Le « Club congolais du Risk management » a affirmé sa détermination dans la sensibilisation à la culture des risques et des assurances en République démocratique du Congo, à l’issue d’une conférence de deux jours tenue les 30 et 31 octobre à Kinshasa, au Fleuve Congo Hotel, avec la participation des personnalités des secteurs des assurances, des microfinances, des banques, des mines et des télécoms.
La conférence, tenue sous le thème : « Osons l’excellence en gestion de risque en RDC », a constitué l’occasion de rappeler que dans le monde où l’on vit, l’incertitude n’est plus une exception mais la règle. « Pandémie, cyberattaque, crise climatique, instabilité politique, rupture technologique sont autant de maux qui composent le paysage permanent par lequel les organisations doivent évoluer, a dit Mme Esther Misheng, présidente-fondatrice du groupe Credassur et du « Club congolais du risk management ».
Dans cette optique, elle a expliqué que son club « est engagé à accompagner la sensibilisation en RDC à la culture des risques et la sensibilisation dans les assurances. C’est un club qui se positionne comme un acteur majeur pour vulgariser, sensibiliser à la gestion des risques en RDC et accompagner le secteur des assurances dans la vulgarisation de son activité ».
Pour Mme Misheng, si le risque est partout, la peur du risque, elle, ne doit pas être nulle part, car le véritable leadership, c’est précisément la capacité de transformer l’incertitude en opportunité, les dangers en levier de progrès. « Le risque n’est pas un ennemi, mais un partenaire stratégique. Pendant longtemps, nous l’avons perçu comme quelque chose à éviter, à contrôler et à repousser. Pourtant, les grandes réussites économiques et politiques naissent d’une gestion lucide et proactive du risque. Regardons les grandes entreprises innovantes, elles ne réussissent pas parce qu’elles évitent les risques, mais parce qu’elles les comprennent, les mesurent et les orientent », a-t-elle fait remarquer.
Ainsi, le risque management moderne n’est pas un simple bouclier, mais un tableau de bord stratégique, une manière d’éclairer la prise de décision à long terme ; c’est l’art de répondre à la préoccupation de savoir quels risques nous sommes prêts à assumer et pour quel bénéfice, a-t-elle précisé.
Le risque management moderne, un tableau de bord stratégique

Énumérant les trois piliers d’une culture du risque moderne, elle a cité en premier lieu « la vision », car tout commence par la clarté du cap. « Sans vision partagée, les risques deviennent des entraves. Avec une vision forte, ils deviennent moteurs. Les dirigeants doivent donc incarner cette lucidité stratégique, reconnaître les menaces, mais surtout détecter les opportunités cachées derrière elles », a préconisé la président de Credassur qui ajoute qu’il faut ensuite penser à « la préparation », car gérer les risques, c’est investir dans la prévoyance qui sont les systèmes d’alerte, la cybersécurité, la formation, la continuité d’activité.
Enfin, elle a cité en dernière position « la transparence », estimant que trop souvent, les risques se cachent derrière le silence ou la peur du blâme et qu’une culture saine du risque repose sur la confiance, celle qui permet à chacun de signaler un danger, un doute, une faiblesse, sans crainte mais avec responsabilité.
« Aujourd’hui, la frontière entre les risques économiques, les risques sociaux, les risques environnementaux s’efface. Les dirigeants modernes doivent penser en écosystème. Un incident climatique peut devenir une crise financière. Une faille de sécurité peut se transformer en perte de réputation internationale. Une mauvaise gouvernance du risque peut détruire des décennies de confiance. Mais à l’inverse, une gestion exemplaire du risque peut devenir un avantage compétitif, un atout diplomatique, une marque de confiance. Les nations, comme les entreprises, sont jugées demain sur leur résilience autant que sur leur performance », a-t-elle fait savoir.
Pour Mme Misheng, le défi d’un dirigeant n’est pas de supprimer les risques mais d’opter pour ceux qui valent la peine d’être pris, car il n’y a pas d’innovation sans risque, pas de transformation sans incertitude, pas de progrès sans audace. « Le risque management dans cette vision devient un art de gouverner, de dire ‘’nous savons où nous allons, nous savons que le risque existe et nous savons pourquoi nous l’acceptons’’. Le monde n’a pas besoin de dirigeants prudents mais courageux, éclairés, capables de transformer les risques en opportunités. Le risque management n’est pas une crainte administrative mais une philosophie de leadership, d’éthique, de la responsabilité, un outil de performance », a-t-elle affirmé.
La 2ème édition de la conférence annuelle du « Club congolais du Risk management » marquée par la cartographie des risques

Une journée de formation sur la cartographie des risques et les plans de continuité des affaires a marqué cette 2ème édition. Elle était destinée à aider les participants à mettre en pratique et comprendre réellement la mise place d’une cartographie des risques dans l’entreprise. Une soirée d’excellence a clôturé ces assisses, au cours de laquelle des prix ont été remis à 14 entreprises qui se distinguent principalement dans la gestion des risques du secteur télécom, financier, santé et des assurances, comme dans les domaines de ressources humaines, à savoir celles qui accordent la chance aux étudiants, aux femmes et aux personnes qui n’ont pas d’expérience professionnelle ou qui mettent en place la mobilité interne et un système de rémunération équitable.
Pour sa part, le deuxième vice-président du Sénat congolais, M. Modeste Bahati Lukwebo, également professeur en Assurances et ancien directeur général de la Société nationale d’assurances (Sonas), a fait savoir que depuis la libéralisation de ce secteur en RDC, son marché a connu une grande expansion sans toutefois atteindre l’idéal, du fait de l’inculture en la matière et du faible accompagnement institutionnel.
À cet effet, il a proposé plusieurs actions devant être entreprises par le gouvernement, les sociétés d’assurances et tous les intermédiaires du marché, les institutions de formation, le patronat, les syndicats, les formations médicales et la société civile. « Si je devais synthétiser, depuis la définition jusqu’à la gestion et les mesures préventives, je peux dire qu’il faut bien identifier le risque, savoir l’évaluer et le mesurer, il faut des mesures de prévention et de réduction des risques, penser au transfert et à la mutualisation, au suivi et à une réévaluation périodique », a relevé M. Bahati.
Se réinventer et se remettre en question pour prétendre être résilient

De son côté, Alain Kanyinda, directeur général de l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances (ARCA), a indiqué que dans un secteur aussi dynamique et stratégique, il faut sans cesse se réinventer, se remettre en question et rester en alerte pour prétendre être résilient. « Il nous faut, nous dont la mission consiste à veiller à la protection des assurés et des bénéficiaires des contrats d’assurances, davantage développer et consolider cette culture d’excellence, de prise en compte, de gestion et de maîtrise des risques afin de ne pas nous laisser surprendre ou pris au dépourvu face aux aléas opérationnels et systémiques », a-t-il conseillé.
La conférence, parrainée par le gouverneur de la Banque centrale du Congo, M. André Wameso et l’ARCA, avait pour objectif de promouvoir une culture nationale de l’excellence en « Risk management », en mettant en lumière les acteurs, les politiques ainsi que les institutions et les bonnes pratiques qui renforcent la résilience et la performance durable des organisations congolaises.
Cette édition a été marquée par la publication du Baromètre 2025 du risque financier en RDC par Deloitte RDC ainsi que par plusieurs interventions d’éminents orateurs qui ont abordé différents sujets au cours des panels, notamment « Construire des institutions de microfinance résilientes et performantes face aux risques systémiques », « Conformité à la performance : l’excellence en gestion des risques bancaires », « Secteurs minier, télécom, public et industriel », « Mise en place d’un cadre et d’un dispositif efficace de gestion des risques » et « Cartographie des risques et Plan de continuité d’activités ».







































