Accueil Monde Décès du pape François : procédure et succession codifiées au détail près

Décès du pape François : procédure et succession codifiées au détail près

Le pape François est mort (Image source : vanityfair.fr)

Le pape François est décédé le lundi de Pâques, le 21 avril 2025, à l’âge de 88 ans, alors que la veille, bien qu’affaibli, il est apparu au balcon de la Basilique Saint-Pierre de Rome, face à la foule des fidèles réunis à l’occasion de Pâques, pour délivrer, avec une voix à peine audible, sa bénédiction urbi et orbi. À quoi s’attend le monde catholique ?

Jorge Mario Bergoglio, de son vrai nom, est mort « des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC) et d’un arrêt cardiovasculaire irréversible », a indiqué le médecin du Vatican, Andrea Arcangeli, dans le certificat de décès publié par le Saint-Siège.
Selon les usages, après la mort d’un pape, un protocole bien rodé est suivi pour assurer la transition au sein de l’Église catholique. Celle-ci est assurée par le cardinal qui a la charge de Camerlingue, c’est-à-dire qui fait office de « pape intérimaire » chargé de gérer l’Eglise jusqu’à l’élection d’un nouveau pape. Cette fonction est exercée par le cardinal irlandais Kevin Farrell, préfet du dicastère (ministère) pour les laïcs, la famille et la vie, choisi par le Pape François lui-même en 2019.
Le camerlingue est chargé notamment de confirmer officiellement la mort du Souverain pontife. Traditionnellement, il frappe doucement trois fois le front du pape avec un marteau en argent en l’appelant par son nom de baptême. Une fois la mort confirmée, alors débute la période de vacance, « Sede Vacante », durant laquelle aucune décision majeure ne peut être prise.
Suivent ensuite les obsèques qui durent neuf jours, au cours desquels des messes et des prières sont organisées à travers le monde catholique. Le corps du pape est exposé dans la basilique Saint-Pierre pour permettre aux fidèles de lui rendre hommage.
Le pape des pauvres, lui, a été inhumé le samedi 26 avril, selon ses voeux dans la Basilique Sainte-Marie-Majeure située dans un quartier populaire de Rome, à l’image de sa simplicité, et non dans la Crypte de la Basilique Saint-Pierre comme ses prédécesseurs.
Pour l’histoire, c’est aussi à la Basilique Sainte-Marie-Majeure que repose le corps du premier ambassadeur africain près le Saint-Siège, Don Antonio Manuel Nsaku Ne Vunda, un jeune diplomate pieux venu du Royaume Kongo et envoyé en 1604 par le roi Álvaro II Mpanzu pour établir des relations diplomatiques avec le Vatican. Son buste en pierre noire y trône encore.

Des funérailles aux airs d’un sommet diplomatique

Après l’inhumation est organisé, entre quinze et vingt jours, un conclave pour élire un nouveau souverain pontife. Selon un communiqué du Vatican, cent-trente délégations étrangères dont cinquante chefs d’État et dix têtes couronnées ont assisté aux funérailles du pape François le samedi 26 avril à Rome. Parmi eux le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, le président américain Donald Trump, le roi Philippe de Belgique, les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et congolais Felix Antoine Tshisekedi, les rois Filipe Vi d’Espagne et Carl XVI Gustav de Suède, le prince Albert II de Monaco, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil Antonio Costa, le président français Emmanuel Macron, le prince William du Royaume-Uni, le président allemand Frank-Walter Steinmeier et le chancelier Olaf Scholz, les présidents portugais Marcelo Rebelo de Sousa, capverdien José Maria Neves et brésilien Luiz Inacio Luka da Silva ou encore l’ambassadeur d’Israël au Vatican Yaron Sideman.
L’Argentine qui pleure son pape a dépêché une forte délégation composée du président Javier Milei, sa soeur Karina secrétaire générale de la présidence et plusieurs ministres, dont le chef de la diplomatie Gerardo Werthein.
Le président Félix Tshisekedi, lui, est arrivé à Rome dans la soirée de vendredi, comme l’archevêque de Kinshasa le cardinal Fridolin Ambongo, qui prendra part au conclave pour l’élection du nouveau pape. Plusieurs autres personnalités du monde politique et religieux de la RDC ont effectué le déplacement à Rome en Italie.

La succession

Les successeurs possibles du pape François (Source : alexandre-langlois.fr)

C’est le doyen du Collège des cardinaux qui convoque les 135 cardinaux électeurs (âgés de moins de 80 ans) pour élire un nouveau pape. Des conciliabules ont lieu pour débattre des enjeux actuels de l’Église, souvent avec toutes les tensions géostratégiques.
Les cardinaux, réunis en conclave et sous haute sécurité dans la chapelle Sixtine votent à bulletins secrets jusqu’à ce qu’un candidat obtienne une majorité de deux tiers. Les bulletins sont brûlés après chaque tour de vote : une fumée noire indique qu’un nouveau pape n’a pas été élu, tandis qu’une fumée blanche annonce l’élection d’un nouveau successeur de l’apôtre Pierre, suivie de l’annonce officielle en latin : « habemus papam » (nous avons un pape).
Ce processus, ancré dans des siècles de tradition, garantit une transition ordonnée et respectueuse au sein de l’Église catholique. S’il n’a fallu que deux jours pour l’élection du pape François, il a fallu trois ans (1268-1271) pour l’élection de Grégoire X, qui succéda au pape Clément IV. C’est d’ailleurs depuis Grégoire X que l’élection d’un pape se déroule en dehors de toute pression extérieure, le conclave étant coupé du monde.
Six noms se détachent pour la succession du Pape François, à en croire de nombreux médias : le cardinal Pietro Parolin (70 ans), actuel Secrétaire d’État du Vatican et numéro deux du Saint-Siège (Italien) ; le cardinal Jean-Marc Aveline (66 ans), proche du pape François et archevêque de Marseille ( Français) ; le cardinal Robert Sarah (79 ans), figure de l’aile traditionaliste, archevêque de Conakry et ancien préfet de la Congrégation pour le Culte divin (Guinée Conakry), le cardinal Pierbattista Pizzaballa (59 ans), patriarche latin de Jérusalem (Italien), Matreo Zippi, archevêque de Bologne et président des évêques italiens (Italien) et Luis Antonio Tagle, préfet du dicastère pour l’Évangélisation aux Philippines et théologien très populaire en Asie. Mais comme le stipule le dicton, « qui entre pape au conclave, en sort … cardinal » !


Qui était le pape François ?

Le pape François, de son vrai nom Jorge Mario Bergoglio. AFP / © STR

Jorge Mario Bergoglio est né en 1936 en Argentine. À 76 ans, il est élu pape le 13 mars 2013. En mémoire de l’engagement de saint François d’Assise, le 266ème pape de l’Église catholique choisit le nom de François.
D’une famille d’immigrés italiens, il suit une formation d’ingénieur chimiste avant d’entrer au séminaire de Villa Devoto, puis au noviciat de la Compagnie d’édition Jésus le 11 mars 1958. Il part faire son noviciat au Chili et revient en 1963 pour obtenir une licence de Philosophie à l’Université de San Miguel.
De 1964 à 1965, il est professeur de littérature et de psychologie à l’Université de l’Immaculée de Santa Fé puis, en 1966, à l’Université del Salvador à Buenos Aires. Entre 1964 et 1965, il est professeur de littérature et de psychologie au Collège de l’Immaculée Conception de Santa Fe puis, en 1966, au Collège Salvatore de Buenos Aires. De 1967 à 1970, il reprend des études de Théologie à l’Université de San Miguel et obtient son diplôme.
Il est ordonné prêtre le 13 décembre 1969 et prononce ses vœux perpétuels le 22 avril 1973. Il devient maître des novices à la Villa Barilari, à San Miguel, professeur à la Faculté de Théologie et conseiller pour la Province jésuite.

Provincial des jésuites

Le 31 juillet 1973, il est nommé Provincial des jésuites d’Argentine, charge qu’il exerce jusqu’en 1979. Entre 1980 et 1986, Jorge Bergoglio est recteur du collège Saint-Joseph à San Miguel dans la banlieue de Buenos Aires et curé de la paroisse Saint-Joseph à San Miguel. Durant cette période, Bergoglio enseigne la théologie pastorale. En 1986, il quitte ces fonctions pour se rendre à Francfort en Allemagne afin de poursuivre ses études et travailler sur une thèse de doctorat qu’il n’achèvera finalement pas. En juin 1990, il retourne en Argentine. Suite à une période de conflit au sein de la Compagnie de Jésus, Jorge Mario Bergoglio part en exil à Cordoba, en Argentine, de 1990 à 1992 où il est curé et confesseur. Cette période d’exil se termine le 13 mai 1992, lorsqu’il est nommé évêque auxiliaire de Buenos Aires par le Pape Jean-Paul II, une promotion qui marque le début de son ascension dans la hiérarchie ecclésiastique, pour enfin devenir le pape François en 2013.


Un espoir ravivé pour un Africain à la succession du pape François

Le cardinal Peter Turkson (Image source : ar.inspiredpencil.com)

Le décès du pape François, survenu le 21 avril 2025 a ouvert une nouvelle ère pour l’Église catholique. Alors que les regards se tournent vers sa succession, l’Eglise catholique ne connaît nulle part au monde de croissance aussi forte qu’en Afrique et 20% des catholiques du monde vivent actuellement sur le continent. Ces fidèles nourrissent l’espoir de voir l’un de leurs cardinaux accéder au trône pontifical.

Le pape argentin a été inhumé le 26 avril lors d’une cérémonie privée à Rome. Dès début mai, les cardinaux électeurs, dont 18 Africains, se réuniront en conclave pour élire son successeur. L’Afrique, continent où le catholicisme connaît la plus forte croissance, place beaucoup d’attentes dans ce moment historique. Trois figures africaines émergent parmi les nombreux « papabile » : Peter Turkson, Fridolin Ambongo Besungu et Robert Sarah.
Né en 1948 et originaire du Ghana, Peter Turkson devient archevêque de Cape Coast à 44 ans. Proche du pape François, il s’est imposé comme une figure centrale des questions de justice sociale, climatique, migratoire et éthique. N’appartenant ni au camp conservateur ni au camp réformiste, il est vu comme une voie médiane capable de réconcilier les tensions internes au Vatican grâce à sa diplomatie et à sa modération. De plus, son silence sur les abus sexuels dans l’Église pourrait peser sur ses chances.

Le cardinal Ambongo souvent cité avec insistance

le cardinal Fridolin Ambongo, vice-président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO)

Dautres sources mentionnent également avec insistance le président du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam), le cardinal congolais Fridolin Ambongo Besungu, 65 ans, membre du C9, le gouvernement du Vatican et archevêque de Kinshasa, la plus grande ville du monde catholique avec 52 millions de pratiquants, dans un continent qui abrite 250 millions de catholiques.
Le cardinal Fridolin Ambongo défend l’égalité des sexes dans l’Église tout en s’opposant à la bénédiction des couples homosexuels. Il est vu comme une fierté nationale par des fidèles congolais même si, de l’avis de l’évêque congolais Mgr Donatien Nshole, l’Église ne se décide pas selon des critères ethniques.
Quant au troisième papabile africain, il s’agit du cardinal Robert Sarah, né en 1945 à Ourous. Il devient archevêque de Conakry en 1979 sous Jean-Paul II et cardinal en 2001. Figure de l’opposition sous Sékou Touré et critique de la transition actuelle en Guinée, il est considéré comme un pilier de l’aile ultra-conservatrice de l’Église. Il défend la liturgie en latin, rejette l’ordination des femmes et toute ouverture sur l’homosexualité. À la veille de ses 80 ans, il reste un symbole de l’Église traditionaliste.
Le conclave étant un processus sacré et secret, les 135 cardinaux électeurs logeront à la maison Sainte-Marthe au Vatican.
Le processus débute par une messe solennelle à la basilique Saint-Pierre. L’après-midi, les 135 cardinaux rejoignent en procession la chapelle Sixtine, vêtus de leur habit liturgique. À huis clos, ils voteront dans le strict respect de la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis (1996), promulguée par Jean-Paul II. Mais, répétons comme le vieil adage : « qui entre pape au conclave en sort cardinal ». Les surprises ne sont jamais à écarter.

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