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Reconnaissance du génocide congolais : Félix Tshisekedi annonce une campagne auprès des États, des institutions multilatérales et de la société civile internationale

Le génocide congolais pour des raisons économiques, le Génocost, a été commémoré le samedi 2 août pour la 3ème année consécutive à travers la République démocratique du Congo et auprès des diasporas congolaises dans le monde RDC. La ferveur tout comme le chagrin étaient palpables mais surtout l’indignation des Congolais face à des massacres de masses qui endeuillent leur pays, les déplacements des populations et le pillage systématique des ressources qui s’opèrent depuis trois décennies dans l’indifférence de la Communauté internationale.

Dans son allocution prononcée à Kinshasa à l’occasion de cette journée de commémoration du Génocide économique des Congolais, le Président de la République démocratique du Congo Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a rendu hommage aux forces vives, société civile, chercheurs, associations des victimes et des survivants. « En ce jour de mémoire, je tiens à rendre un hommage appuyé à toutes les forces vives de la nation : société civile, chercheur, association de victimes et des survivants qui, dans la douleur et avec leur humanité fièrement gardée, ont maintenu la flamme de la vérité et de la mémoire ».
Il a particulièrement fait allusion à celles et ceux qui, dans l’ombre, ont documenté l’horreur, dénoncé l’impunité, soigné les blessés, consolé les survivants ou simplement tendu la main là où le silence menaçait de devenir complice. « Par votre engagement, vous avez sauvé l’honneur de la nation congolaise », a-t-il assuré avec émotion, appelant à la reconnaissance internationale du Génocost.
En effet, à son avis, « la reconnaissance des génocides commis sur notre sol ne serait pas qu’un symbole, mais un acte souverain de vérité et de mémoire sur le plan diplomatique. Nous mènerons une campagne offensive et concertée auprès des États épris de justice, des institutions multilatérales et des forces vives de la société civile internationale », a annoncé le chef de l’État congolais qui a précisé que « cette mobilisation connaîtra une séquence structurante à l’automne 2025, avec une série d’événements parallèles en marge de la 60ème session du Conseil des droits de l’homme à Genève et de la 420ème session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York ».
Le Président Tshisekedi a relevé que des travaux d’experts congolais et internationaux ont clairement démontré juridiquement que plusieurs massacres perpétrés en RDC répondent aux critères d’actes de génocide. « Sous ma haute autorité, un colloque international s’est tenu du 29 au 31 juillet, réunissant des experts congolais et internationaux autour de la reconnaissance des génocides perpétrés sur notre territoire. Ce moment scientifique a permis d’asseoir un consensus académique sur la qualification juridique des atrocités commises en République démocratique du Congo », a-t-il révélé.

« Il ne s’agit ni de chercher un statut victimaire, ni de quémander une reconnaissance mais de rétablir une vérité historique occultée »

Le chef de l’État congolais a tenu à faire remarquer qu’« en démontrant juridiquement que plusieurs massacres perpétrés répondent aux critères définis par la Convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide, il ne s’agit ni de chercher un statut victimaire, ni de quémander une reconnaissance, mais il s’agit de rétablir une vérité historique occultée et d’exiger justice au nom de notre dignité ».
Pour lui, le massacre venant de survenir dans les environs de Djugu dans la Province de l’Ituri, abondamment rapporté par les médias internationaux, rappelle cruellement que le Génocost n’est pas qu’un épisode du passé. « Il continue de se perpétuer dans le silence et l’indifférence. Il menace à chaque instant les efforts de paix que nous avons engagés avec détermination. Il met en péril l’élan historique impulsé par l’accord de Washington, conclu sous l’égide du président Donald Trump pour mettre un terme à près de trois décennies de violence à l’est de notre pays », s’est indigné le Président Félix Tshisekedi.
Il a souligné que les Nations Unies, à travers le Rapport Mapping tout comme les travaux rigoureux des experts congolais établissent un constat accablant : des communautés entières ont été ciblées dans les territoires sous occupation rwandaise dans l’est de la RDC, parfois jusqu’à l’extermination, en raison de leur identité, de leur ancrage territorial ou de leur proximité supposée avec des ressources convoitées. Il estime que « si le monde hésite encore à reconnaître cette tragédie pour ce qu’elle est, un génocide rampant, nous n’attendrons pas que d’autres valident notre douleur. Nous en sommes les premiers témoins, nous en serons les premiers artisans de justice ».
Dans cette optique, il a lancé un appel à la communauté internationale à soutenir cette démarche devant établir la vérité. « À la veille de l’installation d’une commission d’enquête indépendante sur les massacres perpétrés dans cette région, je lance un appel solennel à la communauté internationale. Elle a le devoir moral et politique de soutenir cette démarche essentielle pour établir la vérité. Elle a le droit d’accorder la justice aux victimes et jeter les bases d’une paix durable fondée sur la mémoire et la responsabilité partagées », a déclaré le chef de l’État congolais.

Appel aux Nations Unies et à l’Union africaine pour la reconnaissance officielle du génocide

La ministre des droits humains en RDC : Chantal Chambu Mwavita (Image : infosdirect.net)

Pour sa part, la ministre congolaise des Droits humains, Mme Chantal Chambu Mwavita, a rappelé que la tragédie qu’endure la RDC revêt une proportion historique : plus de 12 millions de morts, des centaines de milliers de femmes violées, des enfants transformés en soldats, en esclaves ou en orphelins, des déportations de Congolais et des rapatriements forcés des réfugiés rwandais.
Elle a par ailleurs signalé que le rapport Mapping des Nations Unies, publié en 2010, a documenté 617 massacres et crimes de masse, dont certains qualifiables de génocide. « Mais à ce jour, aucune instance internationale n’a officiellement reconnu le génocide congolais. Pourquoi cette tragédie mérite-t-elle la reconnaissance et d’autres l’oublient ? », a-t-elle interrogé.
Aussi a-t-elle appelé à la reconnaissance des crimes commis. « À l’occasion de la cette commémoration aujourd’hui, nous demandons solennellement la reconnaissance officielle par les Nations Unies, l’Union africaine et les États membres du caractère génocidaire des crimes commis en RDC », a-t-elle plaidé.


Bruxelles : Appel à poursuivre la lutte pour la promotion de la reconnaissance du génocide congolais

À Bruxelles, un appel a été lancé aux associations des Congolais pour la poursuite de la lutte sur le plan diplomatique en vue de la promotion de la reconnaissance du génocide survenu en RDC, au cours de la cérémonie de commémoration du Génocost, organisée le même jour à la Place Lumumba au quartier Matonge, dans la commune d’Ixelles. « C’est le lieu de saluer toutes les initiatives patriotiques portées par les associations des Congolais de Belgique, Luxembourg et Pays-Bas dans notre lutte commune pour changer le paradigme au plan diplomatique à l’Union européenne, aux Parlements belge et européen à Bruxelles et à Strasbourg, en vue de la reconnaissance du génocide congolais », a déclaré Mme Flore Mbile, cheffe de service en charge des mouvements associatifs à l’ambassade de la RDC au Benelux.
Rappelant que par la gravité et la spécificités de ces atrocités, celles-ci sont qualifiées par le Droit international de « crimes contre l’humanité » et, de ce fait, sont imprescriptibles, Mme Mbile a souligné que la cérémonie de ce jour sert à « nous approprier ce génocide oublié et lutter contre toutes les formes d’indifférence ou de négation ».
Elle s’est par ailleurs félicitée de l’initiative du gouvernement, sous l’impulsion du Président Félix Tshisekedi, d’engager « une réflexion harmonisée pour la prise de conscience collective et la pérennisation des connaissances sur les violences et les exactions perpétrées en RDC depuis 1998, dans la perspective de la promotion d’une culture de paix ». Depuis 2013, un travail de mémoire a été initié pour faire reconnaître le Génocost, que ce soient sur le déroulement du génocide, les pillages des ressources qui accompagnent le déchaînement des atrocités dans une tentative d’anéantissement des populations congolaises par les occupants ainsi que le processus de leur remplacement, a relevé Mme Mbile.
Plusieurs acteurs associatifs sont également intervenus pour retracer les péripéties qui ont conduit au déclenchement du génocide congolais et réaffirmer leur détermination à œuvrer pour la justice envers les victimes.

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