Accueil Société Maroc : la colère de la diaspora face à la hausse des...

Maroc : la colère de la diaspora face à la hausse des prix

Ici Rabbat, la capitale marocaine (Image : les-covoyageurs.com)

Chaque été, des milliers de Marocains résidant à l’étranger (MRE) convergent vers leur pays d’origine. C’est devenu au fil des ans un rituel. En 2024, ils représentaient près de la moitié des arrivées touristiques du royaume, mais cette année, un esprit de révolte souffle parmi les MRE qui dénoncent l’augmentation des prix.

L’été 2025 a été marqué sur les réseaux sociaux par des vidéos virales montrant la colère des Marocains résidant à l’étranger face aux tarifs pratiqués. L’une d’entre elles, tournée mi-juillet à Saïdia, station balnéaire très fréquentée par les MRE, montre un jeune homme refusant de payer 5 euros pour se garer. Cette séquence filmée dans une voiture a fait le buzz.
Saïdia et ses plages ont enregistré en 2025 une baisse de fréquentation, selon Zoubir Bouhoute, un expert en tourisme. Les autres zones touristiques sont également concernées. Les MRE en ont marre d’être pris pour des pigeons. L’amour du pays, le plaisir de retrouver sa famille, ne peuvent pas tout justifier. De plus en plus, certains songeraient à séjourner ailleurs, en Turquie ou au Portugal par exemple.
Un créateur de contenu sur TikTok tente d’inverser la tendance en expliquant que les commerçants comptent sur de bonnes saisons estivales pour s’en sortir financièrement. Les MRE ont en effet déjà changé leurs habitudes de consommation, indique-t-on. Ils dépensent moins, ils vont plus rarement au restaurant, ne descendent plus à l’hôtel aussi souvent, se tournent davantage vers leurs résidences secondaires ou leur famille pour le logement.
Du côté des opérateurs touristiques marocains, certains préfèrent tirer leur compte sur l’augmentation continue du nombre de MRE. Plus 13% pour l’été 2025, selon les dernières données officielles. Un chiffre qui pourrait être trompeur. Si l’activité continue d’augmenter, la hausse est moins rapide qu’avant. Dans les médias marocains, les éditorialistes se demandent si les plaintes étaient justifiées. Malgré la relation spéciale qu’ils entretiennent avec le Maroc, les MRE sont peut-être tout simplement des touristes comme les autres.


La Tunisie connaît également une année touristique 2025 en demi-teinte

En Tunisie, malgré des chiffres prometteurs avec cinq millions de visiteurs enregistrés fin juillet 2025 et des recettes en hausse, les commerçants se plaignent d’un tourisme peu qualitatif qui ne leur bénéficie pas. Le pays tente depuis plusieurs années de varier son offre touristique pour ne pas tabler que sur le tourisme de masse, mais dans la Médina de Tunis, les vendeurs restent sceptiques.
Dans les échoppes chamarrées de la Médina, chaque mardi et jeudi, les vendeurs sont au garde à vous, car c’est jour de « babour », un mot signifiant l’arrivée du bateau de croisière au port de Tunis. D’autres ne misent pas sur les touristes des croisières pour qui le souk n’est qu’une étape parmi d’autres.
« Honnêtement, je suis un peu choqué par les chiffres annoncés sur la reprise. On a tous entendu que cette saison allait être bonne, mais on tarde à le voir concrètement. Nous, on travaille principalement avec des Tunisiens qui font leurs courses ici, les touristes des croisières, eux, s’arrêtent à peine, ils ont souvent un circuit déjà préétabli », se plaint un vendeur qui déplore aussi des touristes peu enclins à la dépense. « C’est vraiment plus comme il y a vingt ans, les touristes négocient de gros rabais pour tout, surtout les Français ».
Mais pour les vétérans de la Medina, cela fait bien longtemps que leur chiffre d’affaires n’est plus basé sur le tourisme, selon un autre commerçant. « Moi, je suis dans la rue principale du souk et ma clientèle, c’est surtout des Tunisiens de l’étranger qui viennent passer leurs vacances ici. C’est ça qui fait ma saison, rien d’autre ».
Les apports en devises des Tunisiens résidant à l’étranger ramènent en effet plus que le tourisme ces dernières années, s’élevant fin juillet 2025 à 1,3 milliard d’euros contre environ 900 millions pour les recettes touristiques.

Publicité