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COP29 : La RDC à Bakou pour une juste compensation en tant que « pays solution »

La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a pris part à la 29ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP29) qui s’est tenue du 11 au 22 novembre à Bakou, en Azerbaïdjan, à la tête d’une forte délégation des personnalités congolaises, parmi lesquelles la ministre de l’Environnement Mme Ève Bazaiba.

La RDC se présentait en situation confortable au regard de ses atouts en tant que « pays solution » aux changements climatiques pour défendre ses intérêts en vue d’une juste compensation pour son rôle essentiel dans la préservation des écosystèmes mondiaux.
Pour rappel, la Première ministre avait mené un plaidoyer au mois d’octobre auprès des pays pollueurs pour une compensation financière équitable de crédit carbone en faveur des pays riches en massifs forestiers, comme la RDC, lors de la Conférence de Hambourg en Allemagne. À cette occasion, elle avait rappelé que la RDC devait être rétribuée à sa juste valeur.
La COP29 devait également débattre de la mise en œuvre opérationnelle du Fonds pour les pertes et dommages, afin de soutenir les communautés vulnérables et de renforcer la coopération internationale en matière de marché carbone.
La Première ministre Suminwa appelle à une action collective face à l’urgence climatique

S’exprimant le 13 novembre à Bakou devant les chefs d’États et des dignitaires mondiaux, Mme Judith Suminwa a appelé à une conjugaison d’efforts afin de freiner les effets du changement climatique. « Nous sommes réunis ici à Bakou, à la COP29, à un moment où notre planète fait face à une urgence climatique sans précédent. Nous constatons tous que le changement climatique s’accélère, compromettant nos projections et notre capacité d’adaptation », a fait savoir la Première ministre congolaise qui a précisé que « la clé réside dans l’action collective, qui doit être ambitieuse et reposer sur les principes de justice, d’équité et de solidarité ».
Elle a en outre relevé que ces effets n’épargnent pas son pays, malgré ses vastes étendues de forêts, sa riche biodiversité, ses réserves en eau douce, ses gigantesques zones de tourbières, ses immenses terres arables et ses nombreux métaux critiques pour la transition énergétique.

Nécessité de financer les pays vulnérables qui luttent contre le changement climatique

Un accord sur l’aide financière aux pays en développement est adopté à la COP29(Source : ici.radio-canada.ca)

« Pour répondre à cette crise, notre gouvernement a élaboré un plan national d’adaptation, qui souffre de manque de financement. Il est urgent d’assouplir les modalités d’accès au fonds d’adaptation et d’accélérer l’opérationnalisation du fonds de réponse aux pertes et préjudices afin d’accompagner efficacement les pays vulnérables tels que la République démocratique du Congo dans leurs efforts à lutter contre les effets néfastes du changement climatique », a souligné Mme Suminwa.
Elle a enfin saisi cette opportunité pour dénoncer l’agression rwandaise que subit la RDC qui enregistre des pertes importantes en matière de biodiversité et dont le budget s’érode pour soutenir l’effort de la guerre injuste lui imposée par Kigali, au détriment de projets d’investissement dans la résilience climatique. « Cette situation devrait interpeller davantage la communauté internationale », a estimé Judith Suminwa qui a assuré que son pays reste « disposé à établir des partenariats stratégiques gagnants-gagnants bénéfiques pour nos communautés et notre planète ».


Bakou : la société civile refuse de mourir en silence

À Bakou, la COP29 dans l’impasse ? (Source : la-croix.com)

À côté des discours officiels des politiques et des spécialistes du climat à la COP29 à Bakou, la société civile donne de la voix. Elle ne veut ni mourir en silence, ni être un cobaye des « gros pollueurs ».

Par Michaël Gorba

Depuis quelques années, la problématique du climat se pose avec acuité. Pendant que les pays industrialisés refusent de payer à la hauteur de leur degré de pollution, les acteurs de la société civile donnent de la voix. Le hic est que les pays industrialisés tels que les États-Unis, la Chine, la Russie, refusent de réduire la production de leur gaz à effet de serre. Pendant ce temps, ils en réclament la réduction des pays en voie de développement.
Les négociations sur le financement pour lutter contre le changement climatique ont été longues et difficiles. Les pays en développement, la RDC en chef de file, ont appelé à des financements plus importants pour aider à réduire leurs émissions et à s’adapter au changement climatique. Cependant, les discussions ont été bloquées par des désaccords sur les montants et les modalités de financement.
La COP29 avait pour objectif de fixer un « Nouvel objectif collectif quantifié » pour aider les pays en développement dans leurs effort de lutte contre le réchauffement climatique. Cependant, les négociations ont été ralenties et il reste encore beaucoup de travail pour atteindre l’objectif.
Le Sommet COP29 à Bakou a été marqué par une attention portée au rôle de l’industrie dans la lutte contre le changement climatique, des négociations difficiles sur le financement et une présence importante de lobbyistes de l’industrie pétrogazière.

À couteaux tirés avec les lobbyistes

Plusieurs ONG ont dénoncé la présence en grand nombre de lobbyistes affiliés à l’industrie pétrogazière, armés pour influencer les décisions de la COP29. Cela a soulevé des inquiétudes quant à la neutralité de la conférence et à la capacité des pays en développement à obtenir des financements pour leurs initiatives climatiques.
Des ONG et de nombreuses organisations de la société civile ont organisé un sit-in en silence en vue de se faire entendre. « Sans feu vert pour la marche climat, la société civile a donc dû imaginer des alternatives pour cette COP29 », écrit le site de Rfi. « On doit être assez silencieux. On a le droit de murmurer, on a le droit de claquer des doigts, mais surtout ce qu’on fait, c’est une chaîne humaine géante tout au long du hall de la COP, pour que tous les négociateurs qui passent puissent voir nos messages », constate Mme Teresa Anderson d’ActionAid international qui tire derrière elle une immense banderole.
« C’est une facture de 5 000 milliards de dollars qui chiffre les besoins des pays du sud pour faire face au changement climatique et le coût des dommages après une catastrophe. C’est une facture qu’on adresse à ceux qui sont à l’origine de cette crise pour leur dire : «Hey ! Vous devez rembourser pour les dégâts que vous avez causés !» », décrit-elle.
Un autre fait de ce sommet est la proposition de certains participants relatifs à des technologies de capture de carbone. Près de 500 lobbyistes de cette technologie dont l’efficacité reste à démontrer, ont fait le déplacement de Bakou. L’Afrique semble être un spectateur de ce mélodrame.


COP 29 : Eve Bazaiba pour un partenariat gagnant-gagnant

La ministre de l’Environnement et Développement durable, Eve Bazaïba (Image d’illustration)

Ministre d’Etat, ministre congolais de l’Environnement et du Développement durable, Eve Bazaiba Masudi, n’a pas l’habitude de mettre des gants , ou de se confondre dans des circonlocutions de langage, quand il s’agit de vendre le produit Congo en matière de l’environnement et du climat.
Présente au Sommet de la COP 29 à Bakou, elle a été de tous les conciliabules, de toutes les négociations de couloirs, pour défendre les atouts de la Rdc, dans le processus de séquestration du carbone, et d’en exiger en retour, une juste compensation.
Dans une interview au magazine Jeune Afrique, elle revient sur un des motifs de satisfaction du Sommet de Bakou: la signature de l’accord 6.4 qui encadre la vente des crédits carbone.
« Le prix de la tonne de carbone doit être le même dans les pays du nord et ceux du sud, pour que nous puissions constituer un partenariat gagnant-gagnant», a dit d’emblée la ministre congolaise.
L’article 6.4 fait partie de l’accord de Paris. Sa signature vient ainsi de mettre fin à des années de flou et d’incertitudes, dans le domaine de l’encadrement des échanges internationaux des crédits carbone entre les pays et les entreprises.
«Ce nouveau cadre clarifie le fonctionnement du marché carbone supervisé par les Nations Unies, renforce les garanties en matière des droits humains, et normalise les méthodologies d’évaluation des projets d’élimination du carbone», a précisé Madame Bazaiba.
Les couverts de la Rdc, les deuxièmes plus vastes du monde après ceux de l’Amazonie, rendent un grand service à l’humanité. Aujourd’hui, le monde nous demande de ne plus utiliser le bois comme source d’énergie, et d’adopter une gestion plus durable de ces forêts. Mais cela demande des moyens, souligne la ministre.
«Quand on ne parle que des montants, on passe pour des quémandeurs. Mais nous parlons ici des questions de vie ou de mort, de potentielle disparition de l’humanité», conclut la ministre.


300 milliards de dollars d’aide en trompe-l’œil, selon des ONG et des négociateurs

Des délégués quittent une salle de plénière à la COP29 de Bakou. ©REUTERS (images.lecho.be)

La COP29 s’est achevée le 24 novembre sur un accord de financement par les pays développés à hauteur de 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, soit le triple par rapport à l’objectif précédent de 100 milliards fixé en 2009 pour 2020, afin d’aider les pays vulnérables à protéger leurs populations et leurs économies contre les catastrophes et partager les avantages de l’essor des énergies propres.

Par Onésha Afrika avec Rfi

Malgre les efforts, le nouveau montant demeure loin des attentes et des besoins des pays en développement. Ainsi certains, ONG et négociateurs, estiment qu’il ne s’agit pas d’un triplement effectif. D’emblée, ils mettent en avant l’inflation qui rogne l’aide promise. Difficile de se projeter à horizon 2035, mais d’ores et déjà, ils estiment que pour 100 milliards de dollars en 2009, il en faudrait environ 150 milliards pour réaliser les mêmes actions aujourd’hui.
Ensuite, ils relèvent que le calcul des aides est direct et, de l’aveu d’expert, difficile à calculer tant les leviers de financements sont variés. Alpha Kaloga, négociateur guinéen, estime que l’effort direct des pays développés sera inférieur à 300 milliards de dollars. Selon son calcul, les banques multilatérales de développement seront en mesure de fournir 120 milliards de dollars en 2030 sous forme de prêts, assure-t-il.
Or l’accord incorpore une nouveauté sur la comptabilisation des aides. Harjeet Singh du Climate Action Network l’illustre avec l’exemple de Pékin. « Si la Chine fournit de l’argent via des institutions comme la Banque mondiale, cet argent sera comptabilisé. Si la Chine l’accepte », prévient-il.
Au-delà de savoir qui paie, l’une des questions principales, c’est sous quelle forme. « Il n’y a pas de démarcation claire entre la part de fonds mobilisés sous forme de subvention et celle qui sera mobilisée sous forme de prêt », explique Harjeet Singh. Une différence qui a d’autant plus d’importance quand les pays bénéficiaires sont déjà endettés.

Pourquoi avoir accepté l’accord

Après deux nuits de prolongations, les pays vulnérables se sont résignés à cet engagement qui relève l’engagement. Pourtant, quelques heures auparavant, les pays en développement et les petits États insulaires avaient quitté une consultation avec ce même montant.
Pendant quelques jours, des voix s’élevaient même, y compris au sein du groupe Afrique, pour dire qu’il valait mieux ne pas avoir d’accord du tout plutôt que d’avoir un mauvais accord. Alden Meyer, associé principal chez E3G, groupe de réflexion sur le changement climatique et vétéran des COP, identifie plusieurs raisons à ce compromis accepté.
« Les pays en développement ont vraiment besoin de plus d’aide financière. Ce n’est pas ce qu’ils voulaient. Évidemment, c’est loin d’être suffisant. Mais je pense qu’à la fin de ces deux semaines, ils ont compris que leurs partenaires des pays en développement n’allaient pas remonter l’objectif bien au-delà des 300 milliards de dollars », analyse-t-il.
Il ajoute : « Je pense que la présidence de la COP29 est un facteur qui a joué un rôle ici. Les négociateurs avec qui j’ai parlé ne voulaient pas passer plus de temps l’an prochain à travailler sous cette présidence pour essayer d’obtenir un accord. Ils voulaient en terminer et ne plus avoir à travailler sous cette présidence. Et puis il y aura un nouveau président aux États-Unis dans deux mois, et même s’il a dit qu’il se retirerait de l’Accord de Paris, il y a une incertitude sur le comportement des négociateurs dans ce processus ».
Mais il faudra reconnaître que la COP29 a franchi une étape décisive sur le crédit carbone, sur l’importance des avis des peuples autochtones et des communautés locales dans l’action climatique ainsi que sur l’amélioration de la transparence et de la mise en œuvre de REDD+, conformément à l’objectif du bilan mondial d’inverser la déforestation et la dégradation des forêts d’ici à 2030.

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