Accueil Politique Ali Bongo renonce à toute ambition nationale

Ali Bongo renonce à toute ambition nationale

L’ancien président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, à Libreville, le 2 mars 2023. LUDOVIC MARIN / AFP

Le président gabonais évincé en août 2023 a signé une lettre ouverte dans laquelle il annonce son retrait définitif de la vie politique mais également formule une série d’exigences en faveur des membres de sa famille à l’endroit du pouvoir en place. 

Dans une lettre publiée dans la nuit du 18 au 19 septembre, le président déchu Ali Bongo Ondimba, en plus de son retrait de la vie politique, demande aussi la libération de son épouse Sylvia et de son fils Noureddin détenus à la prison centrale de Libreville par le nouveau pouvoir qui s’est installé à Libreville le 29 août 2023.
L’ancien chef d’État regrette par ailleurs « les abus et souffrances infligés aux Gabonais et surtout à sa famille » du fait des actes qui n’engagent que sa seule responsabilité.

L’intégralité de la lettre ouverte

« Le soir du 29 août 2023 a mis fin à l’exercice de mon mandat de chef de l’État dans des circonstances douloureuses. Ces évènements ont porté au pouvoir un dispositif de transition qui, ces prochains mois, se confrontera aux urnes et au vote pour engager notre pays sur une nouvelle voie. Les Gabonaises et les Gabonais auront, à cette occasion, l’opportunité d’élire leur Président de la République.
Conscient qu’une évolution était nécessaire pour améliorer la vie de nos concitoyens, j’ai cru, longtemps, pouvoir changer un système qui s’est finalement retourné contre une famille, symbole d’une époque.
Ma femme et mon fils en sont aujourd’hui les bouc-émissaires impuissants. Notre pays en constitue le témoin, spectateur, espérant le légitime changement.
Pour ma part, je respecte et je comprends la volonté des citoyennes et des citoyens de souhaiter, pour construire l’avenir, de nouveaux responsables politiques et je tiens à réaffirmer mon retrait de la vie politique et le renoncement définitif à toute ambition nationale. Cela vaut également pour Sylvia et Noureddin.
L’idée que je me fais de mon devoir est de dire avec sincérité et honneur que je ne souhaiterai jamais constituer, pour le Gabon, un risque de menace, de trouble et de déstabilisation dans ce moment de reconstruction.
Parce que notre pays est, a toujours été et sera toujours un pays d’honneur, j’en appelle à l’apaisement, à l’arrêt des violences et des tortures intentées contre ma famille, plus particulièrement mon épouse Sylvia et mon fils Noureddin et à leur libération, car depuis trop longtemps désormais emprisonnés pour des faits dont ils n’ont pas été reconnus coupables, bouc-émissaires d’une situation qui va bien au-delà de leur personne.

Mme Bongo et son fils aux arrêts depuis un an

Je leur ai imposé, tout au long de la vie, bien des épreuves par mes choix. Mais leur emprisonnement et les sévices qu’ils subissent depuis plus d’une année vont bien-au-delà de tout ce qu’une épouse et un fils ont à supporter.
Moi-même, je demeure non libre de mes déplacements et soumis à surveillance quotidienne. Mes visites dépendent de l’autorisation des militaires. Isolé du monde extérieur sans communications, sans nouvelles de ma famille.
Je suis pleinement conscient de ce qui a été accompli sous ma présidence, comme également des insuffisances dont j’assume seul la responsabilité, tant sur le plan social que s’agissant du fonctionnement de nos institutions.
Mais ce bilan aussi sincère que douloureux ne saurait justifier que tant d’abus soient perpétrés contre ma femme et mon fils, qui n’a pas serré ses enfants dans les bras depuis plus d’un an. Je connais trop les Gabonais pour savoir qu’ils savent la différence entre justice et vengeance. J’insiste sur ce point, seul Président et responsable de mes décisions, je comprends que malgré les réalisations effectuées sous mes mandats, trop de Gabonais souffrent encore et cela reste mon plus grand regret. Je souhaite de tout cœur que nous soyons en mesure de tourner la page de cette souffrance intime et nationale. Avec un seul et unique but : notre réconciliation nationale.
Aussi, j’appelle mon pays, ses dirigeants et mes concitoyens à renoncer à la vengeance et à écrire sa prochaine Histoire avec harmonie et humanité.

Que Dieu vous bénisse.

Que Dieu bénisse notre patrie le Gabon.

Ali Bongo Ondimba »

Publicité