, le Président congolais, dans une optique similaire, avait chargé son conseiller en matière de sécurité, M. Désiré Casimir Eberande Kolongele, de consulter la classe politique et la Société civile en vue d’un gouvernement d’union nationale censé désamorcer la crise. L’opération qui n’a pas reçu l’assentiment d’une vaste frange de l’opposition n’a pu atteindre l’objectif fixé. Espérons que chacun aura le temps de mettre de l’eau dans son vin pour enfin parvenir à un consensus en vue d’un dialogue crédible devant mettre un terme aux souffrances des populations, particulièrement dans l’Est.

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