Accueil Monde Peter Navarro : l’idéologue anti-Pékin au cœur de la politique commerciale américaine

Peter Navarro : l’idéologue anti-Pékin au cœur de la politique commerciale américaine

L’ancien responsable de la Maison-Blanche de Trump, Peter Navarro, s’adresse aux médias à son arrivée au palais de justice fédéral des États-Unis à Washington, le jeudi 25 janvier 2024.

Sur proposition de Donald Trump, Peter Navarro a été reconduit, en janvier 2025, au poste de conseiller au Commerce et à l’Industrie. Une nomination sans surprise, tant l’économiste de 75 ans incarne depuis plus d’une décennie la doctrine économique protectionniste du président américain.

Peter Navarro, ce diplômé de Harvard longtemps perçu comme marginal au sein des cercles économiques traditionnels, est désormais au cœur de la stratégie commerciale de la Maison-Blanche. Celui que l’ancien président qualifie de « Mon pote » incarne une ligne dure, façonnée par une méfiance profonde envers la Chine et un rejet assumé des dogmes du libre-échange.
C’est en 2016, lors de la première campagne présidentielle de Donald Trump, que Peter Navarro entre dans la sphère du pouvoir. Son livre « Death by China », publié en 2011, attire l’attention de Jared Kushner, le gendre du candidat. Ce dernier facilite alors la rencontre entre Navarro et Trump. Le ton est donné : Navarro, convaincu que Pékin fausse les règles du commerce international, devient rapidement l’un des principaux architectes de la guerre commerciale sino-américaine.

Une trajectoire politique hors des sentiers battus

Ancien démocrate, militant écologiste, puis stratège du nationalisme économique, un parcours en rupture. Nommé à la tête du Conseil national du commerce dès le premier mandat, Navarro joue alors un rôle discret mais déterminant.
En 2019, alors que les négociations avec Pékin s’enlisent, il pousse pour une hausse des droits de douane. Sa vision s’impose progressivement dans les cercles décisionnels.
Mais c’est après l’élection contestée de 2020 que Navarro marque durablement les esprits. Refusant de coopérer avec la commission d’enquête sur l’assaut du Capitole, il est condamné à quatre mois de prison pour outrage au Congrès. Une peine qu’il purge sans renier sa fidélité à Donald Trump, sortant de détention en juillet 2024, en pleine convention républicaine. Le symbole est fort, et son retour aux affaires inévitable.
Issu d’un milieu modeste, élevé par une mère célibataire en Floride, Peter Navarro a pourtant commencé sa carrière en politique du côté des démocrates. Dans les années 1990, il tente à plusieurs reprises d’obtenir un mandat local à San Diego, sans succès. Longtemps partisan du libre-échange et militant écologique, il opère un virage radical au tournant des années 2000. Le néolibéral devient alors le chantre du protectionnisme économique.

Comment Navarro a façonné la ligne dure face à Pékin

Il voit dans les déséquilibres commerciaux la cause première de l’appauvrissement de l’Amérique. Sa solution : des barrières douanières massives et une reconfiguration des accords internationaux. Ce revirement, Navarro l’assume pleinement. Il le théorise dans ses nombreux ouvrages, dont plusieurs font aujourd’hui l’objet de controverses.
Récemment, la chaîne MSNBC a révélé que l’un des principaux personnages cités dans ses livres, un certain Ron Vara, n’était autre qu’un pseudonyme anagramme de Peter Navarro lui-même.
L’auteur a reconnu l’avoir inventé, qualifiant ce personnage de « dispositif littéraire fantaisiste ». L’affaire a suscité des interrogations sur la rigueur de ses travaux.
Malgré ces polémiques, Navarro conserve la confiance du président. Son influence ne se limite plus à la Chine : les tarifs douaniers proposés par son bureau s’appliquent désormais à de nombreux pays. Les tensions commerciales se multiplient, provoquant de vives réactions.

Elon Musk, premier opposant frontal

Parmi les voix critiques, celle d’Elon Musk a récemment résonné. Le PDG de Tesla et SpaceX s’est ouvertement moqué de Navarro, remettant en question sa légitimité. L’économiste a répliqué sans détour, accusant le milliardaire de défendre ses intérêts privés.
La nouvelle doctrine américaine inquiète aussi les marchés financiers. En réaction aux derniers droits de douane, Wall Street a perdu plus de 6 000 milliards de dollars en deux jours. Les retraités américains, dont les fonds de pension sont exposés en bourse, s’interrogent. Trump appelle à « tenir bon », promettant une révolution économique historique.
Mais derrière les slogans, c’est bien Peter Navarro qui, dans l’ombre, trace les lignes de cette stratégie. Une ligne dure, clivante, mais désormais profondément ancrée dans le logiciel économique du pouvoir américain.

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