L’Europe devrait repenser sa coopération avec les pays africains pour privilégier une nouvelle forme de partenariat qui accorderait une attention plus soutenue et qui découlerait d’une volonté plus affirmée d’être à l’écoute du continent africain, a estimé le ministre d’État belge André Flahaut, lors d’un entretien le 23 janvier avec Onésha Afrika.
« Dans ses relations avec l’Afrique, l’Europe devrait en priorité entendre le partenaire sur son expression des besoins tournés surtout vers les populations, avec des priorités telles qu’elles ont été définies par les présidents africains, dont le chef d’État congolais Felix Tshisekedi, notamment pour la sécurité, la santé, l’éducation et pour l’égalité des hommes et des femmes », a déclaré M. André Flahaut au cours de cet entretien à bâtons rompus.
Concernant particulièrement la République démocratique du Congo, il rappelle que « ce pays s’est doté d’institutions, avec des animateurs dont, pour la première fois, une femme, Mme Judith Suminwa Tuluka, à la tête du gouvernement et qui effectue un travail remarquable, avec son équipe. J’ai été sur le terrain et je peux en témoigner », a-t-il affirmé.
« Dans beaucoup de pays africains, et surtout au niveau du Congo, il y a des responsables dans les exécutifs et les assemblées, qui sont organisés et qui ont une vision claire. C’est à nous, Européens, d’être à leur côté pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés », conseille-t-il.
M. Flahaut a par ailleurs fait remarquer l’immensité de la RDC, par le nombre de ses habitants, les distances, les différences entre l’est et l’ouest, le nord et le sud, les différences des besoins, mais aussi les différentes façons de les exprimer.
« La tâche de gérer un pays comme celui-là est énorme » et « le pouvoir doit s’appuyer sur des réalités décentralisées et arriver à une forme de stabilisation des acteurs provinciaux, en commençant par les gouverneurs, qui sont les relais de la politique initiée par la Présidence de la république », a-t-il souligné.
Nécessité de privilégier les besoins des entités de base
Pour répondre aux besoins spécifiques d’une province, M. Flahaut préconise que les projets soient déposés par les autorités provinciales et leur concrétisation financée grâce à un partenariat public-privé.
Selon le ministre d’État belge, un des problèmes du Congo a toujours été la richesse de son sous-sol, dont l’exploitation est souvent non contrôlée et qui, finalement, ne rapporte pas en taxes qui devraient être réinvesties dans d’autres secteurs utiles à la population.
Il a, à cet effet, félicité les autorités de la province du Sud-Kivu qui ont entamé l’opération de contrôle des contrats miniers et faire en sorte que l’argent rentre dans les caisses de l’État.
M. Flahaut s’est également réjoui de la décision du Président Félix Tshisekedi de passer à la phase de la revanche du sol sur le sous-sol. En effet, a-t-il souligné, des produits agricoles, horticoles et piscicoles sont exploités à travers l’immense territoire de la RDC et exportés vers d’autres pays. « Il est venu le temps pour la transformation et la valorisation. Pour ça, il faut pouvoir investir dans le
désenclavement des zones agricoles, des secteurs porteurs comme l’énergie solaire, le gaz ou l’hydrogène. Comme pour les immenses richesses du sous-sol congolais, on ne peut pas tolérer que d’autres viennent s’enrichir au Congo dans le dos des Congolais ».
En Europe, l’Afrique ne constitue pas une priorité de politique internationale

Concernant la poursuite de la guerre dans l’est de la RDC, le ministre d’État belge fait remarquer que « plusieurs pays font montre de gesticulations sans lendemain. La Belgique, elle, bien que plus discrète, agit de façon permanente ». Mais, poursuit-il, « l’Afrique, y compris malheureusement le Congo, ne constitue nécessairement pas une priorité en matière de politique internationale, ni pour l’Europe, ni pour la Belgique. Les Européens ont aujourd’hui une préoccupation quasi exclusive de la situation dans leur continent, l’Ukraine ».
« Nous avons, à ce titre, condamné l’invasion d’un pays par un autre. Nous devrions aussi être sévères avec d’autres pays comme Israël par rapport aux territoires palestiniens, et le Rwanda à l’est du Congo », a-t-il estimé.
Il est plus triste, selon lui, de constater que tant pour Israël en Palestine que pour l’est du Congo, le Soudan ou d’autres endroits où il y a des conflits comme Haïti, ce n’est pas nécessairement dans l’agenda des pays européens, ou de la Belgique, « même si on est plus sensible avec le B-Fast (la structure d’intervention rapide du gouvernement belge en cas de catastrophe), parce que, malheureusement, le lien de solidarité Nord-Sud est aujourd’hui distendu. Il doit être recréé mais sur une base respectueuse des partenaires », a conclu M. Flahaut.
Minerais rares Signature d’une feuille de route sur la chaîne des valeurs

Le gouvernement congolais a annoncé la signature, le 11 décembre dernier, à Bruxelles, de la feuille de route du partenariat stratégique entre la RDC et l’Union européenne, visant à développer les chaînes de valeur des substances minérales stratégiques et critiques.
Lors du Conseil des ministres du vendredi 27 décembre, le ministre des Mines, M. Kizito Pakabomba, a précisé que cette feuille de route se compose de 25 axes de travail, organisés autour de cinq piliers. Ces derniers visent à transformer les richesses congolaises en opportunités sur le marché mondial. Les cinq piliers comprennent les chaînes de valeur durables par l’encouragement des investissements conjoints et des innovations ; les infrastructures locales, en priorisant la transformation locale des minerais pour maximiser la valeur ajoutée ; la gouvernance et la transparence, à travers la lutte contre la fraude et la gestion responsable des ressources ; la coopération scientifique et technologique par l’accélération du transfert de savoir-faire ; le renforcement des capacités locales grâce à la création d’emplois qualifiés et le développement des compétences.
Le ministre des Mines a expliqué que cette feuille de route « s’inscrit dans la stratégie européenne Global Gateway et confirme la RDC comme un acteur clé de la transition énergétique mondiale ». Des projets opérationnels, découlant des 25 axes de travail, sont en cours de développement au sein de divers ministères, notamment ceux en charge des mines, des infrastructures, des ressources hydrauliques et électricité, de l’industrie ainsi que de l’économie nationale et commerce extérieur.
De leur côté, les principaux acteurs du commerce mondial ont déjà commencé à développer leurs propres infrastructures afin de faciliter l’exportation mais aussi l’acquisition des minerais stratégiques congolais tels que le cuivre, le lithium, le coltan et le cobalt. Ainsi, la Chine a entrepris la construction d’une voie ferrée reliant le sud de la RDC au port de Dar es Salam, alors que les États-Unis projettent de construire 1 300 km de rails reliant la RDC et la Zambie au port de Lobito en Angola.







































