En décidant de couper les ponts avec la Cédéao, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui forment l’Alliance des États du Sahel (AES), pourraient ne plus bénéficier de certains avantages qu’offre l’organisation communautaire. La Cédéao s’est accordé un délai jusqu’au 29 janvier 2025, au-delà duquel la sortie des trois États sera définitivement actée.
Lors du sommet extraordinaire de l’organisation le 24 février 2024 à Abuja, les chefs d’États et de gouvernement mettaient déjà en garde les pays de l’AES sur les implications politiques, socioéconomiques, financières et institutionnelles d’un départ de l’organisation. Cette alerte n’a pas empêché les trois pays de demeurer fermes sur leur décision « irréversible » de quitter la Cédéao.
Le 66ème sommet de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest tenu le 15 décembre à Abuja, au Nigeria, a donc acté le divorce, qui sera consommé au 29 janvier 2025, après une période de transition au cours de laquelle les trois pays concernés ont la possibilité de réintégrer les rangs de l’organisation ouest-africaine, dont ils ont claqué la porte pour son attitude entre sanctions économiques et menace d’intervention militaire après le coup d’État au Niger.
Mission avait été confiée au président Bassirou Diomaye Faye de continuer sa médiation et ainsi éviter un second départ après celui de la Mauritanie en 2000.
La coopération en matière de sécurité en péril

Mais si le scenario d’une rupture définitive devait quand même se confirmer, la Confédération de l’AES pourrait perdre beaucoup d’avantages et de facilités qu’offre le parapluie communautaire.
Sur le plan politique et sécuritaire, la coopération en matière de sécurité, d’échanges de renseignements et de participation aux initiatives régionales de lutte contre le terrorisme pourrait prendre fin, avertit le communiqué publié à l’issue du sommet. La Cédéao, accusée de ne pas assez soutenir les pays de l’AES dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, rappelle que le Mali, le Burkina et le Niger ont bien bénéficié d’un appui de 100 millions de dollars mobilisés par l’Uemoa au titre du Plan d’action de la Cédéao contre le terrorisme.
Sur le plan socioéconomique, tout retrait affecte automatiquement le statut des citoyens des trois pays en matière d’immigration. L’AES compte 72 millions de Maliens, Burkinabè et Nigériens, qui pourraient se voir obligés de disposer d’un visa pour circuler dans l’espace communautaire. Selon le communiqué, ils pourraient ne plus bénéficier du droit de résidence ou de création d’entreprises comme le prévoient les accords de la Cédéao.
Un retrait de l’organisation, c’est le risque pour leurs ressortissants de subir diverses lois nationales, mais surtout de ne plus pouvoir utiliser le passeport, la carte d’identité nationale biométrique et l’assurance automobile « carte brune de la Cédéao » à l’échelle régionale.
Des projets de plus de 500 millions de dollars menacés

L’organisation sous-régionale pourrait également arrêter ou suspendre tous ses projets/programmes évalués à plus de 500 millions de dollars au profit des pays membres. Parmi ceux-ci, il y a la Réserve régionale de sécurité alimentaire, le Mali, le Burkina et le Niger accueillant des stocks de près de 17 000 tonnes, soit 52% du stock régional.
Les pays de l’AES sont concernés par le projet de marché régional de l’électricité de la Cédéao, qui est un système d’échanges électriques ouest-africain reliant tous les États membres au réseau électrique régional. Sans oublier le projet d’appui régional à l’initiative pour l’irrigation au Sahel (Pariis), d’un montant de 103,43 millions de dollars, financé par la Banque mondiale.
Sur le plan financier, la Banque d’investissement et de développement de la Cédéao (Bidc) et la Banque ouest-africaine de développement (Boad), dans le cadre de leurs engagements, déroulent 27 projets du secteur public au Mali (8), au Burkina (9) et au Niger (10), et 20 projets du secteur privé (Burkina 5, Mali 13 et Niger 2). Ces projets, selon le document de la Cédéao, sont évalués à environ 321,6 millions de dollars.
Les pays de l’AES représentent près de 22,5% du portefeuille total de la Bidc dans les 15 États membres. Leur contribution à eux trois à son capital s’élève à 33,1 millions de dollars (13 millions pour le Burkina Faso, 9,5 millions pour le Mali et 10,5 millions pour le Niger).
Quant aux implications institutionnelles, quatre agences régionales seraient menacées de fermeture au Burkina Faso, deux organismes régionaux au Mali et un bureau régional au Niger. Conséquence : c’est la sécurité de l’emploi de quelque 130 membres du personnel de la Cédéao dans ces pays qui est menacée. Il s’agit de 77 Burkinabè, 23 Maliens et 32 Nigériens.
Risques de perturbation du commerce intracommunautaire
Sur un autre registre, au plan commercial, un divorce pourrait perturber les échanges intracommunautaires, en particulier le commerce de produits non transformés tels que le bétail, le poisson, les produits agricoles, les minéraux, artisanaux traditionnels et ceux industriels d’origine communautaire, avait déjà averti le communiqué du sommet extraordinaire d’Abuja de février dernier.
Par contre, les dirigeants des trois États membres de l’AES ont annoncé l’ouverture de leurs frontières aux ressortissants de la Cédéao, qui pourront circuler, résider et s’établir librement sous réserve des législations nationales.
L’AES « est un espace sans visa pour tout ressortissant des États membres » de la Cedeao, avec « le droit d’entrer, de circuler, de résider, de s’établir et de sortir sur le territoire des États membres de la Confédération des États du Sahel dans le respect des textes nationaux en vigueur », annonce un communiqué signé par le chef de l’État malien, le général Assimi Goïta, président de l’Alliance.
Cette annonce peut-elle être interprétée comme une volonté des pays de l’AES, enclavés et vastes, de tendre la main aux voisins de la Cédéao en cas de rupture définitive ? Il n’y a qu’un pas à franchir.







































