Au moins 45 personnes sont mortes à la suite des violentes manifestations et des pillages quasi généralisés survenus en Angola, pays d’Afrique australe et deuxième producteur africain de pétrole après le Nigeria, mais où de nombreuses personnes vivent dans la pauvreté et sont descendues dans la rue pour crier leur ras-le-bol contre la hausse du prix des carburants qui a rendu la vie chère.
Le gouvernement angolais a pris une décision, applicable depuis début juillet, augmentant les prix des carburants, qui sont passés de 300 à 400 kwanza le litre, soit de 0,28 à 0,38 euros, dans un pays où la pauvreté est très répandue malgré un secteur pétrolier florissant. Si ce montant peut paraître modeste, il représente une charge considérable pour une population déjà fragilisée par une économie instable. L’augmentation a produit un effet domino qui s’est amplifié par l’augmentation des coûts des transports publics et des taxis, rendant les déplacements quotidiens plus coûteux.
Les Angolais, confrontés à une érosion de leur pouvoir d’achat, ressentent directement l’impact de cette mesure dans leur vie de tous les jours. Ce qui a suscité la colère de la population et des organisations de la société civile qui avaient lancé des appels à manifester depuis trois semaines, suivis par une grève de trois jours décrétée par l’association nationale des taxis. Les protestations ont rapidement dégénéré en des scènes de pillages de magasins d’alimentation, principalement les lundi 28 et mardi 29. Des pillages qui ont débuté à Luanda et qui ont rapidement gagné l’ensemble du pays, notamment, dans la ville de Huambo, située à environ 600 kilomètres de Luanda, et Benguela, ville côtière à également 600 kilomètres au sud de la capitale.
Mercredi à Luanda, les pillages n’ont pas cessé malgré la fermeture des magasins. Des coups de feu ont notamment été entendus dans le quartier de Cazenga, dans le centre, où des personnes continuaient à voler de la nourriture et d’autres articles dans les magasins. Un jeune homme a été tué près d’un supermarché, apparemment par une balle perdue, alors que la police a signalé mardi qu’un officier de police avait été tué dans la province d’Icolo e Bengo, non loin de Luanda.
En dehors des 45 personnes tuées pendant les deux jours de pillages, le ministre angolais de l’Intérieur a fait état de 197 blessés et 1 214 arrestations. « Nous avons arrêté 1.214 suspects », a déclaré le commissaire adjoint Mateus Rodrigues lors d’un point de presse mardi soir, ajoutant que ce nombre était susceptible d’augmenter à mesure que « les enquêtes se poursuivent ».
Malédiction des ressources et accusations de détournements

L’Angola, comptant près de 30 millions d’habitants, subit actuellement une inflation avoisinant 20% et un chômage proche de 30% selon les statistiques nationales, aggravant la tension sociale autour de l’augmentation du coût des carburants. L’un des principaux producteurs de pétrole en Afrique, ses réserves, qui devraient faire du pays un modèle de prospérité, profitent pourtant à une minorité. Beaucoup parlent de la paradoxale « malédiction des ressources », souvent rappelée par les manifestants sur des pancartes et dénoncent le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance en 1975, accusé de détourner les richesses nationales.
Malgré ses vastes ressources pétrolières, l’Angola demeure l’un des pays les plus pauvres du monde et une corruption perçue comme endémique. Ce mouvement, porté par des citoyens de tous horizons, reflète une frustration profonde dans un pays riche en pétrole, mais où la population peine à joindre les deux bouts.
Les manifestants pointent du doigt une élite politique qui semble déconnectée des réalités quotidiennes et expriment le désespoir d’une population qui voit ses jeunes générations sans perspective d’avenir. La police a annoncé avoir maîtrisé la situation et un retour au calme progressif est observé après les deux jours de violentes manifestations.
L’association ANATA, représentant les chauffeurs de taxi, a pris ses distances avec les violences, mais a confirmé la poursuite de la grève décrétée pour trois jours. Si la manifestation était autorisée, la tension était palpable. À la tombée de la nuit, les forces de l’ordre ont dispersé les protestataires, rappelant les heurts des semaines précédentes. Le 12 juillet, en effet, deux manifestants avaient été gravement blessés et plusieurs autres arrêtés. Human Rights Watch avait dénoncé l’usage excessif de la force par la police, notamment en tirant des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc.
Les manifestations témoignent d’une prise de conscience croissante des jeunes générations

Les manifestations constituent une « conséquence directe » de l’incapacité du gouvernement à résoudre les problèmes de chômage, des coûts de la vie élevés et du déclin des services publics, a déclaré l’un des manifestants, pour qui il est « urgent de comprendre que nous sommes confrontés à un symptôme grave : l’épuisement social d’une jeunesse sans alternative ».
Cette répression, bien que moins violente, illustre la difficulté pour les Angolais d’exprimer leur mécontentement dans un pays où la liberté de manifester reste fragile. Pourtant, les revendications des protestataires vont bien au-delà de la hausse des carburants. Elles touchent à des questions plus profondes, comme la mauvaise gestion des ressources et la corruption, deux fléaux qui gangrènent le pays depuis des décennies.
Les accusations de corruption sont omniprésentes, les manifestants estimant que les richesses pétrolières du pays ne profitent pas à la population. Les jeunes, en particulier, se sentent exclus d’un système qui ne leur offre que peu d’opportunités.
De même, les manifestations de Luanda ne sont pas un phénomène isolé et témoignent d’une prise de conscience croissante parmi la population, en particulier les jeunes générations, qui refusent de rester silencieuses face à la dégradation de leurs conditions de vie. En octobre 2023, une centaine de personnes avaient déjà été arrêtées pour des motifs similaires. Dans un pays où la jeunesse représente une part importante de la société, la colère pourrait s’intensifier si aucune réponse concrète n’est apportée. Les manifestants, malgré la répression, semblent déterminés à faire entendre leur voix, portée par un sentiment d’urgence et de désespoir.
Un Guinéen perd sa femme et ses trois enfants

Dans ce chaos provoqué par les pillages, la communauté guinéenne vivant en Angola a payé un lourd tribut. Des magasins pillés, des biens détruits et des pertes en vie humaine. « Nous avons été victimes de vols, de vandalisme, de violences. Plusieurs magasins, y compris ceux appartenant à des Guinéens, ont été pillés. Des sacs de riz, des bidons d’huile, du matériel électrogène… tout a été emporté », a indiqué Abdourahmane Diallo, un ressortissant guinéen établi à Luanda.
Mais, au-delà des dégâts matériels, c’est un drame humain qui glace les cœurs. Abdourahmane évoque cette tragédie. « Il y a un compatriote du nom de Djakaria vivant à Zango 3 et qui avait une boutique privée où il a laissé sa famille, sa femme et ses trois enfants. À son retour, il a trouvé que la boutique a été incendiée par les manifestants. Les trois enfants et la femme qui s’y trouvaient n’ont pas pu être sauvés et y ont péri ».
Face à cette crise, les étrangers ne demandent qu’à être protégés. « Nous ne demandons pas grand-chose. Nous savons que la Guinée aussi traverse des moments difficiles. Mais, nous voulons juste travailler dans la tranquillité et vivre en paix. Que les autorités engagent une démarche diplomatique pour garantir notre sécurité ici ». Pour beaucoup, les cicatrices de ces événements seront longues à effacer.








































