Deux soldats burundais ont trouvé la mort et deux autres ont été blessés lors d’un accrochage survenu dans la réserve naturelle de la Kibira, entre les communes Mugina et Bukinanyana, dans la nouvelle province de Bujumbura (Ouest). L’incident, rapporté par SOS Médias le 8 août, s’est produit dans la nuit du 16 au 17 juillet et serait lié à un différend autour de l’exploitation illégale de l’or dans cette zone frontalière avec le Rwanda.
Selon des sources sécuritaires burundaises, les militaires tués dans ce différend qui a opposé d’autres hommes en armes faisaient partie d’un détachement officiellement chargé de sécuriser cette zone frontalière. En réalité, ils participaient eux-mêmes à l’extraction clandestine de minerais sur la colline de Natwana, un site riche en or. C’est lorsqu’un sous-groupe de soldats a tenté de s’approprier une importante quantité de minerai qu’un échange de tirs a éclaté. « Deux soldats sont morts sur le coup, deux autres ont été blessés », confirme une source militaire locale.
La colline de Natwana n’est pas un cas isolé. Des sites d’extraction illégale seraient également actifs dans les sous-collines de Barrière, Rutabo, Gafumbegeti, Giserama, Nderama, Ruhembe et Ruhororo. Selon plusieurs sources concordantes, des militaires y auraient installé des postes non officiels, opérant à l’abri du regard de l’administration et de la population.
« On croyait encore être en opération contre les FLN (NDLR : Forces de libération nationale, mouvement armé appartenant à un parti d’opposition rwandaise, le CNRD, fondé en 2016). Mais en réalité, les tranchées que l’on découvre aujourd’hui sont des puits d’or illégalement exploités par nos propres hommes », a confié le 8 août à SOS Médias un militaire déployé dans la zone, visiblement amer.
D’après un responsable local de l’armée commis à la surveillance de la réserve naturelle de Kibira, où à en croire SOS Médias Burundi des militaires burundais reconvertis en orpailleurs sont installés, l’ordre de rechercher des minerais ne viendrait pas du terrain. Il aurait été donné par de hauts gradés de l’armée basés à Bujumbura, la capitale du pays, où est établi le siège de l’état-major de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), qui organiseraient eux-mêmes le transport de l’or collecté. Des affirmations difficiles à vérifier, surtout que l’administration reste muette.
Un pillage organisé sous couvert de sécurité
« Nous ne recevons rien. Ce sont les chefs qui s’enrichissent », dénoncent plusieurs soldats sous anonymat, affirmant qu’ils sont contraints de remettre l’or trouvé à leurs supérieurs. Quant aux orpailleurs légaux, ils se sentent étouffés. Les responsables des coopératives d’orpaillage légalement constituées se disent impuissants face à cette situation. En possession de documents officiels, ils assurent avoir tenté d’alerter l’administration, sans succès.
« Dès que nous parlons, on nous accuse de vouloir semer le désordre. Tout le monde a peur », raconte un orpailleur local sous couvert d’anonymat. Interrogés par SOS Médias Burundi, les administrateurs et officiers des communes concernées se montrent évasifs : « Ce sont des groupes non identifiés qui exploitent illégalement l’or. Nous sommes à leur recherche », déclarent-ils prudemment.
Pendant ce temps, l’exploitation illégale de l’or se poursuit dans la réserve naturelle de la Kibira. Officiellement zone protégée et stratégique, elle est aujourd’hui devenue un théâtre d’enrichissement illicite au sein même des forces armées. xDes vies ont été perdues, et tout se déroule dans un silence pesant, sans enquête ouverte ni sanctions annoncées. « C’est un pillage organisé des ressources nationales, sous prétexte d’opérations de sécurité », s’indigne un acteur de la société civile locale.







































