Accueil Politique Le Maroc et l’AES affichent leur proximité : Une pique pour l’Algérie

Le Maroc et l’AES affichent leur proximité : Une pique pour l’Algérie

Le jour où les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad ont exprimé, à Marrakech l’adhésion de leurs pays à l’Initiative du Roi Mohammed VI visant à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Océan Atlantique. (Image d’archive/Source : kirinapost.com)

Le roi du Maroc Mohamed VI a reçu le 28 avril au palais royal de Rabat les trois ministres des Affaires étrangères de l’Alliance des États du Sahel (AES), Abdoulaye Diop pour le Mali, Bakary Yaou Sangaré pour le Niger et Karamoko Jean-Marie Traoré pour le Burkina Faso.

Si aucune annonce n’a sanctionné cette rencontre, l’on sait néanmoins, selon le communiqué officiel marocain, que les ministres de l’AES ont « réaffirmé leur adhésion » au projet marocain de créer un accès à l’Atlantique pour les trois pays enclavés.
Mais cette rencontre apparaît surtout comme une nouvelle pique adressée à l’ennemi désormais commun au Maroc et aux trois régimes sahéliens : l’Algérie. « C’est bien sûr un message fort à l’Algérie », estime un chercheur intéressé de près aux évolutions géopolitiques au Maghreb et au Sahel, et qui souligne la forte valeur symbolique d’une réception des trois ministres par le roi en personne.
Le Maroc cherche, selon cette source, à peser davantage au Sahel. Une ambition d’autant plus forte qu’elle concurrence l’influence historique de l’Algérie dans la région, aujourd’hui mise à mal.
Mais à aucun moment Alger n’est citée dans les communiqués et déclarations officiels, ni côté Maroc ni côté AES. Les trois ministres sahéliens se sont limités, devant la presse marocaine, à remercier le roi Mohammed VI pour son « écoute » et sa « confiance », mais aussi à répéter leur intérêt pour le projet marocain de leur créer une voie d’accès à l’Atlantique.
La rencontre n’a pas été spécifiquement consacrée à ce projet, qui n’a pas connu d’avancée particulière et continue de poser de nombreux défis. Cette nouvelle route, qui aboutirait au port de Dakhla, assoirait davantage la domination marocaine sur le Sahara occidental, alors qu’Alger soutient les indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
Pour le moment, les trois pays de l’AES n’ont pas reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire disputé et conservent la même ligne neutre que les Nations Unies et l’essentiel de la communauté internationale. Le Burkina Faso, comme d’autres pays, soutient cependant ouvertement la position marocaine.

L’incident du drone malien

la crise entre Alger et Bamako reprend de plus belle (Source : lopinion.ma)

Quant aux trois régimes militaires sahéliens, ils sont en conflit ouvert avec l’Algérie depuis la destruction le 1er avril d’un drone malien par l’armée algérienne, à la frontière entre les deux pays. Les relations d’Alger avec le Mali s’étaient déjà largement dégradées ces dernières années.
Après la destruction du drone, Bamako, Niamey et Ouagadougou ont, dans une démarche conjointe, rappelé leurs ambassadeurs à Alger pour consultation, et réciproquement. L’escalade s’est poursuivie entre le Mali et l’Algérie, avec notamment une fermeture des espaces aériens respectifs. Une démarche que n’ont pas suivie Ouagadougou et Niamey.
« C’est la confrontation Algérie-Maroc par Sahel interposé », commente un diplomate ouest-africain, qui ne réduit cependant pas les trois pays de l’AES au statut d’outil à la disposition du Maroc. Le diplomate rappelle l’intérêt commercial réel du Royaume chérifien pour les pays sahéliens, notamment pour leur or.

Une « aubaine » pour les pays de l’AES

(Image d’illustration/Source : saheltribune.com)

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso n’ont pas d’accès à la mer. Pays enclavés, ils sont depuis des mois très intéressés par une initiative lancée par le Maroc, qui leur donnerait un accès à l’océan Atlantique. Le projet avait été annoncé en décembre 2023 par le roi du Maroc et une première réunion avait été organisée à Marrakech avec les ministres des Affaires étrangères de ces quatre pays.
L’océan Atlantique s’étend longuement sur les côtes du territoire disputé et revendiqué par le Front polisario, un mouvement indépendantiste soutenu par l’Algérie. L’initiative risque donc de faire monter d’un cran les tensions entre Alger, Rabat et les pays de l’AES.
Mais pour ces trois pays enclavés, le projet est d’importance, à l’heure où ces États, gouvernés par des juntes militaires, entretiennent des relations souvent tendues avec les pays du Golfe de Guinée.
Le chef de la diplomatie nigérienne a qualifié l’initiative d’« aubaine ». Mais une initiative qui pourrait prendre du temps à se concrétiser : aucun calendrier n’a encore été annoncé pour sa mise en chantier.


L’avenir de l’Afrique se jouera sur ses ports

(Image d’illustration/Source : instanbulafrica.com)

Des ports oui, mais à condition qu’ils soient reliés aux routes et aux chemins de fer. Fréderic Maury, fin connaisseur de l’économie africaine, publie chez Okan Partners un nouveau rapport sur le développement maritime du continent, dans lequel il décrit les grandes plateformes portuaires en Afrique. De véritables piliers pour l’avenir du continent.
Pour lui en effet, quatre ports, Durban en Afrique du Sud, Tanger-Med au Maroc, l’ensemble des ports égyptiens et le port de Lomé au Togo, tous ces hubs sont de véritables places fortes en Afrique. Les navires de marchandises y débarquent leurs marchandises qui sont ensuite transportées dans le pays, chez ses voisins et ailleurs sur le continent ou dans le monde.
Il fait néanmoins remarquer que la réussite de ces ports tient à la présence, à côté du port, d’usines et de sociétés économiques. À son avis, c’est l’enjeu d’un bon développement maritime. Savoir coller la construction des produits aux quais des ports maritimes. Frédéric Maury félicite à cet effet le Maroc qui a voulu développer son industrie d’automobiles et de matériel aéronautique en plaçant les usines à proximité du port.
Cet expert conseille néanmoins aux gouvernements africains qui voudraient développer leurs propres ports de commencer petit pour ensuite devenir plus puissant et plus grand. Maintenant qu’il existe ces grandes plateformes de transfert de marchandises, l’intérêt est de développer sa propre stratégie avec ses propres ressources. Construire des ports liés à une industrie, des produits ou des savoir-faire typiques du pays en question. Je pense au commerce et à la découpe du bois par exemple ou d’autres richesses…

Construire des voies d’accès autour des ports

Il cite le port de Shenzhen en Chine comme un cas remarquable. Ce petit port chinois était dans les années 2000 un petit port de pêche de la Chine occidentale du sud. Il est aujourd’hui le 15ème port commercial du monde !
Regrettant que l’Afrique se développe trop lentement, il suggère, en vue d’accélérer et d’augmenter la richesse du continent, de construire des routes et d’autres moyens de communication, estimant que la réussite des ports cités tient à ça. Tous les pays ont développé leurs réseaux de trains, d’acheminements routiers, et même en construisant de nouveaux aéroports. C’est une volonté politique.
Le rapport met également en évidence le partenariat public-privé, car le pays ne peut pas tout financer. Il faut savoir compter sur des partenaires privés tout en continuant à avoir une partie dans la participation des projets.
Quant à l’actualité de 2024 avec les attaques de navires marchands en mer rouge et la décision de nombreuses compagnies de transport d’éviter la région et le Canal de Suez plus au nord en Égypte, en faisant transiter leurs chargements le long de l’Afrique du Sud, Frédéric Maury pense que certains ports africains vont y gagner.
Pour lui, « cela va même sans doute faire monter la valeur et entraîner l’intérêt des ports d’Afrique de l’Est. Souvent des vieux ports et mal gérés. C’est d’ailleurs déjà le cas pour le port de Dar-es-Salaam en Tanzanie », qui vient d’être concédé au géant de la logistique Dubaï Dp World.

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