Plus de 170 fidèles chrétiens ont été kidnappés le week-end du 17 et 18 janvier dans trois églises isolées de la région de Kaduna, dans le nord-ouest du Nigeria. La police nationale a confirmé le mardi suivant qu’un « incident» avait eu lieu, après une journée de démenti de la part des autorités.
Ce nouvel enlèvement de masse, visant des chrétiens, ravive les tensions au Nigeria, alors que le président américain Donald Trump a dénoncé ces derniers mois ce qu’il qualifie de « massacre » de chrétiens dans le pays. Ce drame a aussi créé des tensions entre représentants des chrétiens du Nigeria et les autorités.
L’Association chrétienne du Nigeria a confirmé dès le lundi 19 janvier qu’un kidnapping de grande ampleur avait eu lieu en pleine messe la veille dans plusieurs églises de Kurmin Wali, une localité située dans le district de Kajuru.
Selon le président de l’association, Joseph John Hayab, des hommes armés ont bouclé l’église avant d’emmener les croyants en file indienne jusque dans la brousse. Des familles entières ont disparu, laissant la communauté quasiment déserte. Une semaine auparavant, ces villageois avaient déjà dû s’acquitter d’une rançon de plus de 2 millions de nairas, soit 1 500 euros, pour la libération d’une vingtaine de leurs proches.
Une association chrétienne a notamment dénoncé l’attitude de l’armée, qui aurait bouclé la zone pour en interdire l’accès dès lundi. Ce nouveau drame a aussi attiré l’attention du député américain Riley Moore, qui a récemment effectué une visite au Nigeria avec d’autres membres du Congrès pour enquêter sur le sort des chrétiens du pays.
« Nos frères et sœurs chrétiens font face à une menace existentielle aux mains des militants fulani », a-t-il écrit dans un message posté sur X, ajoutant qu’« il faut faire plus pour les protéger ». Les frappes conduites sur le territoire nigérian par les États-Unis au mois de décembre, à la demande de Lagos, étaient justement motivées par la défense des chrétiens dans le pays, rappelle-t-on.
Un premier enlèvement de masse deux mois plus tôt

Dans le centre du Nigeria, plus de 200 élèves et enseignants d’une école catholique située dans l’État du Niger avaient été enlevés. L’information était révélée le vendredi 21 novembre par l’Association des chrétiens du Nigeria (CAN). Cette organisation avait précisé qu’il s’agit de 227 élèves et enseignants de l’école St. Mary. C’était le deuxième enlèvement de ce type en une semaine dans le pays, après le rapt de 25 lycéennes dans l’État de Kebbi, dans le nord-ouest.
« D’après nos informations, 215 élèves et étudiantes ainsi que 12 enseignants ont été enlevés par les terroristes » dans cette école située dans l’État du Niger, a fait savoir la CAN dans un communiqué suite à la visite à l’école du président de l’association pour l’État du Niger, Bulus Dauwa Yohanna. « Pendant l’attaque terroriste, certains étudiants ont réussi à s’échapper », a ajouté le communiqué.
Dans la journée, les médias locaux faisaient état de l’enlèvement de 52 élèves âgés de 12 à 17 ans. Le gouvernement de l’État du Niger a confirmé l’attaque contre l’école St. Mary, mais n’avait pas avancé de chiffre. D’après les autorités locales, l’école avait ignoré la consigne officielle de fermer les établissements scolaires en raison d’informations du renseignement intérieur faisant état d’enlèvements imminents.
« Le gouvernement de l’État du Niger a appris avec une profonde tristesse la nouvelle troublante de l’enlèvement d’élèves de l’école St. Mary dans la municipalité d’Agwara », a annoncé le gouverneur Mohammed Umaru Bago, le 21 novembre 2025 dans un communiqué sur les réseaux sociaux. « Le nombre exact d’élèves enlevés n’a pas encore été confirmé, les agences de sécurité continuant d’évaluer la situation », a-t-il pour sa part ajouté au sujet de ce rapt.
Nigeria
Des enlèvements en série, souvent en zones reculées

Le kidnapping de St. Mary est survenu dans une zone reculée, presque sans réseau téléphonique. Il a fallu plus de 24 heures pour que l’affaire soit finalement confirmée officiellement par la police mardi soir. Moins d’une semaine après celui de Maga dans l’État de Kebbi, ce deuxième enlèvement de masse dans cette école Saint Mary de Papiri illustre cruellement les failles sécuritaires et systémiques auxquels le Nigeria doit faire face.
Le modus operandi est le même. Des ravisseurs parfaitement synchronisés débarquent dans une localité et se dirigent sans obstacle majeur dans un convoi constitué d’un van et d’une soixantaine de motos, roulant moteurs hurlant vers un internat ciblé. En moins d’une heure, des hommes armés prennent en otage plusieurs dizaines de jeunes filles et leurs encadrants avant de s’évanouir dans la nature.
Le président Bola Ahmed Tinubu est bien resté au Nigeria, annulant son déplacement au G20 en Afrique du Sud. Il suit minute par minute l’évolution de cette crise majeure dans l’État de Niger, mais aussi celle de Kebbi où 25 élèves musulmanes ont été kidnappées dans une école. Sans compter Kwara où 35 paroissiens ont été enlevés durant une messe.
Pourtant, Atiku Abubakar, son principal opposant et ancien vice-président, estime que la présence du chef de l’État est insuffisante, exhortant le gouvernement fédéral à déclarer immédiatement l’état d’urgence en raison de l’insécurité qui règne dans le pays.
De nombreuses écoles fermées
L’enlèvement dans l’État du Niger a été mené de façon spectaculaire et la peur de la contagion gagne déjà d’autres États. Les États de Katsina dans le nord du Nigeria et du Plateau dans le centre ont annoncé la fermeture de tous leurs établissements scolaires primaires et secondaires.
Le gouverneur Mohammed Umaru Bago a souligné que face à « une augmentation du niveau de menace dans certaines parties du district sénatorial du nord de l’État de Niger », les autorités locales avaient « précédemment publié une directive claire suspendant toutes les activités de construction et ordonnant la fermeture temporaire de tous les internats dans la zone touchée à titre de mesure de précaution ». Mais, a-t-il déploré, « l’établissement St. Mary a repris ses activités académiques sans en informer ni obtenu l’autorisation du gouvernement de l’État, exposant ainsi les élèves et le personnel à un risque évitable ».
Deuxième enlèvement en une semaine

C’est donc le deuxième enlèvement de ce genre la même semaine. Vingt-cinq lycéennes ont été enlevées dans l’internat pour filles de Maga, dans l’État de Kebbi (nord-ouest), dans la nuit de dimanche à lundi. Selon les autorités, une jeune fille est parvenue à s’échapper.
Mardi, deux fidèles ont été tués et 38 autres enlevés dans une attaque contre les fidèles d’une église dans l’État de Kwara (ouest). Les ravisseurs exigeaient 100 millions de naïra soit 69 000 dollars de rançon par prisonnier.
Ces enlèvements arrivent au moment où Donald Trump menace le pays d’une intervention militaire pour mettre fin à ce qu’il appelle « un génocide de chrétiens ». Ce que rejette le gouvernement nigérian qui affirme que les attaques ne visent pas une religion en particulier. Une délégation nigériane est aux États-Unis pour éviter une escalade du conflit diplomatique avec l’administration Trump.
Au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique de l’Ouest, les enlèvements de masse sont courants, notamment depuis le kidnapping largement médiatisé de près de 300 lycéennes à Chibok, dans le nord-est, perpétré par les jihadistes de Boko Haram dans la nuit du 14 au 15 avril 2014. Parmi elles, 57 sont parvenues à s’échapper après un raid, 107 libérées en 2016 et 2017 après des négociations, alors qu’une centaine restent toujours portées disparues et que des sources déclarent que seules une quinzaine sont encore en vie, mariées de force aux jihadistes.








































